Sujeev Shakya, ambassadeur économique d'un Népal en marche

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À la tête du Nepal Economic Forum, cet économiste détaille les raisons pour lesquelles le Népal peut devenir un eldorado pour les investisseurs.

Coincé entre les deux superpuissances économiques que sont la Chine et l'Inde, le Népal ne peut que connaître un développement économique fulgurant dans les années à venir, assure Sujeev Shakya, cofondateur de Beed management, une société de conseil aux entreprises basée à Katmandou, qui contrôle le centre de recherche The Nepal Economic Forum. A condition de bien cibler les opportunités et d'accompagner les investisseurs. Fort de ce constat, cet économiste, formé à l'université de Boston oeuvre au développement économique de son pays à travers sa société : Beed. Une structure protéiforme qui fournit aux entrepreneurs et aux investisseurs son expertise en matière de finance, de placement, ou dispense à une autre échelle ses conseils en stratégie ou en management. Elle joue en outre un rôle non négligeable de lobbying auprès des banques et jusqu'au plus haut niveau de l'Etat.

Auteur du très didactique ouvrage « Unleashing Nepal » (Penguin India 2009), il y développe sa vision du pays et de son économie : ouvert au monde depuis 60 ans seulement, le Népal écrit-il, vit sous perfusion de l'aide internationale, des salaires des migrants travaillant en Inde ou dans les Emirats, sans suffisamment valoriser ses propres richesses.

Développer l'offre touristique

Et pourtant, celles-ci sont à portée de bourse des investisseurs. À commencer par la chaîne de montagne de l'Himalaya, qui occupe les trois quarts du territoire. Toute l'année, les trekkers affluent du monde entier pour effectuer des circuits de plusieurs jours dans les montagnes, voire viser « le toit du monde » : l'Everest (8.840 mètres).

Si le tourisme constitue déjà une manne, améliorer les conditions d'accueil, par la construction d'hôtels et de lodges chics offre des perspectives juteuses suggère-t-il. Quant au relief justement, parcouru de fleuves, il se prête à la construction de centrales hydro-électriques. Et les besoins sont là : faute d'infrastructures adaptées, le pays subit 16 heures de coupures de courant quotidiennes! Mais le Népal est avant tout un pays rural, à 85 %. Y produire du café bio par exemple, reviendrait à mettre la main sur une appellation contrôlée vendue à travers le monde.

Pour Sujeev Shakya le salut passe par l'essor du secteur privé. Celui-ci est encore embryonnaire : seulement 30 banques et plus de 10.000 coopératives. Parmi la population active, il estime qu'à ce jour beaucoup de talents se mettent au service des ONG internationales, alors qu'ils pourraient vendre leurs services plus cher, aux plus offrants.

Le Népal revient de loin. Au terme d'une guerre civile meurtrière, la guérilla dite « maoïste » dépose les armes en novembre 2006. Deux ans plus tard la monarchie est abolie et les élections donnent naissance à une assemblée où cohabitent six partis. Les maoïstes eux, ou le parti communiste maoïste népalais, fort de son score de 38 % refuse toujours d'y siéger. D'où une instabilité peu rassurante.

Économie souterraine

La corruption est endémique dénonce Sujeev Shakya qui estime que 14 éminentes personnalités du monde des affaires disposent de leurs représentants à l'assemblée. Les banques souffrent d'une sérieuse crise de liquidités dans ce pays où la grande majorité des échanges se font de main à la main, où l'économie informelle prédomine. Et pourtant les investisseurs qu'il rencontre n'ont pas le profil d'aventuriers : fonds d'investissement hollandais, fonds de pension américains... Le mois dernier les français d'Oberthur ont remporté un contrat de plusieurs millions d'euros pour refaire tous les passeports du pays. Et d'après nos informations, une délégation d'entrepreneurs français sera reçue en juin à l'ambassade.

Le Népal offre un énorme potentiel, martèle Sujeev Shakya, qui espère que son pays prendra le chemin de certains pays africains : « Voilà quelques années, personne n'aurait pensé à investir en Ouganda. Regardez ce qu'il s'y passe désormais ! »

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