Législatives : derrière les candidats, la bataille des économistes

Entre la Nupes de Jean-Luc Mélenchon et Ensemble! d'Emmanuel Macron, le duel fait rage. Tous deux défendent deux programmes très différents, voire opposés. Et chacun y va de sa crédibilité. En convoquant des économistes.
Thomas Piketty et Olivier Blanchard (à dr.).
Thomas Piketty et Olivier Blanchard (à dr.). (Crédits : DR)

On les disait grands absents de la campagne présidentielle. Alors que, lors des précédents scrutins, les économistes avaient été chargés par les candidats de phosphorer et de chiffrer les programmes, cette année à droite comme à gauche, ils n'apparaissaient pas.

Non pas qu'ils ne travaillaient pas - dans le camp d'Emmanuel Macron comme de Jean-Luc Melenchon, des groupes de réflexion ont été mis en place - mais ils restaient dans l'ombre et ne se sont guère exprimés publiquement. Au moins jusqu'aux législatives...

De la discrétion à la prise de parole publique

Car une semaine avant le scrutin, plusieurs se sont dévoilés. Face aux critiques, la Nupes est montée au créneau, avec une équipe d'économistes, pour défendre ses idées. Entre le SMIC à 1.500 euros nets, la retraite à 60 ans, le blocage des prix, l'allocation d'autonomie pour les jeunes... son programme, qui rappelle celui des années Mitterrand, est accusé de laisser une large place aux dépenses publiques, de faire exploser la dette et de conduire la France à la catastrophe.

Consciente que ces jugements pouvaient inquiéter une partie de l'électorat, le parti de Jean-Luc Mélenchon est allé chercher le soutien de plus de 170 économistes et non des moindres - Thomas Piketty, Gabriel Zucman, Julia Cagé, Bernard Friot, encore Jacques Généreux, connus pour leur engagement à gauche. Dans le JDD, quelques jours avant le premier tour, ces chercheurs ont signé une tribune de soutien à la Nupes.

Fer de lance de ce mouvement, Thomas Piketty est par ailleurs intervenu dans le JDD, via une longue interview, pour défendre "un projet de transformation sociale et écologique, en rupture avec le néolibéralisme".

Des soutiens à la majorité très marginaux contrairement à 2017

Il s'agissait de répondre, entre autres, à une note de Terra Nova - think tank pourtant classé à gauche - réalisée par le banquier et professeur associé à l'Ecole Normale supérieure, Guillaume Hannezo, pour qui le projet de Jean-Luc Mélenchon assurerait un avenir catastrophique pour le pays.

Fidèle de la première heure à Emmanuel Macron, Philippe Aghion est aussi intervenu par presse interposée, quelques jours avant le premier tour, pour attaquer le programme de la Nupes.

Mais, contrairement à 2017, les soutiens du monde de la recherche économique ont été très marginaux pour la majorité présidentielle.

Et dans ce contexte, quelques querelles d'économistes ont éclaté, autour de questions souvent techniques et difficiles à suivre pour le grand public. Ainsi, par exemple Olivier Blanchard, professeur au MIT, et ancien directeur des études du FMI, s'est-il senti obligé de se justifier dans une série de tweets sur la question des "multiplicateurs supérieurs à 1". Le célèbre économiste explique que "comme ils ont tendance à me citer, les économistes de la Nupes, il se sent obligé de corriger".

La crédibilité des programmes économiques en cause

Derrière ces échanges peu amènes, il y va pourtant de la crédibilité des programmes économiques des deux camps. A fortiori sur des sujets aussi essentiels que la réforme des retraites ou de la lutte contre l'inflation.

Pourquoi faire une réforme des retraites qui décalerait l'âge de départ à 64 ou 65 ans, comme le promet Emmanuel Macron, alors que les comptes du régime ne sont pas si alarmants (10 milliards d'euros de déficit, cette année), s'interrogent certains électeurs?

Pourquoi bloquer les prix d'un panier de produits essentiels (dans l'alimentaire, l'hygiène, ou encore l'habillement), comme le suggère la Nupes, serait plus néfaste pour l'économie que le seul bouclier tarifaire sur le gaz et l'électricité mis en place par la majorité présidentielle ?

Pourquoi une dérive des dépenses publiques (plus de 250 milliards d'euros, pour le programme de la Nupes) serait préjudiciable à notre économie alors que ces dernières années, Emmanuel Macron a également creusé le déficit en usant du fameux "quoi qu'il en coûte" ?

Autant d'interrogations qui auraient pu être posées dans le cadre d'un débat serein. Pourtant très structurants, et essentiels pour le quotidien des ménages comme des entreprises, ces sujets sont devenus des sujets de polémiques, sur fond de manque de culture économique des Français.

