Élections au Medef : le "Grand Débat" des candidats

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[VIDEO DEBAT] Alors que l'audition des candidats a lieu aujourd'hui par le nouveau conseil exécutif du Medef, les six chefs d’entreprise qui vont concourir pour la succession de Pierre Gattaz à la présidence de l’organisation patronale ont débattu, le 22 mai, à l’invitation de La Tribune et de la chambre de commerce et d’industrie de Paris - Île-de-France. Compte rendu et vidéo intégrale des échanges.

Quel Medef voulez-vous ? Quel doit être son rôle dans la France des années 2020 ? Le paritarisme vit-il ses derniers feux ? Comment accompagner les grandes réformes d'Emmanuel Macron pour créer un nouveau « million d'emplois » ? Telles sont, parmi d'autres, les questions que La Tribune a posées aux six candidats à la présidence du Medef, qui ont accepté, le mardi 22 mai, de participer à un grand débat. Organisé en partenariat avec la chambre de commerce de Paris - Île-de-France et son Institut du mentorat entrepreneurial, cette rencontre a permis de constater les points d'accords, mais aussi les divergences d'appréciation et de personnalité entre les six candidats restants (sur les neuf qui se sont présentés) : Dominique Carlac'h, Olivier Klotz, Patrick Martin, Frédéric Motte, Alexandre Saubot et Geoffroy Roux de Bézieux.

Dominique Carlac'h, la seule femme a présenté sa vision d'un Medef plus ouvert sur le sociétal et plus agile, un « Medef 4.0 » selon sa formule. C'est aussi la seule des six à être partisane d'une modification du Code civil pour ajouter dans son article 1833 la mention proposée par Jean-Dominique Senard : la prise « en considération des enjeux sociaux et environnementaux », comme l'a réaffirmé mi-mai le Premier ministre, Édouard Philippe. Les autres candidats y sont opposés, estimant qu'une telle réécriture pourrait créer un nouveau champ pour le « gouvernement des juges » et compliquer un peu plus la vie des entrepreneurs. Ouverts à l'idée de permettre aux entreprises qui le veulent d'inscrire leur « raison d'être » dans leurs statuts, ils mettent en garde contre une mesure générale qui s'appliquerait à toutes les entreprises sans distinction de taille.

Fiscalité, formation, développement de l'apprentissage, nouveaux services aux adhérents, parité hommes-femmes, territoires... Le débat a permis de saisir quelques nuances dans les projets, mais aussi de constater une conviction commune : le Medef « doit se réinventer » et jouer un nouveau rôle comme corps intermédiaire, mais aussi au service de ses adhérents. S'il est un point qui rassemble tous les candidats, c'est bien celui-ci : pour survivre, l'organisation patronale a besoin de reconquérir le coeur et la raison des entreprises, petites et moyennes, en se laissant moins phagocyter par les négociations sociales, mais en retrouvant une utilité et une performance économique. Après l'audition des candidats le 28 mai par le nouveau conseil exécutif, qui votera à titre consultatif le 11 juin, c'est lors de l'assemblée générale du 3 juillet que les 561 « grands électeurs » (380 pour les organisations professionnelles, 170 pour les organisations territoriales) éliront le (ou la) prochain(e) président(e).

Les candidats du Grand Débat

Dominique Carlac'h, Medef Sport,

Dominique Carlac'h

Présidente du Comité entrepreneuriat et du Comité sport du Medef. Cette Bretonne a fondé une entreprise de conseil en financement de l'innovation, D & Consultants. Ancienne athlète de haut niveau, spécialiste du 400 m, elle a oeuvré pour le soutien du monde économique à la candidature de Paris aux JO de 2024.

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Patrick Martin

Patrick Martin

Président du Medef Auvergne-RhôneAlpes, il dirige l'ETI Martin Belaysoud Expansion, distributeur de fournitures industrielles. Il se présente en collectif avec Pierre Brajeux, PDG de Torann France et président du Medef Hauts-de-Seine, et Fabrice Le Saché, candidat du mouvement « La France en croissance ».

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Frédéric Motte

Frédéric Motte

Président du Medef Hauts-de-France, ancien vice-président du Medef responsable du pôle branches, mandats et territoires, il dirige aujourd'hui Cèdres Industries, un groupement de 24 PME avec 450 salariés, ensemblier de machines industrielles pour les donneurs d'ordre.

