Métaux stratégiques : les trois choses à faire pour sécuriser les approvisionnements en France (rapport Varin)

Pour réduire la dépendance de la France aux importations de métaux stratégiques (lithium, nickel, cobalt, terres rares), le rapport remis ce lundi par Philippe Varin au gouvernement préconise de créer un fonds d'investissement public/privé, de développer deux plateformes, l'une à Dunkerque pour regrouper les acteurs de la filière batteries électriques, l'autre à Lacq pour celle des aimants permanents, et d'investir dans l'innovation. A l'horizon 2030, l'Europe pourrait ainsi sécuriser de 20% à 30% de ses besoins, selon Philippe Varin.
Robert Jules

7 mn

Philippe Varin.
Philippe Varin. (Crédits : Reuters)

En remettant lundi son rapport sur "la sécurisation de l'approvisionnement en matières premières minérales" aux ministres de la Transition écologique et de l'Industrie qui lui avaient confié cette mission en septembre 2021, Philippe Varin a posé les premiers jalons d'une action du gouvernement pour faire monter en puissance une véritable filière (mines, recyclage, raffinages) en France.

La Chine a 20 ans d'avance sur l'Europe

L'enjeu est de sécuriser l'approvisionnement en particulier pour les producteurs de batteries (nickel, cobalt, lithium) pour voitures électriques ou encore d'aimants permanents (nécessitant certaines terres rares) pour éoliennes offshore dans le cadre d'une économie dont le nouveau paradigme est la décarbonation pour lutter contre le réchauffement climatique. Il y a urgence, la crise sanitaire ayant montré la fragilité des chaînes d'approvisionnement et la nécessité de recouvrer, au moins partiellement, une souveraineté industrielle, ce qui passe par la maîtrise de l'ensemble de la chaîne de valeur pour réduire la dépendance du pays, notamment à l'égard de la Chine, qui selon Philippe Varin, compte 20 ans d'avance sur l'Europe.

Pour autant, avertit l'ancien président de France Industrie, une organisation professionnelle défendant les intérêts de l'ensemble des industriels français, cette dépendance restera importante puisqu'il estime qu'à l'horizon 2030, l'Europe ne produira que "20 à 30%" de ses besoins. Aujourd'hui, la France importe quasiment 100% de ses besoins. Mais il s'agit d'éviter toute pénurie de métaux - comme cela a été constaté avec les composants électroniques en 2021 - pour alimenter les 38 gigafactories de batteries électriques prévues de produire l'équivalent de 600 à 800 GWh à travers l'Europe pour faire basculer un parc d'automobiles et de camions vers les modèles électriques et hybrides, le transport représentant "30 % des émissions de gaz à effet de serre" du continent.

Le gouvernement a budgété 1 milliard d'euros

Le gouvernement français a d'ores et déjà budgété cette année, dans le cadre de son plan d'investissement France 2030, 1 milliard d'euros "pour renforcer la résilience du tissu industriel sur les chaînes d'approvisionnement en métaux", selon un communiqué. 500 millions seront versés sous forme de subventions et d'avances remboursables, les autres 500 millions en fonds propres pour soutenir l'ensemble de la filiale.

Dans son rapport, Philippe Varin fait trois recommandations.

La première est la création d'un fonds d'investissement public/privé - dont il reste encore à déterminer le montant - dédié spécifiquement aux métaux stratégiques pour la transition énergétique. Il devrait contribuer à sécuriser l'approvisionnement des industriels français, notamment celui des trois gigafactories de batteries prévues en France, d'une capacité de 200 GWh, notamment à travers "des prises de participation minoritaires dans des groupes miniers internationaux".

La deuxième est celle de la localisation de plateformes réunissant toutes les compétences de la filière, du raffinage et recyclage au produits finaux en passant par toutes les étapes intermédiaires (production de cathodes et d'anodes). Pour les batteries pour voitures électriques, il y a celle de Dunkerque, qui alimenterait deux gigafactories, qui offre la logistique de son port, notamment pour livrer l'Allemagne, ainsi que l'accès à une électricité décarbonée grâce à la centrale nucléaire de Gravelines. Pour la production d'aimants permanents, le site de Lacq, ancien site gazier reconverti en bassin industriel classé Sévéso, pourrait être dédié notamment à la production de terres rares par recyclage. Ces deux plateformes pourraient aussi développer la formation à ces nouveaux métiers. L'enjeu industriel est aussi un enjeu en termes d'emplois qualifiés.

La nécessité d'innover

La troisième recommandation est celle du développement de la R&D en fixant "une feuille de route technologique partagée entre les industriels et la recherche publique relative aux métaux des prochaines générations de batteries". La France compte des acteurs publics de niveau international dans la recherche comme le BRGM, le CNRS ou encore la Direction stratégique du ministère de l'Economie qui peuvent travailler avec les industriels. L'innovation est primordiale pour améliorer les techniques de recyclage tout en veillant à réduire les émissions de carbone et l'impact environnemental. Une nouvelle réglementation doit préciser les critères de fabrication des batteries pour les véhicules électriques intégrant les modalités de leur recyclage dès leur conception.

De même, la création d'un label prenant en compte la dimension environnementale pour l'ensemble des activités de la filière, notamment l'exploitation minière, pourrait être un avantage, notamment en cas de prise de participation du futur fonds d'investissement chez des acteurs miniers internationaux. La nouvelle réglementation européenne sur les batteries électriques fixant les critères de leur recyclage dès leur conception pourrait être un avantage par rapport notamment à la Chine.

Appel à projets national

Dans la foulée de la remise du rapport de Philippe Varin, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l'Industrie, ont lancé dans le cadre du plan France 2030 un appel à projets national, opéré par la BPI, qui s'adresse aux entreprises opérant dans cette filière des métaux stratégiques. Cet appel à projets « Métaux critiques » est ouvert jusqu'au 30 janvier 2024, avec une première relève intermédiaire au 24 mai 2022, précisent les ministres dans un communiqué.

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Retrouvez l'intégralité de notre dossier sur "la guerre des métaux stratégiques" :

1/ Un enjeu décisif, édito

Métaux : la bataille à ne pas perdre pour l'Occident

Les 10 métaux stratégiques pour la transition énergétique

Entretien avec le professeur Philippe Chalmin

2/ Le raffinage, l'arme redoutable de la Chine pour dominer le marché

3/ Les Etats-Unis en quête d'autonomie relance le secteur

4/ L'Europe voit son avenir industriel dans le recyclage et les mines

5/ La France, l'innovation pour combler le retard et limiter les ruptures

6/ Semi-conducteurs : le risque de pénurie des... métaux

Robert Jules

7 mn

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Commentaires 4
à écrit le 03/02/2022 à 14:08
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A la lecture de l'article, on voit que l'Europe, et en particulier la France, est loin du compte. Une première chose à faire est d'arrêter de faire fuir les entrepreneurs, en réduisant les réglementations et les taxes excessives.

à écrit le 11/01/2022 à 9:28
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On peut aussi considérer que l'electromobilite n'est pas une priorité et plutôt investir sur le long terme dans l'hydrogène. Production qui passe par le nucléaire.

à écrit le 11/01/2022 à 8:05
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"l'Europe pourrait ainsi sécuriser de 20% à 30% de ses besoins," On a les ambitions de ses déplorables moyens, la vache quel constat d'échec cuisant cette UE.

à écrit le 11/01/2022 à 7:26
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Comme d'habitude, un constat (souvent pertinent), un rapport (souvent excellent), et puis ... plus rien, on attend Bruxelles et Berlin, et maintenant Schwab.

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