Le gouvernement prolonge les primes pour l'apprentissage, l’arme anti-chômage

Olivier Dussopt, le nouveau ministre du Travail a annoncé ce matin sur RTL la prolongation des aides versées aux entreprises pour l'embauche d'un apprenti au moins jusqu'à la fin de l'année. De quoi satisfaire les entreprises. Le gouvernement se fixe un objectif d'un million d'apprentis en 2022. Et pour cause, la baisse du chômage en dépend.

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Olivier Dussopt ministre du Travail et du plein emploi.
Olivier Dussopt ministre du Travail et du plein emploi. (Crédits : Reuters)

C'est une des premières annonces d'Olivier Dussopt au ministère du Travail : les aides à l'apprentissage qui devaient s'arrêter le 31 juin seront prolongées jusqu'à la fin de l'année. Et le remplaçant d'Elisabeth Borne, rue de Grenelle de lancer cet objectif : atteindre un million de jeunes en apprentissage à la fin de l'année.

On ne change pas un dispositif qui gagne !

Le gouvernement espère surfer sur une des principales réussites économiques du quinquennat précédent. Car c'est bien ces dernières années que l'apprentissage s'est (enfin) imposé en France, après avoir été boudé pendant des décennies. Selon le ministère du Travail, 718 000 contrats ont été signés en 2021, soit une hausse de 37 % après une augmentation de 42 % en 2020.

La recette d'un tel succès ? Une réforme du système menée en 2018, qui a levé des rigidités administratives, mais surtout le déploiement d'aides massives par le gouvernement : une prime de 5.000 euros pour l'embauche d'un apprenti mineur, et de 8.000 pour un majeur. Comme ces contrats bénéficient d'une exonération de cotisations patronales et salariales, l'embauche d'un apprenti est quasiment gratuite pour l'entreprise la première année.

Une clef essentielle de la baisse du chômage

 Grâce à ce soutien financier, l'insertion des jeunes s'est nettement améliorée, et le taux de chômage des moins de 25 ans a chuté de façon spectaculaire : 15,9 % à la fin de l'année 2021, soit un niveau jamais atteint depuis 1981.

Et c'est une des clefs de la baisse du chômage - de 9,5 % à 7,3%- enregistrée ces deux dernières années. Selon une étude de l'OFCE, publiée en mars dernier, "plus de la moitié des emplois totaux créés en France de fin 2019 à fin 2021 sont des contrats d'apprentissage". De fait, on comprend mieux pourquoi la prolongation de ces aides est si importante pour l'exécutif, à un moment où des nuages s'amoncellent sur notre économie.

L'apprentissage au secours du plein emploi

Dans un contexte de croissance nulle, la baisse du chômage semble en effet se stabiliser. Selon les dernières données de l'Insee, le taux de chômage en France est à 7,3 % ce premier trimestre, contre 7,4 % à la fin de l'année. Le gouvernement mise donc - entre autres- sur cette montée en charge de l'apprentissage pour se rapprocher de son objectif de baisser encore la fameuse courbe du chômage.

Lundi dernier, lors de sa passation de pouvoir avec Olivier Dussopt, Elisabeth Borne a ainsi affirmé : "le plein emploi est à portée de main, il n'a jamais été aussi accessible. Le plein-emploi est votre boussole". Le gouvernement veut atteindre 5 % de chômage à la fin du quinquennat. Une ambition risquée, toutefois clairement affichée au point d'en affubler désormais Olivier Dussopt. L'ancien socialiste n'est pas seulement ministre du Travail, il est aussi celui "du plein emploi".

Des aides efficaces mais coûteuses

Il n'empêche, cette politique publique n'est pas sans susciter des critiques. D'un point de vue budgétaire, ces aides à l'apprentissage représentent jusqu'à 5 milliards d'euros de dépenses annuelles pour les finances publiques.

Certains y voient des subventions qui créent des effets d'aubaines importants. Ainsi, le chercheur Bruno Coquet, spécialiste du système d'assurance chômage et de l'emploi, en est persuadé : " les entreprises recrutent des jeunes en apprentissage, car ça ne leur coûte rien, alors qu'ils les auraient de toutes façons embauchés... " Et de noter, avec regret, que ces entrées en apprentissage ont largement bénéficié aux plus diplômés de l'enseignement supérieur : +167 % d'entrée de BAC +2 l'an dernier, contre +37 % des nouveaux contrats d'apprentissage qui préparent un niveau bac.

Pour d'autres, peu importe le coût et les travers de ce dispositif. Cela vaut bien de sortir les jeunes des difficultés d'insertion. Le retour sur investissement est largement bénéfique. Plus de 70 % des jeunes qui sont passés par ces filières trouvent un emploi.

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Commentaires 3
à écrit le 25/05/2022 à 16:00
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De la vraie main d'œuvre qui ne coute rien à l'entreprise et qui aurait appris la même chose avec un contrat de travail normal payé au SMIC ( on l'espère !).

à écrit le 25/05/2022 à 9:01
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pour une fois qu'ils font qqch d'intelligent, on va leur rendre grace.....c'est curieux que la gauche ne manifeste pas avec tolerance en cassant tout et en expliquant que c'est de l'expoitation capitaliste

à écrit le 24/05/2022 à 18:02
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Non ça permet de faire baisser les chiffres, espérons quand même que ce ne soient là pas leur seule stratégie.

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