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Aux Pays-Bas, la tentation de l'extrême droite

reuters.com

Publié le 03 mars 2017 à 13:36 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:45

Aux pays-bas, la tentation de l'extreme droite

Aux pays-bas, la tentation de l'extreme droite

© Michael Kooren / Reuters

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Photo d'illustration de l'article
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par Toby Sterling

VOLENDAM, Pays-Bas (Reuters) - Sur la côte des Pays-Bas, le petit village de pêcheurs de Volendam n'a pas vraiment l'air d'un foyer de mécontentement: ordonné, prospère, sans délinquant ni chômage.

Un tiers de ses électeurs voteront pourtant probablement en faveur du Parti pour la liberté (PVV), le parti nationaliste anti-immigrants de Geert Wilders, lors des élections législatives du 15 mars.

L'attrait suscité par le PVV souligne un paradoxe qui bouscule le statu quo dans les démocraties occidentales et fragilise l'Union européenne: une partie des électeurs se détournent des partis traditionnels et plébiscitent des formations anti-élites en période de relatif confort économique.

L'exemple néerlandais est particulièrement frappant. L'économie du pays a affiché la meilleure croissance de la zone euro cette année et sa population figure constamment en tête des classements mondiaux sur le bonheur ou le bien-être matériel.

Mais, explique l'universitaire Sarah de Lange, spécialiste de l'extrême droite en Europe, cette hostilité vis-à-vis de la classe politique traditionnelle est "avant tout liée à la culture et à l'identité, moins à l'économie".

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Elle fait écho au vote protestataire exprimé par les Britanniques lors du référendum de juin dernier sur le Brexit ou par les Américains lors de l'élection de Donald Trump à la présidence en novembre.

Le scrutin néerlandais du 15 mars constituera sans doute un nouveau temps fort pour cette vague nationaliste, même si Wilders n'obtient pas suffisamment de suffrages pour gouverner.

Les derniers sondages prédisent que le PVV fera plus que doubler ses sièges au Parlement et comptera 26 élus, soit presque autant que les conservateurs de l'actuel Premier ministre Mark Rutte, qui passeraient de 41 à 27 élus.

Le Parti travailliste, partenaire de la coalition au pouvoir, plongerait de 38 à 14 élus.

LES "PROBLÈMES DES GRANDES VILLES"

Ces formations centristes excluent cependant toute alliance avec Wilders, qui devrait donc rester dans l'opposition.

Mais le chef du PVV, qui dénonce des années de politique selon lui trop libérale sur l'immigration extra-occidentale, a déjà réussi à pousser les partis traditionnels à adopter des positions proches de la droite dure sur ce thème.

Les immigrants non-occidentaux représentaient 12,1% de la population néerlandaise en 2015 contre 7,5% en 1996, selon l'institut national des statistiques CBS. Environ 5% des 17 millions de Néerlandais sont aujourd'hui musulmans.

"Imaginez le chaos que ce serait dans le zoo si on laissait toutes les cages ouvertes. Eh bien c'est ce qui se passe aujourd'hui en Europe", lâche Willem Veerman, un retraité, quand on lui demande pourquoi il adhère au programme anti-islam et anti-européen de Geert Wilders.

Dans un pays pourtant connu pour sa tolérance, l'immigration est devenue le thème central des élections quels que soient le niveau de revenu des circonscriptions ou le nombre d'immigrés.

A Volendam, village de la classe moyenne, les immigrés non-occidentaux, invisibles, forment 2% de la population de 8.000 habitants, le taux de chômage est à 3%, la délinquance quasiment nulle et le prix médian d'un logement s'élève à 325.000 euros.

Selon Sarah de Lange, le ressentiment contre les immigrés dans des communes comme Volendam est entretenu par la crainte d'importer les "problèmes des grandes villes". Amsterdam, la plus grande ville du pays, réputée pour son cosmopolitisme, est à une demi-heure de route.

Nissewaard, autre bastion du PVV, est beaucoup plus mixte et moins prospère. Quatorze pour cent des 85.000 habitants sont étrangers, le chômage atteint 5,9% et le prix médian d'un logement y descend à 189.000 euros. Le parti d'extrême droite y a raflé 25% des voix en 2015 lors des élections régionales.

Mattijn van de Stroop, 45 ans, se dit favorable à Wilders parce que ce dernier promet de ramener à 65 ans l'âge de départ à la retraite, qui vient d'être relevé à 67. Une autre raison, ce sont les "Marocains". "Les autres partis ne font pas grand-chose alors que Wilders tient bon", dit-il.

"PARASITISME"

Les mesures d'austérité du gouvernement Rutte, en frappant davantage les classes à revenus modestes que les plus riches, ont également entamé la popularité des partis du centre. L'économie néerlandaise est aujourd'hui florissante mais elle a stagné de 2008 à 2014 et le gouvernement a taillé dans les dépenses de santé ou pour les personnes âgées afin de rester dans les clous budgétaires de l'UE.

"Ce que les gens disent souvent, c'est: 'Je vais bien mais les choses ne vont pas bien dans le pays'," déclare Julia van Rijn, pasteur de l'Eglise protestante. "Jusqu'à présent, chaque génération avait progressé davantage que la précédente. Mais les gens ont le sentiment d'une stagnation, et ils ont peur pour leurs enfants."

Si la majorité des Néerlandais ont un regard positif sur leur situation personnelle, sept sur dix sont pessimistes sur leur pays dans son ensemble.

"Il y a la perception d'une menace contre l'identité, les valeurs et le mode de vie néerlandais, qui seraient érodés par l'immigration", explique Sarah de Lange.

Carla Dekker, électrice PVV à Hendrik-Ido-Ambacht, en banlieue de Rotterdam, dit n'avoir rien contre les réfugiés mais s'opposer aux migrants économiques qui touchent des prestations sociales, "une sorte de parasitisme" selon elle.

Le récent durcissement des autres partis sur les questions touchant à l'immigration - le parti conservateur a publié une lettre à la nation sommant les immigrés de "se conformer ou de rentrer chez eux" - ne la convainc pas.

Ces formations, dit-elle, ne se sont jamais attaquées à ces problèmes alors qu'elles en avaient largement le temps et n'acceptent toujours pas le rejet massif par les électeurs néerlandais des projets de renforcement de l'intégration européenne lors des référendums de 2005 et 2016.

"On a besoin d'un nouveau souffle. Si Wilders arrive premier et qu'ils l'excluent du gouvernement, je ne sais pas. Je ne suis pas loin de penser qu'il y aura une rébellion."

(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

reuters.com

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