Gouvernance : la réflexion stratégique occupe peu de place dans l'agenda des dirigeants

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(Crédits : Reuters/Gonzalo Fuentes)
Les patrons consacrent seulement 20% de leur emploi du temps à la réflexion stratégique selon le dernier baromètre réalisé par BPI le Lab.

La gouvernance est un levier déterminant de performance pour les entrepreneurs. Selon le dernier baromètre Bpifrance le Lab, 88% des dirigeants de PME et entreprises de taille intermédiaire interrogés estiment que ce thème aux multiples facettes est primordial pour booster les résultats d'une firme. À l'opposé, 12% des répondants pensent ce thème n'est pas important. Derrière cette moyenne, quelques disparités existent selon la taille de l'établissement. Dans les entreprises de plus de 250 entreprises, ils sont 94% à répondre que c'est un sujet de première importance contre 84% dans les entreprises de moins de 50 salariés.

"La gouvernance est très bien identifiée par les dirigeants d'entreprise [...] Ils font bien le lien entre la gouvernance et la performance des entreprises. Ces résultats n'étaient pas forcément attendus. Ce sujet est traditionnellement associé aux grandes entreprises, et il porte souvent sur les relations entre l'actionnaire et le dirigeant d'entreprise. Or dans les PME et ETI, les dirigeants sont souvent eux-mêmes actionnaires majoritaires ou a minima minoritaires. La fusion de ces deux rôles peut amener à penser que le lien entre performance et gouvernance était éloigné de leur préoccupation. Ce qui est loin d'être le cas" explique Elise Tissier, directrice de Bpifrance le Lab.

La réflexion stratégique occupe peu de place dans l'agenda

Malgré l'importance accordée par les dirigeants aux enjeux de gouvernance, seulement 19% du temps des personnes interrogées est consacré aux réflexions stratégiques. Le reste de l'agenda (32%) est dédié au management des équipes et à la gestion de l'opérationnel et des tâches quotidiennes (49%). Ce fossé montre que les états-majors n'arrivent pas à allouer le temps nécessaire pour les questions de stratégie. Dans les petites entreprises, il arrive que les patrons n'aient pas forcément le temps d'organiser leur gouvernance.

"L'emploi du temps surchargé des dirigeants peut expliquer en partie ce manque de temps consacré à la réflexion stratégique. Les dirigeants ont relativement conscience d'accorder assez peu de temps à ce sujet pourtant essentiel. Ils sont 70% à dire qu'ils veulent y consacrer plus de temps. La délégation à leurs équipes et aux personnes ayant les compétences importantes peut devenir un enjeu majeur. L'autre frein peut être psychologique. Le dirigeant doit parfois accepter d'être accompagné dans sa réflexion stratégique" précise Elise Tissier.

Ces contraintes de temps peuvent avoir des conséquences néfastes sur les stratégies des plus petites entreprises. Ainsi, 61% des patrons d'entreprises de moins de 50 salariés indiquent qu'ils n'ont pas mis en place de "support formalisé et partagé, résumant les orientations stratégiques de l'entreprise". Cette proportion diminue avec la taille de l'entreprise. Ils sont 43% à ne pas avoir élaboré de plan stratégique pour les entreprises ayant entre 50 et 250 salariés et 27% pour les entreprises de plus de 250 salariés.

Le manque de remise en question peut nuire

L'autre résultat éclairant de ce baromètre est que 71% des dirigeants ont déjà fait des choix allant à l'encontre de leur certitudes ou de leur intuitions initiales. À, l'opposé, 29% des répondants indiquent qu'ils font toujours des choix en fonction de leurs certitudes. "À tort, la remise en question des dirigeants d'entreprise n'est pas toujours bien considérée car elle révélerait un manque de confiance en soi ou représenterait un aveu de faiblesse. Pourtant, cette démarche est synonyme d'une véritable assurance du dirigeant, capable de passer en revue ses qualités et ses défauts pour le bien de son entreprise" résument les rédacteurs de l'étude.