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Geoffroy Roux de Bézieux

Geoffroy Roux de Bézieux

Il a été vice-président du Medef chargé de l'économie, de la fiscalité et du numérique. Cet entrepreneur dans les télécoms avec The Phone House/Virgin, cofondateur du fonds Isai, dirige actuellement Notus Technologies. Spécialiste de l'Ironman, un triathlon de l'extrême, il se présente pour la deuxième fois.

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Alexandre Saubot

Alexandre Saubot

Ancien vice-président délégué chargé des négociations sociales et ex-président de l'UIMM, il est directeur général d'Haulotte, entreprise spécialisée dans le matériel d'élévation qui emploie 1.700 personnes pour un chiffre d'affaires de 500 millions d'euros.

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Olivier Klotz

Olivier Klotz

Directeur général et administrateur de Heuft France, une PME de 49 salariés, filiale du fabricant allemand d'équipements de contrôle pour lignes d'embouteillage. Il préside le Medef Alsace et le Medef Grand Est.

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Première question :
Quel Medef voulez-vous ?

>> VIDEO | LES REPONSES DES CANDIDATS A LA PREMIER QUESTION

Dominique Carlac'h - "Un Medef 4.0"

À chaque époque son président et son message : pour Ernest-Antoine Seillière, c'était « En avant l'entreprise » ; pour Laurence Parisot, « L'entreprise, c'est la vie » ; pour Pierre Gattaz, un « Medef de combat ». Le prochain président devra accompagner le Medef dans sa transformation, en faire un Medef 4.0. Je me suis lancée dans cette campagne avec trois convictions : il faut rompre l'isolement et le cloisonnement des entreprises et celui du Medef. La priorité du Medef dans l'avenir est d'être un influenceur efficient et inspirant, une boîte à idées de la République. Ne plus incarner un patronat qui grogne et réclame, mais être force de propositions positives. Le Medef doit aussi être utile aux entreprises et aux adhérents, et conserver son rôle de partenaire social dans le paritarisme frugal, pour en faire plus et simplifier la vie des entreprises.

Geoffroy Roux de Bézieux - "Anticiper les transformations"

La révolution technologique que l'on vit aujourd'hui à trois caractéristiques.

Chaque vague rend la précédente obsolète, elles sont très rapides et, pour la première fois, ce n'est pas la force humaine qui sera remplacée par la mécanique, mais probablement l'intelligence humaine. C'est un bouleversement qui change la place du travail. Le projet que je porte vise la transformation pour obtenir une équité fiscale, normative et réglementaire, parce qu'on ne peut pas se battre à armes inégales. Il faut préparer l'avenir avec les syndicats, anticiper les transformations et les destructions d'emplois. Il faut de la pédagogie, influencer les salariés avant les politiques. Les Français attendent beaucoup des entreprises : des emplois, mais également qu'elles règlent les problèmes que l'État ne sait pas résoudre. À nous de porter des sujets plus vastes que le simple profit en faisant de la pédagogie avec des moyens modernes, aller au combat des idées face aux adversaires des entreprises, être la voix des entrepreneurs.

Alexandre Saubot - "Le Medef doit se réinventer"

Je ne suis pas candidat pour être le président du Medef... mais pour le réinventer dans un monde qui se transforme à une vitesse colossale. Faire en sorte que la transition écologique ne se fasse pas au détriment des entreprises et de l'emploi. Je veux transformer son organisation pour en faire une structure au service des adhérents et des entrepreneurs, être un organisme d'influence, de dialogue social, mais avant tout au service des adhérents. Pour cela, il faut modifier notre façon d'agir, reprendre la main, pour être certains que ce soit nous qui décidions. Nous devons arrêter de nous faire enfermer dans des négociations contraintes, comme celles de la formation professionnelle. Nous devons réinventer un dialogue social et faire nos propres propositions. Reprendre la main sur l'agenda réglementaire, être promoteur de ce qu'on peut changer pour éviter les obligations nouvelles. Mais aussi parler à l'opinion publique et réconcilier les entreprises avec les Français, car sans l'opinion publique nous aurons plus de mal à peser sur les choses et à les faire avancer.

