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Décideurs - La Tribune AfriqueParcours de femme - La Tribune Afrique

« Nous finirons par produire des médicaments partout en Afrique » (Prof Rose Leke)

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 28 mai 2024 à 19:13 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:48

Le professeur Rose Leke est la lauréate 2024 pour l'Afrique et les Etats arabes du "Prix L'Oreal-Unesco pour les femmes et la science".

Le professeur Rose Leke est la lauréate 2024 pour l'Afrique et les Etats arabes du "Prix L'Oreal-Unesco pour les femmes et la science".

DR

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05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le professeur Rose Leke est la lauréate 2024 pour l’Afrique et les Etats Arabes du Prix L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science décerné ce 28 mai à Paris. Immunologiste, parasitologue et paludologue camerounaise, elle est mondialement reconnue pour ses travaux en faveur de l’éradication de la poliomyélite et l’amélioration de la prise en charge du paludisme en Afrique, maladie la plus meurtrière sur le continent. Dans cet entretien avec La Tribune Afrique, elle revient sur la symbolique de ce énième prix international et évoque notamment la puissance des partenariats avec le reste du...

... e pour une meilleure santé sur le continent.

A 77 ans, Rose Gana Fomban Leke a reçu, ce mardi 28 mai au siège de l'Unesco à Paris, le prix L'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science pour de la région Afrique et Etats arabes, lors d'une cérémonie présidée par Audrey Azoulay, directrice générale de l'Unesco et Jean-Paul Agon, président de L'Oréal et de la Fondation L'Oréal.

Professeure émérite d'immunologie et de parasitologie à l'Université de Yaoundé I, au Cameroun, son pays natal, Rose Leke est également une paludologue. Formée aux Etats-Unis et au Canada, elle est reconnue à l'échelle mondiale pour ses travaux en faveur de l'éradication de la poliomyélite en Afrique et l'amélioration de la prise en charge du paludisme, en particulier chez les femmes enceintes.

Présidente de la Commission de certification pour l'Afrique de l'initiative mondiale pour l'éradication de la poliomyélite, la scientifique camerounaise a également travaillé au sein du Comité consultatif de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la politique antipaludique. Élue en 2015 membre honoraire international de la Société américaine de médecine tropicale et hygiène, Rose Leke a mené plusieurs initiatives dans son pays et en Afrique qui lui ont valu de nombreux prix dont le prix scientifique Kwame Nkrumah pour les femmes de l'Union africaine.

A L'Oréal-Unesco, Rose Leke est primée aux cotés des Professeure Geneviève Almouzni lauréate pour l'Europe, de la Professeure Nada Jabado, lauréate pour l'Amérique du Nord, de la Professeure Alicia Kowaltowski, lauréate pour l'Amérique latine et les Caraïbes et de la Professeure Nieng Yan, lauréate pour l'Asie et le Pacifique.

LA TRIBUNE AFRIQUE - Alors que vous êtes une scientifique multi-primée, le prix L'Oréal-Unesco a-t-il une symbolique particulière pour vous ?

ROSE LEKE - C'est vrai que j'ai reçu d'autres prix. Mais ce prix L'Oréal-Unesco, est un prix spécial en ce sens qu'il récompense les femmes dans le domaine des sciences. A la fin d'une carrière comme la mienne faite de beaucoup de travail, c'est pour moi une récompense pour le travail accompli, d'abord en tant que chercheur, mais aussi en tant que femme. Ainsi, je pense que c'est une inspiration et un encouragement pour les jeunes femmes qui veulent évoluer à un très haut niveau dans la science, avec les hommes.

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Le paludisme reste la maladie la plus meurtrière sur le continent. Au bout de toutes les initiatives que vous avez menées aux côtés d'organisations internationales et des gouvernements en faveur de l'éradication de cette maladie, quel regard portez-vous sur l'évolution de la gestion de cette pathologie sur le continent ?