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Commentaires 20
à écrit le 14/06/2022 à 10:19
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Le problème avec la NUPES, c'est qu'un ménage à 4 c'est invivable. Cela + le fait que Melanchon se voit "Grand chef", inquisiteur, juge et surtout en matière économique...nul, n'engage pas à lui faire confiance. Pour financer son credo, la messe ...

le 16/06/2022 à 16:23
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Pauvre riche. Vous me faites pleurer. Les dizaines de millions de pauvres qui pourront vivre dignement grâce à la NUPES pleureront les quelques centaines de riches qui auront payés un peu plus d'impôts. FRATERNITÉ ça vous dit quelque chose ? Et...

à écrit le 14/06/2022 à 9:48
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Le programme de Mélenchon c'est le jumeau du programme de la gauche unie de 1981 avec Mitterrand, retraite a 60 ans, nationalisation des banques et des grandes entreprises, embauche de centaines de milliers de fonctionnaires, prestations sociales en ...

le 17/06/2022 à 22:02
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D'un côté avec Macron, LR, ou les sociaux démocrates ... il y a des programmes politiques similaires avec un peu plus de social ou un peu moins d'impôts: Des programmes dictés et fait par et pour le capital et l'argent pour la minorité de ceux qui p...

à écrit le 14/06/2022 à 9:29
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les ignorants qui pensent que c'est le programme de 1981 qui a mis la France à genoux oublient le rôle de l'intégration européenne et encore plus celui de la monnaie unique. Renseignez vous avant d'écrire des bétise

le 14/06/2022 à 10:24
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L'Allemagne, l'Italie, les Pays Bas etc... ont un excédent commercial. En 1981 on a crée les bases pour miner définitivement la compétitivité de la France et de son industrie. Les résultats se sont vus sur le long terme parce que ce type de changemen...

à écrit le 13/06/2022 à 18:49
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quand on voit ce que piketty raconte comme insanites, ca ferait presque rever si c'etait pas si pathetique..........he, le merluchon a bien explique que la banque de france avait valide son programme ( il aurait du etre poursuivi, mais comme il est d...

le 13/06/2022 à 21:09
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Oui, les économistes gauchistes méprisent la liberté et ignorent le role central de l'entrepeneuriat dans une économie de marché. Pour eux les acteurs économiques sont des rats qu'on peut diriger par la contrainte comme si la liberté de mouvement, d'...

le 14/06/2022 à 17:29
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Quoi qu'il en soit, ,il est difficile de faire pire que Macron et ses ministres de droites. + 600 milliards de dettes, en 5 ans. Même en y allant de "bon cœur" difficile de battre ce triste record, .

à écrit le 13/06/2022 à 17:05
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Les 2 programmes ont au moins un point commun : à la fin, la France sera ruinée. L'un d'eux a pour objectif affiché de taper sur le petit peuple, l'autre sur les "riches".

le 13/06/2022 à 17:31
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Avec Mélenchon la ruine serait réalisée en 6 mois.

à écrit le 13/06/2022 à 16:34
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75 ans et jamais été si heureux que entre 1981 et 2000 Retraite à 60 ans 35 h/ semaine 5ème semaine de congé etc il faudrait s en rappeler, tous ceux qui sont venus après non été capables que de tout cassé .

le 13/06/2022 à 23:34
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Nous payons les largesses du programme de 1981 par les dettes accumulées pour payer notre modèle social, car il ne faut jamais oublier que tous les ans depuis cette époque, nous avons vécu à crédit et nous continuons sur notre lancée, car nous vivons...

à écrit le 13/06/2022 à 16:26
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on a deja vu le resultat a l'epoque avec le programme de mitterand !!!! ici c'est un programme a la chavez! rappelons que si le venezuela est en penurie d'essence !!!! 95% de ses terres agricoles(les plus riches d'amerique du sud) sont en jachere !!!...

à écrit le 13/06/2022 à 16:18
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La simple grande différence entre ces deux visions économiques c'est, que l'un voit la monnaie comme un but, alors que l'autre ne la considère que comme un moyen!

le 13/06/2022 à 23:43
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Que ce soit le "quoi en faire", il faut surtout mettre en œuvre le système qui optimise sa création. Or l'entrepreneur prend des risques en investissant et n'est pas prêt à se faire sucrer le fruit de son travail par une taxation confiscatoire. C'est...

le 14/06/2022 à 8:24
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Pourquoi voulez vous optimiser "la création", "l'innovation" et la publicité indispensable pour que cela soit rentable, au lieu de répondre au besoin?;-)

à écrit le 13/06/2022 à 15:58
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Un remake de 81 avec l'arrivée des marxistes révolutionnaires. Mitterrand , c'est le commencement du déclin de la France. La leçon n'a apparemment pas été retenue. Une majorité de députés d’extrême gauche, c'est la faillite économique assurée.

à écrit le 13/06/2022 à 15:50
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On a déjà connu cela avec le programme commun de Mitterand en 81 où on a ouvert les vannes à tout va et après le retour de bâton en 1983 un programme de rigueur , alors merci les économistes de gauche remballez vos remarques

le 13/06/2022 à 23:45
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Et à l'époque de Mitterrand, le rapport Dette / PIB était très faible, pas à 120% comme aujourd'hui.

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