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La colère contre le pass sanitaire donne un nouveau souffle aux Gilets jaunes

reuters.com

Publié le 22 juillet 2021 à 14:50 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 21:16

La colere contre le pass sanitaire donne un nouveau souffle aux gilets jaunes

La colere contre le pass sanitaire donne un nouveau souffle aux gilets jaunes

SARAH MEYSSONNIER

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Caroline Pailliez et Clotaire Achi

TREMBLAY-EN-FRANCE, Seine-Saint-Denis (Reuters) - Deux ans après les manifestations des "Gilets jaunes", l'ancien chef de file Jérôme Rodrigues espère raviver la flamme de la contestation autour d'un mouvement contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale, alors que la police s'inquiète d'une possible radicalisation et d'une montée des tensions.

Depuis une semaine, Jérôme Rodrigues enchaîne les interviews et les directs sur Facebook pour encourager le plus de personnes à se rendre aux manifestations contre le projet de loi relatif "à l'adaptation de nos outils de gestion de la crise sanitaire", actuellement en débat au Parlement.

Ce texte prévoit un élargissement du pass sanitaire dans les lieux accueillant du public et introduit une obligation vaccinale pour les soignants dans le but de lutter contre la recrudescence de l'épidémie de COVID-19 liée au variant Delta.

Le mouvement des Gilets jaunes né en 2018 autour de questions de pouvoir d'achat, s'était essoufflé en 2019. Mais selon Jérôme Rodrigues, qui a perdu un oeil dans une manifestation, la colère des Français n'est pas retombée et pourrait se canaliser autour des restrictions des libertés individuelles liées à la crise sanitaire.

Quelque 114.000 personnes se sont déjà mobilisées samedi dernier dans toute la France pour dénoncer la mise en place du pass sanitaire, un nombre que les autorités jugent impressionnant dans la période estivale.

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Entre 1.500 et 2.000 personnes, selon les organisateurs, ont encore manifesté mercredi à Paris à l'appel des Gilets jaunes, et d'autres sont attendues jeudi et samedi prochains.

"On dénonce aujourd'hui ces lois liberticides (...). Des contraintes pour obliger les derniers récalcitrants (au vaccin), on trouve que ce n'est pas correct et que ça porte atteinte à la liberté de chacun et surtout la liberté de notre corps", dit Jérôme Rodrigues à Reuters, au début d'une manifestation.

Défile pour l'instant dans les cortèges une foule hétéroclite : des membres de mouvances contestataires rivales (de l'ultra-droite à l'ultra-gauche), des militants politiques, des personnels soignants, des professionnels impactés par les mesures sanitaires ou encore des Gilets jaunes, selon une note des renseignements territoriaux que Reuters a pu consulter.

Mais le gros des participants était constitué samedi de "simples citoyens", peu rompus à l'exercice de la manifestation, précise la note. Une aubaine pour les mouvements d'opposition qui espèrent faire grossir leurs rangs.

GUERRE D'INFLUENCE

Pour le leader des Gilets jaunes, il ne faut pas "s'égarer sur le chemin" en rejoignant notamment les rangs des manifestations organisées par Florian Philippot, le président des Patriotes, soutenu par une partie des figures anti-vaccin.

"Méfiez-vous des contrefaçons. Ces gens-là ne privilégient que leur propre étiquette", estime Jérôme Rodrigues ajoutant vouloir proposer une alternative à ceux, qui comme lui, ne se reconnaissent pas dans les idées de l'extrême droite.

Il appelle l'ensemble des "nouveaux venus sur le marché de la colère" à se joindre aux rangs des Gilets jaunes, mettant en avant la pertinence, selon lui, des revendications traditionnelles du mouvement en cette période.

"On est toujours sur les revendications de justice fiscale, de justice sociale, de démocratie directe", dit-il. "(Le COVID-19) a mis en avant ce qu'on dénonce depuis deux ans, à savoir la précarité."

Il ne s'agit pas d'un mouvement anti-vaccin, précise-t-il. "Je ne peux pas moi crier 'Liberté' dans la rue et dire à un non-vacciné ne te vaccine pas, je ne serai pas du tout cohérent avec le message que je porte", précise-t-il.

De "simples citoyens" se disent séduits. C'est le cas de Mohamed Boukifa, 40 ans, qui manifestait pour la première fois mercredi pour "défendre les libertés". S'il ne partage pas toutes les idées des Gilets jaunes, il ne se voyait pas manifester dans les cortèges de l'extrême droite.

Du côté de la majorité, on relativise l'ampleur de la mobilisation et on défend le projet de loi.

"Ce que je relève, c'est qu'on était sur une mobilisation de près de 100.000 personnes sur l'ensemble du territoire, là où on a des millions de personnes qui se vaccinent depuis la prise de parole du Président de la République", explique Laëtitia Avia, députée La République en marche.

"Nous sommes en présence de dispositions qui sont là pour redonner de la liberté, pour permettre à chacun de profiter des lieux de culture, de nos lieux de vie sociale en toute sécurité. C'est ça le cœur de ces dispositions", ajoute-t-elle.

RISQUES DE RADICALISATION

Les autorités, elles, s'inquiètent de la poursuite du mouvement et d'une possible radicalisation. "Plus le conflit durera, plus le risque est grand que les plus déterminés, puis les plus radicaux, parviennent à prendre le contrôle", peut-on lire dans la note des renseignements territoriaux.

"La colère des plus déterminés des opposants pourrait s'exprimer à l'encontre des intérêts des parlementaires, notamment la majorité", poursuit la note. "Une vigilance doit également rester de mise à l'endroit des Agences régionales de santé et des centres de vaccination".

Si violence il y a, ce ne sera pas du côté des Gilets jaunes, assure Jérôme Rodrigues.

La députée Martine Wonner, ex-LaRem, covido-sceptique, qui a défilé samedi aux côtés de Florian Philippot, avait semé l'émoi en appelant les manifestants à "faire le siège des parlementaires" et à "envahir leurs permanences".

Plusieurs parlementaires de la majorité ont reçu des menaces de morts en raison de leur soutien à la stratégie vaccinale. Une permanence d'un député et trois centres de vaccination, selon les autorités, ont été vandalisés.

Malgré les risques, les députés de la majorité ne comptent pas reculer sur le projet de loi. "Il ne s'agit pas de se dire il y a 'X pour cent' de personnes dans la rue et c'est pour ça qu'on va renoncer à des mesures qui sont bonnes pour la santé des Français", dit Laëtitia Avia.

(Reportage Caroline Pailliez et Clotaire Achi, édité par Sophie Louet)

reuters.com

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