Mort d’Alain Delon, le grand fauve du cinéma français
Philippe Ridet
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Alain Delon sur le tournage de La piscine, en 1968.
Reuters
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Alain Delon sur le tournage de La piscine, en 1968.
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La voix au fort accent russe de Bella Clément s'est élevée du fond d'un salon d'un appartement parisien, avenue Henri Martin. « Rrrené cherrri, le petit à rrrraison. » René, c'est René Clément, son mari ; « le petit », c'est Alain Delon. Le premier, réalisateur de Jeux interdits, a 46 ans et deux Oscars derrière lui ; le second, 24 ans et cinq panouilles. Toute la soirée les deux hommes se sont affrontés. Clément propose au jeune acteur d'endosser le rôle d'un milliardaire oisif dans son nouveau film Plein soleil, Delon a une nette préférence pour celui de son assassin, un jeune homme beau comme le diable, vénéneux comme un poison. Ce 7 juillet 1959, Delon gagne la partie et signe son acte de naissance au cinéma.
Delon ne veut pas et ne peut pas jouer un milliardaire. Né le à Sceaux, en banlieue parisienne, le 8 novembre 1935, d'un couple tôt séparé, celui qui vient de s'éteindre à l'âge de 88 ans, est confié à 4 ans à une famille d'accueil, du côté de Fresnes. Scolarité difficile, enfant rebelle. On le serait à moins. Repris par sa mère remariée à un boucher-charcutier de Bourg-la-Reine, il n'a de cesse de vouloir fuir. L'armée est bonne fille pour les destins cabossés. Il s'engage. Après des classes chaotiques, il signe pour cinq ans dans la marine. Le voilà matelot de première classe, direction l'Indochine où la France tente de sauver la face et les reste de son empire. Renvoyé à ces foyers pour diverses grivèleries, il a le temps d'apprendre le sens de la hiérarchie, d'éprouver l'amour du drapeau tricolore et de voir Touchez pas au grisbi, avec Jean Gabin, dans un cinéma de Saigon.
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