Présidentielle : alerte aux extrêmes. L’édito de Bruno Jeudy

Jean-Luc Mélenchon, candidat La France insoumise et Marine Le Pen, candidate Rassemblement national pour la présidentielle 2027.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

Jean-Luc Mélenchon, candidat La France insoumise et Marine Le Pen, candidate Rassemblement national pour la présidentielle 2027.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Le grand rendez-vous n’aura pas attendu la rentrée. En se déclarant candidate le soir même où la cour d’appel confirmait sa condamnation pour détournement de fonds publics, Marine Le Pen a changé la donne. Elle se pourvoit en cassation, procédure suspensive qui lui permet, en attendant l’arrêt espéré avant le premier tour, de faire campagne sans bracelet électronique. « Ce soir, je suis candidate », a-t-elle lancé sur TF1, avec l’aplomb de celle qui joue son va-tout. Cette clarification aux accents trumpistes dessine les contours de 2027 : les candidats des extrêmes sont désignés, leurs troupes en ordre de bataille.
Les derniers sondages confirment l’avance écrasante de la présidente du RN, créditée de 35 % des intentions de vote et, fait inédit, donnée gagnante dans la totalité des scénarios de second tour. Jean-Luc Mélenchon, porté par le succès de son meeting de Saint-Denis, conforte sa domination à gauche et peut espérer une qualification, disposant de réserves de voix chez les communistes, les écologistes, voire dans un PS miné par ses divisions. Il s’est assuré la loyauté de ses lieutenants après avoir écarté ceux qui contestaient son autorité, comme François Ruffin. Quant à la cheffe du RN, elle a rappelé à Jordan Bardella qu’un dauphin doit apprendre la patience.
Cette stratégie de l’étau, déployée par les deux extrêmes, met en péril l’espace central et la gauche sociale-démocrate, au point que l’élimination de leurs représentants dès le premier tour est une hypothèse crédible. Cette fois, le « coup de tonnerre » qui avait emporté en 2002 Lionel Jospin pourrait couler centre droit et centre gauche ! Édouard Philippe, menacé sur sa droite par Bruno Retailleau et sur sa gauche par Gabriel Attal, sans compter les ambitions affichées de Dominique de Villepin, avance en terrain miné. Le PS, empêtré dans ses discordes et sa pléthore de prétendants, pourrait se tourner vers Raphaël Glucksmann, suspect aux yeux d’une gauche pure et dure.
Face à cet éclatement des forces réformistes, beaucoup d’électeurs craignent de devenir les arbitres ou, pire, les spectateurs désolés d’un duel entre une admiratrice de Viktor Orbán et un émule de Nicolás Maduro. Naguère, Charles Pasqua se désolait, avec sa verve coutumière, de ce qu’était devenue la profession de foi des candidats : « Nous avons gardé la profession, mais nous avons perdu la foi. »
Cette séquence n’aide guère à redonner confiance à des Français saisis par le doute. Que penser d’une campagne où la favorite tient meeting sous la menace d’une confirmation en cassation, tandis que son principal rival, nourri d’idéologie castriste et de robespierrisme, séduit la jeunesse avec un programme révolutionnaire et insolvable qui serait aussitôt sanctionné par le FMI et la BCE.
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Peut-être nos compatriotes trouvent-ils un répit à leurs inquiétudes en suivant le parcours des Bleus au Mondial. Le capitaine Mbappé et le sélectionneur Deschamps donnent aux politiques une leçon de cohésion et de talent au service du collectif. Puissent les prétendants à l’Élysée méditer cette pensée de Deschamps : « Au-delà de la qualité et du talent, il y a deux aspects importants, celui de la notion de groupe et celui de l’état d’esprit. »