Je dirais que je suis un peu plus encouragée à présent que je ne l'étais les années antérieures. Dans les années 1960, on avait commencé à faire des progrès vers l'éradication du paludisme, mais il y a eu un relâchement, avant qu'un nouveau programme soit lancé. Récemment, une réunion ministérielle rassemblant les dix pays les plus touchés par le paludisme s'est tenue au Cameroun, afin d'amener tous ces pays à travailler ensemble pour l'éradication du paludisme. Juste après, nous avons eu la Multilateral Initiative on Malaria conference à Kigali nous avons également beaucoup parlé d'éradication. Je pense que cette sensibilisation est d'une grande utilité dans la lutte que nous menons. Déjà on note des avancées en ce qui concerne les vaccins. En 2021, nous n'avions qu'un vaccin. A présent, nous avons le vaccin destiné aux enfants et au paludisme sévère. Dans le pipeline, arrivera aussi le vaccin réservé aux adultes. Nous avons à présent les vaccins et les médicaments. D'ailleurs, on va bientôt commencer à fabriquer les médicaments en Afrique. Tout cela me donne de l'espoir pour l'éradication du paludisme.

Justement, outre l'engagement des gouvernements, ne faudrait-il pas que le secteur privé mise davantage dans l'industrie pharmaceutique afin de favoriser son émergence à l'échelle continentale ?

Absolument ! A Cape Town, le professeur Kelly Chebale qui est dans le « drug discovery » qui utilise même l'intelligence artificielle pour le paludisme. Donc il y a des choses qui se font en dehors des gouvernements. Nous avons aussi l'Africa CDC qui a initié les partenariats pour la fabrication des vaccins en Afrique et qui vise à répandre l'initiative partout sur le continent.

Il faut dire que l'Afrique a beaucoup appris de la Covid. Ainsi, les efforts se multiplient tant au niveau d'Africa CDC, des gouvernements, de l'Union africaine etc, pour voir comment on peut fabriquer nos vaccins et nos médicaments. Certains pays essaient d'aller plus loin, avec justement l'appui du secteur privé. C'est le cas du Rwanda où des chefs d'Etats étaient invités fin 2023 pour lancer le premier centre de production de vaccins ARNm du groupe allemand BioNTech. J'y étais Keynote Speaker et pour moi, ce genre d'initiative a de positif le fait d'inspirer les autres pays. Et cela nourrit un certain optimisme quant à l'avenir.

Nous finirons par avoir la fabrication de médicaments un peu partout en Afrique. Nous devons avoir de l'espoir et poursuivre les efforts. Et pour cela, les pays africains doivent aussi mettre l'argent dans la recherche. De manière générale, nos pays n'investissent pas assez dans la recherche. J'ai été chercheur durant toute ma carrière, l'argent est toujours venu de l'extérieur. Quelques pays se démarquent, mais il va falloir que tous les pays africains disposent d'une bonne ligne budgétaire pour la fabrication de médicaments et pour la recherche.

Seuls 33% des chercheurs dans le monde sont des femmes. En Afrique, ce taux est encore plus faible. Comment engager les prochaines dans la recherche ?

De manière pratique, nous avons au Cameroun ce qu'on appelle le Higher Women Consortium, où nous avons formé beaucoup de jeunes femmes à travers le mentoring holistique. Nous les aidons à planifier leurs travaux de recherche, et allons au-delà parce que la démarche est plus difficile pour les femmes. Il leur faut du networking... Nous partageons avec elle nos expériences et cela les aide à avancer. C'est notamment en multipliant ce genre d'initiatives qu'on peut davantage encourager les jeunes femmes à s'investir dans les sciences.

Comment le continent peut travailler avec ses partenaires afin d'accélérer l'éradication du paludisme qui pour rappel reste la maladie la plus meurtrière du continent ?

Le partenariat est effectivement stratégique. Il a notamment joué un rôle important dans l'éradication de la poliomyélite, une maladie sur laquelle j'ai beaucoup travaillé. Quatre partenaires au départ (OMS, UNICEF, Rotary et CDC), ils sont passés à six avec l'engagement de Bill & Melinda Gates Foundation et de Gavi. Ils déploient ce partenariat dans le monde entier en travaillant avec les gouvernements pour pouvoir couvrir l'ensemble des territoires. Grâce à cela, nous n'avons plus le poliovirus indigène, sauvage-indigène dans les régions africaines. Cela existe encore seulement dans deux pays dans le monde. C'est vrai qu'à présent, les variants nous embêtent, mais on va y arriver.

De la même manière que les partenariats émanant du monde entier nous ont permis de remporter la bataille contre la poliomyélite, ceux-ci peuvent également nous aider à éradiquer le paludisme. Et il est, par ailleurs, très important que les pays africains mettent leur argent pour concrétiser rapidement les initiatives, il faut des lignes budgétaires conséquentes.

Ristel Tchounand

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