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L'Allemagne prête à s'impliquer plus sur la scène diplomatique

reuters.com

Publié le 03 février 2014 à 12:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:41

L'Allemagne prête à s'impliquer plus sur la scène diplomatique

L'Allemagne prête à s'impliquer plus sur la scène diplomatique

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par Stephen Brown

MUNICH (Reuters) - Les alliés européens et américains de Berlin ont accueilli avec satisfaction l'évolution de l'Allemagne, qui se dit désormais prête à assumer davantage de responsabilités sur la scène internationale, mais ils attendent maintenant que ce changement de ton se traduise par des actes.

Ce week-end, à la conférence annuelle sur la sécurité qui s'est tenue à Munich, l'Allemagne a promis de ne plus dire systématiquement "non" quand on lui demanderait de participer à des opérations à l'étranger.

Il y a 11 ans, le ministre des Affaires étrangères de l'époque, le pacifiste Joschka Fischer, avait déclaré à son homologue américain Donald Rumsfeld : "Désolé, mais je ne suis pas convaincu" à propos de la guerre en Irak.

"A mon avis, pour être un bon partenaire, il faut que l'Allemagne s'implique plus rapidement, de façon plus résolue et plus fondamentale", a déclaré le président allemand Joachim Gauck vendredi en ouverture de la conférence. Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères sont ensuite allés dans le même sens.

"L'Allemagne est trop grande pour se contenter de faire des commentaires sur la politique internationale en simple spectatrice", a déclaré le lendemain le chef de la diplomatie, le social-démocrate (SPD) Frank-Walter Steinmeier.

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"L'Allemagne, avec toute sa capacité diplomatique, militaire et en matière d'aide, ne peut pas se contenter de regarder quand on a besoin de son aide", a-t-il ajouté.

Soixante-dix ans après la défaite des nazis, l'Allemagne se sent toujours embarrassée par son passé. Les manifestations de patriotisme, comme le déploiement de drapeaux lors des matches de football, sont un phénomène assez récent.

PLUS CONCRET

Les alliés de l'Allemagne lui demandent depuis longtemps de jouer un rôle moins effacé à l'international, en accord avec sa puissance commerciale, un rôle qui ne se cantonnerait pas à prescrire l'austérité à ses partenaires de la zone euro.

"Diriger, je le dis respectueusement, ne veut pas dire se réunir à Munich pour discuter", a déclaré le secrétaire d'Etat américain John Kerry à la 50e conférence sur la sécurité. "Cela veut dire engager des ressources."

Son homologue polonais Radoslaw Sikorski, qui disait en 2011 craindre "moins la puissance de l'Allemagne que l'inactivité allemande", a dit constater un changement d'attitude. Evoquant la crise actuelle en Ukraine, il a déclaré à Reuters: "Je suis heureux de dire que l'Allemagne joue son rôle."

Cela s'est résumé pour l'instant de la part de la chancelière allemande Angela Merkel à condamner la répression des manifestations par le président Viktor Ianoukovitch et à téléphoner au président russe Vladimir Poutine.

Il faudra un changement plus marqué, plus concret pour effacer le souvenir de 2011 quand l'Allemagne avait refusé de se joindre à ses alliés de l'Otan pour intervenir en Libye, un épisode qualifié d'"embarrassant" à Munich par le sénateur américain John McCain.

Le discours du président Gauck a été important mais il "n'a pas engagé l'Allemagne dans quoi que ce soit de particulier ou de grand", a souligné John McCain.

Un haut responsable allemand de la Défense a précisé que l'Allemagne était intéressée par des opérations comme les interventions françaises au Mali et en Centrafrique.

Au Mali, une centaine de militaires allemands fournissent de l'entraînement et de l'aide pour le transport aérien des troupes. Dans le cadre de l'envoi de troupes par l'Union européenne en Centrafrique, l'Allemagne a dit qu'elle pourrait apporter un soutien sur le plan de la logistique, mais pas sur le plan des armes.

MARCHEPIED

Cela va dans le sens de toutes les missions de l'Allemagne hors de ses frontières : près de 5.000 Allemands participent à neuf missions internationales. Ils sont notamment plus de 3.000 en Afghanistan où, pour la plupart, ils se consacrent à la formation des forces afghanes de sécurité.

Les questions de fierté nationale pourraient aussi jouer un rôle pour enhardir l'Allemagne. Berlin a dû se résoudre à entendre à Munich le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius dire que le président François Hollande avait prouvé qu'il voulait "faire le travail" en Afrique et que l'Europe avait ensuite "décidé de venir avoir nous".

Enfin, la demande d'une présence accrue de l'Allemagne et de l'UE dans les zones de tensions à travers la planète reflète la réticence croissante des Etats-Unis à engager leurs propres troupes.

"Tout le monde réalise que les Etats-Unis sont en train de se retirer et sont plus faibles et que d'autres pays vont devoir commencer à prendre le relais", a déclaré le sénateur McCain.

Des raisons de politique intérieure peuvent aussi expliquer le ton diplomatique plus déterminé adopté par l'Allemagne.

Frank-Walter Steinmeier, dont le parti, le SPD, n'a pas obtenu le poste clé des Finances au terme des négociations sur l'accord de gouvernement conclu avec les conservateurs d'Angela Merkel (CDU-CSU), doit renforcer le poids du ministère des Affaires étrangères.

D'autant que le ministère de la Défense sert clairement de marchepied à sa titulaire, Ursula von der Leyen, qui ambitionne de mener les conservateurs aux prochaines législatives en 2017. La ministre s'est par exemple rendue en Afghanistan pour y passer en revue les troupes allemandes.

Pour jouer un rôle accru dans l'arène internationale, la République fédérale devra toutefois surmonter un obstacle de taille : la réticence des Allemands. Les sondages d'opinion montrent qu'à peine un peu plus de la moitié d'entre eux se dit d'accord avec un engagement accru dans les missions humanitaires en Afrique et que deux tiers d'entre deux sont opposés à un rôle militaire accru à l'étranger.

"Gauck est en train de nous préparer mentalement à la militarisation de la politique étrangère allemande", a déclaré Bernd Riexinger, chef de Die Linke, le parti de gauche opposé à la participation de l'Allemagne à l'Otan et qui, à l'instar des Verts, est un représentant du pacifisme dont se revendiquent de nombreux Allemands.

Avec Andreas Rinke et Missy Ryan; Danielle Rouquié pour le service français

reuters.com

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