L'Egypte en quête d'autres partenariats militaires
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par Samia Nakhoul et Michael Georgy
LE CAIRE, 3 novembre, (Reuters) - L'Egypte ne doit plus se reposer seulement sur les Etats-Unis pour répondre à ses besoins en matière de sécurité, estime le ministre égyptien des Affaires étrangères, Nabil Fahmy, samedi, à la veille de la visite de son homologue américain John Kerry attendu au Caire dimanche.
Pour Fahmy, Washington doit envisager ses relations avec l'Egypte sur le long terme et doit comprendre que le printemps arabe a changé la donne: "il faut désormais composer avec les peuples arabes et non plus avec les gouvernements arabes", explique-t-il.
Les relations entre Américains et Egyptiens, alliés de la Maison blanche dans la région, connaissent des "turbulences" depuis la destitution du président islamiste démocratiquement élu, Mohamed Morsi, par l'armée le 3 juillet.
En réponse à un coup d'Etat qui n'a jamais voulu dire son nom, Washington a décidé de réduire son assistance militaire, d'un montant annuel de 1,3 milliard de dollars, fournie sous forme d'armes et de fonds depuis la signature des accords de paix avec Israël en 1979.
Mécontentes de ce qu'elles ont perçu comme une sanction, les nouvelles autorités égyptiennes entendent développer "des choix et des options multiples" à l'avenir, y compris dans leurs partenariats militaires.
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En clair, Le Caire veut réduire sa dépendance à l'égard des Etats-Unis dans ce domaine stratégique ou à tout le moins contraindre les autorités américaines à tenir compte de l'importance de l'Egypte dans la région.
"Si vous voulez avoir des intérêts au Proche-Orient, vous devez entretenir de bonnes relations avec le pays qui est le centre du Proche-Orient, ou au minimum des relations bien administrées", a commenté Fahmy dont les interventions publiques sont rares.
Concernant son entrevue avec John Kerry, il indique: "ce sera un dialogue franc et honnête entre amis. Nous allons travailler de manière constructive pour développer une relation mais il ne fait aucun doute dans notre esprit que nous répondrons à nos besoins de sécurité nationale en ayant recours à la source nécessaire".
Bien que largement considéré comme un partisan de l'alliance avec les Etats-Unis au sein du nouveau gouvernement égyptien, Fahmy n'a pas hésité à se rendre en Russie en septembre.
Le message que Le Caire entend faire passer à John Kerry est que la relation américano-égyptienne est "très importante mais qu'elle va plus loin que la simple fourniture ou non d'une aide et qu'elle doit être considérée comme stratégique et non comme tactique".
MENTALITÉ DE LA GUERRE FROIDE
Ancien ambassadeur à Washington, Fahmy rappelle que l'Egypte fut longtemps alliée à l'Union soviétique avant que le président Anouar el Sadate rejoigne le camp occidental et signe la paix avec l'Etat hébreu.
"Il s'agit d'une mentalité datant de la guerre froide. Je n'essaie pas de jouer la Russie contre les Etats-Unis. J'essaie d'amener 10, 20 ou 30 nouveaux partenaires en Egypte", indique Fahmy.
"Le gouvernement égyptien est décidé à diversifier ses partenariats, non aux dépens de nos amis, mais en plus et au-delà. Ce n'est pas une position contre la politique américaine, c'est une position cohérente avec les intérêts égyptiens".
L'Egypte est le deuxième bénéficiaire de l'assistance militaire américaine et abrite un quart de la population du Proche-Orient.
La baisse de cette aide, admet-il, a provoqué des perturbations car en ce domaine "la soutenabilité, la continuité et la cohérence à long terme" sont essentielles.
La visite de John Kerry intervient à la veille de l'ouverture du procès de Mohamed Morsi dont les partisans ont été arrêtés par centaines, les militaires entendant museler les Frères musulmans.
La répression des manifestations en faveur du président destitué ont été réprimées dans le sang, plusieurs centaines de personnes ayant été tuées.
Le succès ou l'échec du modèle égyptien influencera l'ensemble du Proche-Orient, y compris les pays qui ont connu un soulèvement ayant abouti à la fin d'un régime autoritaire, précise Fahmy.
"Nous essayons d'établir notre identité politique. C'est un processus difficile. Cela va prendre du temps", ajoute-t-il, estimant cette période de transition à cinq années.
Pierre Sérisier pour le service français
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