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Comment le Maroc mène la bataille contre le stress hydrique

Ristel Tchounand, envoyée spéciale à Larache

Publié le 30 juillet 2025 à 06:55 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 02:55

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Alors que le royaume - qui célèbre ce 30 juillet les 26 ans de règne du roi Mohammed VI - traverse sa septième année consécutive de stress hydrique dû à la sécheresse, les industries tournent à plein régime et les ménages en milieux urbain et rural ont accès à l'eau potable. Le résultat d’une stratégie dans laquelle le mot d’ordre est l’anticipation face à la force de la nature. Décryptage.

« Notre plus grande fierté est qu'en dépit du stress hydrique, le Maroc ne manque pas d'eau. Nous arrivons à approvisionner toute la population en eau potable », confie Mohamed Rifki, Chef de la division Eau et assainissement liquide au sein de la Direction générale des collectivités locales (DGCL). Et Yassine Wahby - de l'Agence du bassin hydraulique du Loukkos (ABHL) - d'ajouter : « Plus encore, nous sommes fiers de ce qu'avec un climat majoritairement semi-aride, le Maroc est devenu un pays agricole grâce à la politique de feu le roi Hassan II et l'impulsion faite par le roi Mohammed VI, avec notamment la politique de construction des barrages qui nous permet de satisfaire continuellement la demande et sans laquelle nous serions un pays avec de forts déficits et dans de graves problèmes ».

La machine de la sécurité hydrique en cours

A Zaaroura, dans la province de Larache, le barrage Dar Khrofa est suivi de près et encore plus depuis les travaux d'interconnexion au barrage Oued El-Makhazine. « Dar Khrofa  -qui a également fait l'objet d'un transfert vers le barrage 9 Avril- joue un rôle très important dans la sécurisation de l'approvisionnement en eau potable du grand Nord », explique l'agent de la DGCL. Et pour cause, la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima est le deuxième poumon économique du pays après Casablanca - Settat, où prospèrent de nombreuses industries telles que l'aéronautique, l'offshoring, l'automobile avec la méga-usine de Renault ou encore le fret et transport maritime avec le stratégique port de Tanger Med. De plus, les techniques mises en œuvre permettent le développement permanent de l'agriculture, gage de sécurité alimentaire. « Notre production a considérablement augmenté, parce que nous dépendons plus de la pluie qui se fait parfois rare. L'approvisionnement en eau issue du barrage sauve nos activités », témoigne Aziz Joud, qui exerce depuis dix ans.

Barrage Dar Khrofa
Photo d'illustration (Crédits : MAP)

Dar Khrofa, c'est l'un des 156 barrages d'une capacité globale de plus de 20 milliards de m3 répartis sur l'ensemble du territoire national dont 61 ont été construits sous le règne du roi Mohammed VI. S'ajoutent à cela, 148 petits barrages pour une capacité globale de 143 millions de m3 et 135 barrages qui sont en cours de réalisation ou programmés pour une capacité de 109 millions de m3, selon les données officielles. Ce dispositif est au cœur du Programme national d'approvisionnement en eau potable et d'irrigation 2020-2027. D'un coût de 143 milliards de dirhams [plus de 13,6 milliards d'euros], il s'articule notamment autour du développement de l'offre, la valorisation et l'économie de l'eau, le renforcement de l'eau potable en milieu rural ou encore la réutilisation des eaux usées et la communication/sensibilisation. « Grâce à l'effort de toutes les parties prenantes, plusieurs actions et projets ont été réalisés ou sont en cours de réalisation et vont permettre d'atteindre les objectifs escomptés du programme », explique Mohamed Rifki. En effet, des stations de dessalement notamment ont été inaugurées l'été dernier dans les régions d'Essaouira ou Casablanca portant à 22, le nombre de stations de dessalement dans le pays pour une capacité de 257 millions de m3 par an, tandis que 17 stations sont en cours de réalisation ou programmés, notamment à Rabat (avec Veolia), Dakhla (avec Nareva) ...

« L'anticipation », le mot d'ordre royal

Ce 30 juillet à l'occasion de la Fête du Trône, le Maroc célèbre les 26 ans de règne du roi Mohammed VI qui - dans son discours prononcé à l'occasion - appelle le gouvernement à « l'adoption d'un modèle de gestion proactive et durable des ressources en eau, au regard de l'aggravation du stress hydrique ». La période 2024-2025 marque en effet la septième année consécutive de sécheresse qui cause depuis lors un stress hydrique face auquel le royaume livre une bataille contre la montre. « Le plus important dans la gestion de l'eau au Maroc, c'est l'anticipation. Nous ne sommes pas dans la réaction, mais plutôt dans la prévision à l'avance -souvent sur douze mois- des situations à risque », décrit Mohamed Rifki, soulignant que depuis 2020, le royaume a dépensé 25 milliards de dirhams [près de 2,4 millions d'euros] dans des actions urgentes pour lutter contre le stress hydrique. Cela a permis, entre autres, de financer des systèmes de centralisation d'informations sur le niveau des barrages actifs. Une technologie qui favorise une gestion plus aisée des périodes à risque comme lors de la célébration de l'Aïd el Kebir où les équipes d'experts se relaient habituellement 24h/24 pour éviter toute pénurie d'eau sur le territoire national. Une mission dont elles ont été exemptées cette année en raison de l'annulation du sacrifice par le monarque.