Olivier Klotz - "Un « pacte de stabilité réglementaire »"

Depuis vingt-cinq ans, je voyage dans des pays d'où je regarde la France et elle n'a pas la place qu'elle mérite. Je veux recentrer le Medef sur son coeur de métier, la défense des entrepreneurs, des preneurs de risques qui créent des entreprises, investissent, embauchent, exportent. Notre rôle est de promouvoir et défendre les entreprises, y compris dans l'opinion publique, et de rassembler. Nous vivons dans un déluge de réglementations, il faut que cela change. Je veux proposer au gouvernement de mettre en place un « pacte de stabilité réglementaire » pour permettre aux entreprises de savoir où elles vont. Et comme 80 % des règles viennent d'Europe, il faut y accroître notre présence. Il y a 3 lobbyistes du Medef à Bruxelles, les Allemands en ont 30. Il faut agir collectivement en Europe pour avoir une réglementation pro-business. Il faut protéger nos entreprises, être plus rapides, et nous recentrer sur nos métiers. Défendre les entrepreneurs auprès des pouvoirs publics, l'entreprise auprès de l'opinion.

Frédéric Motte - "Développer du service aux adhérents"

Rassemblement, transformation et engagement sont mes trois ambitions. J'ai la conviction que l'économie est à un tournant. Il y a des rendez-vous avec la réforme à ne pas rater pour faire la promotion de nos idées. Dans mon projet pour le Medef, je veux faire baisser les dépenses publiques, gagner en compétitivité, promouvoir la simplification, afficher une ambition européenne et aider les entrepreneurs face la révolution technologique. Autre défi du Medef : développer du service aux adhérents et accroître notre influence avec plus d'adhérents et une meilleure image. Je veux rassembler en faisant du Medef un corps intermédiaire vu comme un accélérateur en jouant le rassemblement interne et externe. Il faut transformer le Medef, le réinventer, changer son image, s'engager dans un militantisme patronal, développer une démocratisation interne avec plus de jeunes, de femmes, d'acteurs issus de la diversité... bref être plus moderne. La solution à la fracture sociale et territoriale, c'est l'entreprise. Le Medef dans les territoires doit être le hub des entreprises.

Patrick Martin - "Un Medef qui nous rassemble et nous ressemble"

Je me présente parce que le Medef nous rassemble, il faut qu'il nous ressemble. Je veux engager un renouveau. Je dirige une ETI, je me suis engagé dans un Medef territorial et régional. Il faut être authentique et crédible, il faut nous réformer, le Medef n'a pas le choix, les changements de mentalités nous l'imposent. Je joue en collectif avec Fabrice Le Saché et Pierre Brajeux. Nous voulons rénover les idées, engager une réflexion, donner aux entreprises les moyens de leurs ambitions. Nous ne sommes pas allés assez loin sur la réforme de l'apprentissage. Je souhaite que le Medef investisse plus sur l'Europe et les territoires en réallouant son budget.

Deuxième question :
Votre premier acte en tant que président ? L'avenir du paritarisme ?

>> VIDEO | LES REPONSES DES CANDIDATS A LA DEUXIEME QUESTION

Frédéric Motte

Si je suis élu, je réorganiserais immédiatement le programme de l'université du Medef, fin août, pour en faire une véritable séance de travail aboutissant à des propositions concrètes. L'engagement du Medef dans le débat d'idées est fondamental. Puis je prendrais rendez-vous avec tous les acteurs sociaux et je lancerais des Assises du Medef. Concernant le paritarisme, pour ce qui relève désormais de la solidarité nationale, on peut se poser des questions et s'il faut sortir de certains organismes, faisons-le.

Alexandre Saubot

L'enjeu des entreprises est de trouver les compétences dont elles ont besoin, alors que le principal drame de notre pays, c'est le chômage des jeunes. C'est pourquoi je pense possible pour le Medef de s'engager pour augmenter de 50 % l'apprentissage. Quant au paritarisme, il faut se poser une question : comment défendre au mieux les entreprises. On peut balayer le paritarisme, mais ce serait réduire notre capacité à peser sur les choses. Un Medef sans paritarisme ne serait pas efficace. En responsabilité, on peut faire avancer les choses sans demander d'efforts supplémentaires quand on a la main. Ce qui ne va pas dans le paritarisme, c'est le ménage à trois, quand on est spectateur et caution. Sur les sujets pour lesquels on nous a confié des responsabilités, il faut défendre les entreprises.

