Au Tchad, la crise de la dette intérieure pousse des patrons à « l’exil économique »
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« Si les choses continuent ainsi, nous allons tous nous exiler économiquement », estime un patron d'une société de services qui a déjà « réfugié » ses affaires en Côte d'Ivoire pour trouver de nouveaux relais de croissance. « J'ai des factures impayées auprès de l'Etat qui datent de 2021 et qui atteignent globalement de dizaines de milliers d'euros », confie-t-il, soulignant l'avantage qu'il constate à businesser depuis l'étranger. « A Abidjan, nous avons accès à un large marché francophone et pouvons aisément attaquer la zone Cemac [Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale, ndlr]. Les conditions chez nous ne nous laissent trop le choix, surtout pour les entrepreneurs qui veulent développer leur business », explique-t-il pour justifier son choix de cette capitale ouest-africaine. Une ouverture forcée vers d'autres marchés, face une crise de la dette intérieure qui semble s'éterniser, dans un pays où évolue une vingtaine d'entreprises françaises dont le groupe Somdiaa qui détient la Compagnie sucrière du Tchad ou le groupe Castel qui a pour filiale les Brasseries du Tchad ou le géant Nexira qui opère dans la gomme arabique.
Au Tchad, les impayés de l'Etat envers les entreprises se chiffreraient globalement à plus de 1 milliard d'euros selon le secteur privé. Ils représentent environ 25,4% du PIB selon un document du ministère des Finances et du Budget. Les levées de boucliers du secteur jusqu'ici ne leur ont permis d'obtenir du gouvernement que des promesses et de faibles recouvrements. En 2020, N'Djamena a lancé son plan d'apurement de sa dette intérieure, cependant les opérations menées jusqu'ici n'ont pu épurer qu'une minime partie de cette dette.
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Et pour les entreprises, obtenir ces recouvrements relèverait d'un véritable parcours du combattant, parfois sur fond de corruption. « Des gens dans les ministères en ont profité pour mettre en place un système d'intermédiation pour pousser les dossiers de recouvrement. Ils demandent parfois jusqu'à 50% en guise de commissions. Certains entrepreneurs, étant sous pression, cèdent pour résoudre une situation, mais quand vous donnez 50%, il ne vous reste rien », explique un ex-contractuel de la fonction publique qui évolue dans le domaine de la finance. Des faits dénoncés en décembre dernier lors d'une séance parlementaire portant sur la présentation du budget 2025. « Les entreprises investissent, mais derrière on ne les paye pas ou alors la corruption [sévit]. Des gens chargés de les payer qui demandent des pourcentages énormes faisant en sorte qu'ils n'arrivent pas à s'en sortir », déplorait-il, avant d'alerter : « Si on n'arrive pas à aider l'économie locale, on ne pourra pas s'en sortir ».