« L'entreprise concentre ce qui fait et défait la parole » (M. Atlan et Roger-Pol Droit)
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Monique Atlan et le philosophe Roger-Pol
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« La parole en crise » constitue le thème central votre essai. De quelle(s) crise(s) la parole est-elle principalement l'objet ? Quelles en sont les manifestations les plus saillantes ?
Tout le monde le constate : la violence verbale s'intensifie, les invectives se multiplient, le cortège de harcèlements et de lynchages numériques s'accroît chaque année. Les entreprises connaissent plus encore que l'ensemble de la société une hyperinflation des messages, un flux de communications exponentiel, un tourbillon continu d'informations. Pourtant, dans ce torrent de paroles, on se parle de moins en moins. Chacun, isolé, poursuit son monologue, écoute peu, n'entend rien... ou presque. La quantité des messages semble faire imploser leur qualité.
Voilà la crise, schématiquement : les paroles stockées, relayées, dupliquées à l'infini échappent à leurs auteurs. Les destinataires ne répondent pas véritablement. Ce qui doit être le lieu des interactions humaines tend à devenir un nuage échappant à tout contrôle.
La technologie est-elle « seule coupable » ?
Depuis toujours, la parole humaine est à double face, « la meilleure et la pire des choses », comme disait déjà Ésope. Elle peut servir à dire vrai comme à mentir, à construire comme à détruire, bien des traditions l'ont dit et expliqué avant nous. Ce qui est nouveau, c'est l'ampleur des caisses de résonance, et la rupture de l'équilibre : à l'ombre de l'anonymat, la haine se donne libre cours, les fakes news déstabilisent.
Subrepticement, c'est la parole elle-même qui se détériore, se vide de sa force, de son sens. Or, on a tendance à l'oublier, elle est le fondement vital de l'humanité. On ne mesure pas assez les enjeux ni la gravité des menaces. C'est pourquoi nous avons voulu lancer cette alerte. En rappelant l'importance cruciale de la parole, dans sa double face, en tentant de faire le diagnostic de la situation présente, pour esquisser des issues.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Car il n'y a aucune raison d'être catastrophiste, ni de diaboliser les réseaux sociaux, le monde numérique ou l'IA. Le mot « crise » vient du vocabulaire médical d'Hippocrate. C'est l'instant où tout se décide, la croisée des chemins. Le malade va mourir ou guérir. La parole peut dépérir ou se revivifier. A condition de comprendre son statut, et de saisir ce qui lui arrive aujourd'hui.
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