Mohammed VI
Photo d'illustration (Crédits : DR)

Alors que la stratégie nationale de l'eau a été lancée pour la première fois dans les années 1960, elle a connu d'importantes actualisations ces deux dernières décennies, au gré de l'évolution rapide des changements climatiques, au point de devenir une priorité parmi les priorités. Lors des festivités marquant le quart de siècle de son règne l'an dernier, le souverain appelait d'ailleurs à « accélérer la réalisation des grands projets » et maximiser l'innovation.

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La captation des eaux du brouillard, ce système qui étonne le monde

En la matière, le royaume s'est démarqué avec son système de captation des eaux du brouillard qui, associées à un peu d'eau souterraine, permet d'alimenter des ménages au Sud du pays. Une innovation qui ne cesse d'inspirer à travers le monde. « Cette technologie est une réussite. Nous avons réalisé un projet pilote avec l'intention de le dupliquer ailleurs dans le royaume », confie se responsable public. D'autres projets d'envergure sont à venir ou en cours, notamment dans le domaine du photovoltaïque solaire. La première centrale solaire flottante a été inaugurée en mai dernier. Installée sur le barrage d'Oued Rmel dans le Nord, elle est destinée à alimenter en énergie verte le port de Tanger Med et favorisera en outre la réduction de l'évaporation de l'eau, répondant ainsi à un défi auquel est confronté le pays dans sa réponse stratégique au stress hydrique.

Les industriels au pas !

Dans un pays foncièrement industriel, la problématique de l'eau mobilise toutes les parties prenantes si bien que la stratégie est pilotée par un comité mixte. A l'Agence du bassin hydraulique du Loukkos basée à Tétouan, l'autorisation des projets industriels est très encadrée et le processus intègre l'examen du dossier, un pitch des investisseurs devant un jury administratif ... « Si le projet est trop gourmand en eau, il sera demandé une réorientation ou tout simplement une interdiction, parce que nous devons faire attention à la consommation équitable de l'eau », explique Yassine Wahby. En raison de l'importance de l'économie de l'eau, certains secteurs ont dû revoir leur fonctionnement notamment la filière hôtellerie où les hôtels ne peuvent plus -sur instruction gouvernementale- remplir leurs piscines avec de l'eau potable. De même, l'arrosage de golfs et des espaces verts se fait à l'aide des eaux usées traitées. « Le programme prévoit la mobilisation de 100 millions de m3 à l'horizon 2027. Aujourd'hui, nous mobilisons presque 112 millions de m3 à travers des stations d'épuration des eaux usées traitées qui répondent aux normes de réutilisation », explique le responsable ministériel, soulignant qu'à fin de 2024, le volume des eaux usées traitées réutilisées est de l'ordre de 52 millions de m3 dans les espaces verts, golfs et usage industriel.

Une perte 70 millions de m3 d'eau par an

Outre les changements climatiques, l'accroissement de la demande face à la réduction de l'offre, la pollution et l'envasement -c'est-à-dire la réduction dans le temps des capacités de stockage des barrages- sont identifiés comme les défis de l'heure. « Actuellement, le Maroc perd 70 millions de m3 par an en termes de capacité de stockage dû à l'envasement », détaille Yassine Wahby. « Pour pallier cela, poursuit-il, plusieurs politiques ont été mises en place pour le traitement des bassins versants avec l'Agence nationale des eaux et forêts et plusieurs dispositions sont implémentées pour réduire le taux d'envasement des barrages ».

Maroc stress hydrique
Photo d'illustration (Crédits : MAP)

L'expertise locale, fierté nationale

Pour faire aux défis de l'eau et poursuivre en temps et en heure le déploiement de l'« autoroute de l'eau » telle que pensée par le chef de l'Etat, le royaume qui faisait autrefois appel à l'expertise venant de France ou d'Espagne, assure désormais la gestion de la politique nationale avec des ressources humaines locales. « Notre programme nous a permis de développer une expertise nationale. Depuis 2020, tous les projets ont été développés par des experts marocains et réalisés par des entreprises marocaines », précise Mohamed Rifki, saluant une expertise qui s'exporte désormais au sud de l'Afrique notamment au Gabon et en Côte d'Ivoire. Tout un déploiement qui faisait dire en avril dernier à Nizar Baraka, ministre de l'Equipement et l'eau, qu'autrefois aigu, le Maroc est passé « à un niveau de stress hydrique normal ».

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Dans ce pays qui sera le deuxième du continent - après l'Afrique du Sud - à organiser la Coupe du monde de Football 2030 conjointement avec l'Espagne et le Portugal, les multiples projets de construction (stades, parkings, immobilier, ...) et le déploiement stratégique face au stress hydrique en dit long sur l'ambition de cette destination touristique mondiale où « la nécessité oblige l'innovation ».

Ristel Tchounand, envoyée spéciale à Larache

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