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Grande-Bretagne : Boris Johnson s'accroche au pouvoir malgré les départs en cascade

reuters.com  |   |  712  mots
Grande-bretagne: boris johnson s'accroche au pouvoir malgre les departs en cascade[reuters.com]
(Crédits : Henry Nicholls)

LONDRES (Reuters) - Boris Johnson a juré mercredi que son gouvernement ne plierait pas en dépit de démissions en cascade au sein de l'exécutif face aux scandales qui minent Downing Street depuis des mois.

Le Premier ministre britannique a dû encaisser depuis mardi soir le départ fracassant de ses ministres des Finances et de la Santé, Rishi Sunak et Sajid Javid. Une vingtaine d'autres ministres délégués et secrétaires d'Etat ont suivi mercredi les pas de ces deux poids lourds du gouvernement en démissionnant.

Boris Johnson est affaibli par la série de scandales ayant éclaboussé son administration - dont celui du "Partygate", des fêtes clandestines organisées à Downing Street pendant les confinements du début de la pandémie de COVID-19 - et cette série de démissions accentue sa fragilité politique, alors que la fronde progressait déjà au sein de son Parti conservateur, inquiet de voir s'effriter son assise électorale.

Le Premier ministre a obtenu début juin la confiance des députés tories mais 41% d'entre eux se sont prononcés pour son départ. Les règles internes au Parti ne prévoient désormais pas de nouveau vote de confiance avant un an, mais elles pourraient être modifiées dès mercredi soir par le Comité 1922, chargé de les fixer.

Evoquant le contexte d'une économie britannique fragilisée et du retour de la guerre en Europe avec l'agression russe en Ukraine, Boris Johnson a déclaré devant la Chambre des communes, lors de la séance de questions hebdomadaires au gouvernement, que "c'est exactement le moment dans lequel on attend d'un gouvernement qu'il continue son travail, qu'il n'abandonne pas (...) et qu'il se concentre sur ce qui compte pour les citoyens de ce pays".

"TROP, C'EST TROP"

Mais le chef du gouvernement a dû essuyer des critiques émanant des propres rangs de son parti. Trois élus conservateurs lui ont ainsi demandé s'il comptait démissionner, d'autres se sont efforcés de ne pas rire lorsque le chef de file du Parti travailliste, Keir Starmer, a comparé le gouvernement à la "charge de la brigade légère".

La critique la plus virulente est venue de Sajid Javid qui, relégué dans les hauteurs de la salle de séance de la Chambre depuis son départ du gouvernement, a détaillé les scandales et bévues qui ont marqué la gouvernance de Boris Johnson depuis son arrivée à Downing Street en 2019, à l'issue d'un triomphe dans les urnes.

"A un certain stade, nous devons en conclure que trop, c'est trop. Je pense que cet instant est arrivé", a martelé l'ex-ministre de la Santé devant un Parlement silencieux et un Boris Johnson au visage impassible.

Plusieurs ministres ont évoqué de mauvais arbitrages de Boris Johnson ou son incapacité à dire la vérité comme motifs de leur démission.

Dans son courrier de démission publié sur Twitter, le secrétaire d'Etat chargé des Services financiers, John Glen, évoque ainsi son "absence totale de confiance" à l'égard de la politique menée par Boris Johnson pour diriger le pays.

De son côté, la secrétaire d'Etat chargée de l'Accueil des réfugiés afghans, Victoria Atkins, dénonce l'"effondrement" de valeurs telles que "l'intégrité, la décence, le respect et le professionnalisme" sous le mandat du Premier ministre, dans son courrier de démission publié sur Instagram.

Le secrétaire d'Etat à l'Enfance et aux Familles, Will Quince, qui a également publié sa lettre de démission sur Twitter, explique quant à lui n'avoir pas eu d'autre choix après avoir répété "de bonne foi" à la presse des éléments fournis par les services du Premier ministre au sujet d'une nomination litigieuse et qui se sont par la suite avérés "inexacts".

La sous-secrétaire d'Etat à l'Agro-Innovation et à l'Adaptation climatique, Jo Churchill, a de son côté souligné que le pays et le parti conservateur "méritaient mieux".

Boris Johnson a, par ailleurs, limogé le ministre d'Etat Michael Gove, qui, selon des médias, lui avait dit qu'il lui fallait démissionner.

(Reportage William James et Elizabeth Piper ; version française Myriam Rivet, Jean-Stéphane Brosse et Camille Raynaud, édité par Nicolas Delame et Sophie Louet)