Geoffroy Roux de Bézieux

Ma première mesure serait de nommer plus de femmes au conseil exécutif, car nous avons un problème de représentation féminine. Sur le paritarisme, je distingue celui de gestion et de négociation. Sur la gestion : pour l'assurance chômage, le système ne permet pas de négocier de plein gré, parce que le filet de sécurité de l'État nous rattrape. Il ne faut pas entrer dans une négociation avec l'État sur ce sujet au risque d'endosser des mesures négatives. Sur le paritarisme de négociation, les ordonnances Macron et la loi El Khomri renvoient désormais aux branches. C'est la bonne méthode, mais il reste beaucoup de choses à discuter avec les syndicats au niveau national. Avec la robotisation et l'intelligence artificielle, il faut mettre l'accent sur la formation pour aider les salariés concernés à exercer d'autres métiers. Mieux vaut préparer l'avenir plutôt que de négocier le passé.

Dominique Carlac'h

Si je suis élue, je prendrais contact avec le gouvernement pour demander plus de clarté sur les réformes. En ce qui concerne la loi Pacte, nous n'avons toujours pas de vision. Je propose aussi un grand audit partagé sur le paritarisme que je rendrais public à l'assemblée générale de 2019 sur les champs à investir, maintenir ou désinvestir. Soit ce n'est pas utile et on arrête, soit on continue. Mais assez du paritarisme à l'ancienne, il faut le rénover.

Changeons de méthode : je propose « l'open négociation ». Pourquoi ne négocier qu'entre patrons et syndicats, sur des sujets qui ont un impact sociétal. Je suis pour le droit à l'expérimentation, il faut laisser une phase expérimentale avant de faire une loi.

Patrick Martin

Il faut rendre à cette maison la transparence et l'exemplarité qu'elle devrait avoir avec un conseil exécutif décisionnaire, pour aller vers une décision éclairée. En ce qui concerne le paritarisme, il faut avoir une approche technique, balayer devant notre porte, auditer. Mais quand l'État décide de tout, cela peut mal se finir. Il n'y a pas de meilleur gestionnaire que nous, entreprises privées. La modernité, c'est de renvoyer du pouvoir au plus près du terrain et laisser aux acteurs une bonne part de décision. On ne peut pas aller vers la disparition du paritarisme, car dans un scénario catastrophe avec un gouvernement anti-entreprises, on le regretterait. Mais le financement du paritarisme demande des éclaircissements. Il faut tendre vers la suppression des fonds paritaires et que tout le monde y renonce.

Olivier Klotz

Ma première mesure serait de faire des Assises de l'organisation du Medef pour régler le problème de la transversalité entre nos branches et dans les territoires. Ensuite, je prendrais contact avec le gouvernement pour avoir plus de visibilité sur les réformes. Nous en avons besoin. J'irais enfin à Bruxelles rencontrer nos alter ego pour travailler avec eux de manière collective. En ce qui concerne le paritarisme, nous sommes à l'aube d'un changement de modèle social : à l'avenir l'État aura un rôle de plus en plus important pour le financement du chômage ou des retraites. Pour les CAF ou les Urssaf, nous avons de moins en moins de pouvoir, il faudra voir si nous avons encore un rôle à jouer. Concernant la protection sociale, nous gérons des mutuelles et des organismes de prévoyance en concurrence avec des entreprises qui sont nos adhérents : il faut se retirer de ce secteur concurrentiel.

Troisième question :
Le rôle du syndicat patronal dans l'emploi et la formation

>> VIDEO | LES REPONSES DES CANDIDATS A LA TROISIEME QUESTION

Patrick Martin

La réforme de l'apprentissage va dans le bon sens. Le Medef doit l'accompagner. Mais il est regrettable que l'Éducation nationale n'ait pas été impliquée. Il faut faire tomber les murs pour être plus efficace et ne pas gaspiller d'argent, aller chercher des synergies pour éviter qu'on installe un CFA [centre de formation d'apprentis, ndlr] à proximité de lycées professionnels, ce qui est un gâchis désolant. Il faut aller plus loin, sinon les entreprises n'auront pas les moyens de leurs ambitions.

Geoffroy Roux de Bézieux

Nous avons un problème de recrutement qui freine la croissance. Il faut imaginer des formations dans les branches afin de pouvoir recycler des personnes qui seront impactées par la disparition de certains métiers, comme les emplois de caissière avec l'arrivée des caisses automatiques ou de chauffeurs avec les véhicules autonomes. Le sujet emplois et compétences est important. Il faut aller plus loin, plus vite, ne plus raisonner par branche, accompagner la mutation des métiers. C'est crucial.

