Bruno Le Maire: "Taxe Gafa : on ne pourra pas financer les services publics avec la fiscalité du XXe siècle" - 4/5
Propos recueillis par Delphine Cuny, Philippe Mabille et Grégoire Normand
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Le maire veut "reinventer le capitalisme"
Gonzalo Fuentes
ENTRETIEN. Le ministre de l'Économie et des Finances va présenter un projet de loi fin février pour taxer le chiffre d'affaires des géants du numérique. Google, Apple, Facebook et Amazon sont dans le viseur. Extrait de l'entretien avec Bruno Le Maire publié dans La Tribune Hebdo du 15 février 2019.
LA TRIBUNE - Le secteur français du numérique craint que cela le pénalise, à terme, en bridant son développement. Cette taxe sur le chiffre d'affaires est une solution transitoire ?
BRUNO LE MAIRE - La taxation des géants du numérique est une refondation indispensable de la fiscalité internationale au XXIe siècle. On ne peut plus continuer à taxer lourdement les entreprises industrielles dont les marges sont faibles et taxer moins les entreprises qui créent de la valeur à partir de nos données et dont les marges sont beaucoup plus élevées. C'est complètement incohérent et injuste.
La taxe française sera temporaire, en attendant un accord international. Si demain il y a une taxation du numérique au niveau de l'OCDE, nous n'aurons plus besoin de taxation nationale. Mais une taxe nationale et européenne est le meilleur moyen de faire bouger les choses.
Fin janvier, j'ai prévenu Steven Mnuchin, le secrétaire américain au Trésor, de notre décision. Depuis, il y a eu une accélération des travaux sur ce sujet au sein de l'OCDE, un vrai déblocage. C'est la preuve que lorsque la France prend le leadership et dit qu'il faut une nouvelle fiscalité internationale sur les données, parce qu'on ne pourra pas financer les biens publics et les services publics avec la fiscalité du xxe siècle, les choses s'accélèrent.
En matière de relations internationales, il n'y a pas de place pour les bons sentiments, il n'y en a que pour les rapports de force. Quand le premier marché de consommateurs au monde dit que Google, Apple, Facebook et Amazon sont les bienvenus dans nos pays, mais qu'il faut que les entreprises du numérique payent leurs impôts comme les autres, nous avons de l'influence. Encore faut-il avoir le courage de l'exercer.
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Vous avez évoqué à Davos un impôt minimum sur les sociétés, comment obtenir un accord mondial pour limiter les inégalités fiscales ?
La montée des inégalités menace le capitalisme. Si nous voulons qu'il continue à apporter de la prospérité, il doit changer de direction. Quand il y a des écarts de salaires de 1 à 500, voire de 1 à 1.000, cela ruine la cohésion dans l'entreprise et dans la société. De même, il n'est pas acceptable qu'un chef d'entreprise augmente son salaire alors qu'il impose le gel des salaires à ses employés. Il faut avant tout plus de transparence.
Propos recueillis par Delphine Cuny, Philippe Mabille et Grégoire Normand