Un tiers des sociétés ne dispose pas de comité de direction

Si plus de 9 chefs d'entreprise sur 10 signalent que l'existence d'un comité de direction joue un rôle utile ou indispensable au développement de leurs activités, seules deux tiers des PME et entreprises interrogées déclarent avoir mis en place ce type d'instance. Là encore, cette moyenne masque des écarts très importants selon la taille de l'entreprise. 92% des dirigeants d'établissements de plus de 250 salariés affirment que leurs entreprises a mis en place un comité de direction ou un comité exécutif. Ils sont 75% dans ce cas pour les entreprises entre 50 et 250 salariés contre 54% pour les sociétés de moins de 50 salariés.

(*)Dans cette enquête, l'établissement bancaire a choisi une définition relativement large de ce concept aux multiples dimensions. "La gouvernance est un système visant à élaborer, valider et mettre en œuvre des décisions stratégiques, en s'appuyant sur un socle de valeurs, au service de la vision de l'entreprise. Ce système prend corps dans un ensemble de textes, de pratiques, de rituels, de procédures et d'instances, qui organisent entre autres la consultation de parties prenantes variées (actionnaires, collaborateurs, voire clients, fournisseurs...)."

Méthode (**) : 1.452 dirigeants de PME-ETI ont été interrogés dans le cadre de cette étude et 25 entretiens ont été menés durant le premier semestre 2019. Il y a une surreprésentation des hommes chez les répondants (89% contre 11% chez les femmes).

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Commentaires
a écrit le 07/02/2020 à 10:38 :
Logique, rentiers administrateurs, ce n'est pas la qualité de la vision donc de la stratégie.
Sinon, nous ne pourrions constater a quel point les 20 dernières années ils ont été dans le vent !

Et plus loin, l'impotence manageriale fait que pour faire de la stratégie, il faut aussi avoir un rapport au pouvoir, a l'écoute, et non au statut, ce qui fait tout, plus que les résultats!

Heureusement, ils ont le droit a l'erreur, car effectivement le temps pour réfléchir dépend aussi surtout de ceux a quoi ils pensent.

A mon avis et au vue du statut, disons que la vision est dépendante de ce que vous voyez,, ou vous êtes et ce que vous en comprenez !

Et si il y a bien une chose que j'ai pu voir, c'est que la vision est dépendante de l'altérité et non des accès, c'est pourquoi les résultats en recherche et développement finissent toujours entre les mains du monde anglo saxon.

Car la gestion n'est pas le développement, la vision et la stratégie est dépendante aussi de la capacité de lire le monde.

Et la monoculturalité est telle, que du coup a part trôner avec son statut, disons qu'en regardant l'endettement des gros groupes, du pays et de ses "investissements", disons que tout est dit !

Et comme le statut fait tout, du coup c'est logique que de ne concéder que peu de temps pour la stratégie....

En particulier lorsque si il a fallut autant de temps pour incrémenter la logique du fond de roulement pour une entreprise, disons que pour la stratégie il en va de même!

Et je vous passe l'égo en fonction de la hauteur sociale, qui a aujourd'hui si l'on regarde un peu, c'est plus une stratégie du chef, que de l’opérationnalité et la fonctionnalité de la stratégie, mais bon....

"Le manque de remise en question peut nuire" ce qui est l'inverse culturellement de la culture Française ! c'est pourquoi aussi il y a un gap de 20 ans avec le nord de l'europe.

Et plus loin maintenant, les levées de fonds sont plus important que les résultats, car lorsque l'on regarde ceux ci pour les start ups, disons 90% d'entre elles tombent,
c'est parlant !
a écrit le 07/02/2020 à 8:42 :
20% à la stratégie et 80% à l'exercice comptable dans lequel se loge l'évasion fiscale c'est un peu comme les laboratoires pharmaceutiques qui consacrent 20% de leur budget à la recherche et 80% à la "communication". Ya des priorités hein !

Mais "tout va bien" enfin ! C'est juste nous autres qui ne faisons aucun effort pour le voir...

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