Dominique Carlac'h

En Allemagne, employeur se dit « Arbeitgeber » : celui qui donne de l'emploi. Mettonsnous dans cette posture et posons-nous la question : que peut faire le Medef pour l'emploi ? Il peut accompagner la transformation économique, associer les usagers. Je propose de faire des task forces Medef 4.0 dans les territoires, mutualiser des actions professionnelles métier, de fédérations liées aux data et à des bassins d'emploi territoriaux, pour anticiper les mutations professionnelles et les besoins en compétences à venir. Le Medef a cette capacité car il est organisé en métiers et territoires.

Alexandre Saubot

Le combat est celui des compétences, car on ne peut pas imaginer sauver l'économie en choc frontal avec la Roumanie ou la Chine. Les salariés attendent d'évoluer, la France doit renouer avec l'ascenseur social. Ce n'est pas la croissance de l'économie, mais la formation qui va remettre en marche cet ascenseur social. Le Compte personnel de formation est un bon un outil. Le monde se transforme, les métiers vont se transformer, certains vont disparaître. L'objet de la formation est de donner aux entreprises les compétences dont elles ont besoin, Mais il faut remettre plus de libertés dans le système et faire accepter l'idée que c'est nous, entreprises, qui savons le mieux quels seront nos besoins demain.

Olivier Klotz

La réforme de la formation professionnelle, j'ai encore du mal à en comprendre la logique. Sur l'apprentissage, en revanche, on redonne la main à l'entreprise. Sur l'emploi et l'adaptabilité, on parle de transformation économique et numérique. Dans le même temps, je constate qu'au Medef, on vieillit, et que les jeunes, par leur usage des réseaux sociaux, changent de mentalité, de méthodes de travail. Nous devons nous remettre en question. Par exemple : est-ce que le Medef doit rester dans ses locaux actuels ou devenir une plateforme pour promouvoir le travail collectif ? Il faut envisager de travailler comme nos enfants, ou alors on travaillera en parallèle à un autre rythme.

Frédéric Motte

Dans mon entreprise, je refuse du travail parce que je ne trouve pas le personnel pour répondre aux commandes. Des entrepreneurs qui refusent des commandes par manque de collaborateurs, c'est quotidien. Le recrutement des talents est la préoccupation numéro 1 des chefs d'entreprise. Mon challenge, c'est d'attirer les talents, de les retenir, de donner du sens au projet sur lesquels je mobilise mes collaborateurs pour qu'ils y trouvent un épanouissement. C'est un challenge humain. Comment utiliser la technologie pour transformer l'entreprise ? Comment aider les entreprises face à ces enjeux RH ? Je suis convaincu de notre responsabilité au niveau territorial et national.

Nous devons nous mobiliser pour avoir un « Medef de service », aider à bâtir une politique de formation, se mettre dans une démarche « bottom-up ». Il faut transformer le Medef en « maison des entreprises » pour les aider à affronter leurs défis.

Quatrième question :
L'objet social de l'entreprise et place des femmes au Medef

>> VIDEO | LES REPONSES DES CANDIDATS A LA QUATRIEME QUESTION

Dominique Carlac'h

Je suis pour la mesure proposée par Jean-Dominique Senard et Nicole Notat visant à inscrire l'objet social de l'entreprise dans ses statuts, car c'est donner du sens, des repères. C'est un renouveau de l'attractivité des entreprises. On a tous évoqué les difficultés de recrutement. Les jeunes cherchent un salaire, mais aussi des repères. Et cela permet de fixer des signaux forts au niveau juridique. Aujourd'hui, il n'y a que la jurisprudence et il n'y a pas plus dangereux pour les entreprises.

Sur la parité au Medef, la première chose à faire c'est d'envoyer des signaux s'il y a un problème de vocations. Sur les 4 vice-présidents, nommons 2 femmes, et sur les 10 personnalités qualifiées, 5 femmes. Pour être inspirant et susciter plus de vocation, je propose de créer un groupe de travail « Femmes du Medef » pour faire part de nos difficultés et de nos réussites.

Alexandre Saubot

Je ne pense pas que ce soit une mesure qui ait un impact sur l'attractivité. Je n'ai jamais vu un candidat à l'embauche demander les statuts de l'entreprise. Et même si certains secteurs se doivent d'être responsabilisés, au regard des enjeux sociaux et environnementaux, je pense que passer par la réécriture du Code civil est un écran de fumée. Mais nous aurions dû mieux anticiper la montée de ces questions et ne pas délaisser le champ des idées.

Sur la place des femmes, je suis convaincu que la mixité est une richesse, mais je ne veux pas faire des femmes une diversité. C'est une grande richesse du pays, mais la composition du Medef est le reflet de nos structures et je préfère les compétences. Il faut faire de la pédagogie sur le terrain pour permettre à plus de femmes de s'engager, faire remonter la mixité, il y a un travail de fond à faire.

Geoffroy Roux de Bézieux

Dans les entreprises, on fait tous attention aux parties prenantes comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Mais ce n'est pas la même chose quand on est une TPE ou si on a des milliers de salariés. Or, en France, au nom de l'égalité, les lois s'appliquent à tout le monde. Il y a deux modifications proposées. Donner la possibilité d'inscrire la raison d'être de l'entreprise dans les statuts, j'y suis favorable. Cela permet de donner du sens, de fédérer. Je suis plus réservé sur la réécriture de l'article 1833 du Code civil qui risque d'entraîner le gouvernement des juges, lesquels ont une culture assez faible du monde économique. Modifier cet article n'est pas une bonne mesure, même si l'idée est de réconcilier la France avec l'entreprise. Le Code civil n'est pas le meilleur moyen de le faire. Mieux vaut profiter de la proposition d'exonérer les entreprises de moins de 250 salariés du forfait social sur l'intéressement pour réconcilier les salariés et faire en sorte que le profit profite à tous. Si je suis élu, je ferai de l'évangélisation pour cette politique visant à mettre en place un intéressement dans toutes les entreprises. Et je milite pour que les entrepreneurs ouvrent leur capital à leurs salariés.

Frédéric Motte

La RSE est un gage de la pérennité de nos entreprises. Le Medef doit être plus impliqué dans l'égalité homme-femme en montrant l'exemple par ses nominations, en mobilisant dans les équipes des compétences de femmes et d'hommes avec plus de diversité. Ayons comme objectif d'avoir une AG du Medef à parité.

Patrick Martin

Nous sommes tous d'accord pour dire que la mission de l'entreprise ne se limite pas au profit et qu'il faut prendre en considération les parties prenantes. Mais le risque de l'inscrire dans l'article 1833, c'est que le juge transforme la volonté initiale. Il ne faut pas se laisser enfermer dans ce débat. Si on avait fait la démonstration que les entreprises servent autre chose que le profit, on n'aurait pas ce débat. C'est la démonstration qu'il faut être capable de s'engager et de reconquérir le terrain des idées.

Sur la présence des femmes, l'enjeu pose la question de l'attractivité du Medef. Il faut dépoussiérer le mouvement pour qu'elles aient envie de participer à l'aventure.

Olivier Klotz

L'objectif des entreprises est de faire des bénéfices ; leur donner une mission politique, ce n'est pas notre rôle. Cette raison d'être peut avoir des avantages pour les grosses entreprises, qui font l'objet d'attaques financières. Je suis partisan de ne pas imposer, de figer ou de restreindre par des contraintes nouvelles.

Sur la place des femmes, pour les listes des prud'hommes, nous avons des obligations de parité et nous avons eu du mal à trouver des femmes volontaires. Il faut aider les femmes, attirer les jeunes, et donner leur chance à certaines populations qui ne viennent pas chez nous spontanément.

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Commentaires
a écrit le 29/05/2018 à 12:23 :
la transition numérique a «  un prix »
la taxe des entreprises pour créer «  des emplois supprimés par la transition numérique »

oui , je vois bien «  un pro «  des télécommunications au médef.
a écrit le 29/05/2018 à 8:07 :
L'objectif du MEDEF devrait être de réduire les charges sur la production, c'est à dire sur les entreprises, et de les reporter sur la consommation. Voir la note n°6 du CAE. Cela permet de réduire le chomage et de retrouver un peu de croissance.
a écrit le 28/05/2018 à 12:08 :
parole de citoyen:

la vision du médef du futur ( comme je l’idéalise )

dans la transparence , l’éthique et l’ouverture «  d’une vrai croissance » pour tous et le tout enveloppé «  dans le respect mutuelle des alliances » et non des «  pactes ».

une «  ouverture interne et externe » dans un équilibre et satisfaction pour tous et tout.e.s
a écrit le 28/05/2018 à 8:59 :
Le "grand débat" du medef: "Bon alors qui a le plus gros réseau d'entre nous ?"

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