Conflictualité, complexité ou affinités : les relations d'Emmanuel Macron avec ses Premiers ministres n’ont pas été un long fleuve tranquille durant ses deux quinquennats à la tête du pays.« Un jour, Édouard, le plus tard possible je te le souhaite, mais un jour, tu quitteras Matignon, et tu rejoindras un club assez restreint et très agréable, celui des anciens Premiers ministres. » C’est ce qu’avait glissé un de ses prédécesseurs à Édouard Philippe, le 15 mai 2017, le jour de sa nomination, comme il a été rapporté dans Impressions et lignes claires (JC Lattès) que le maire du Havre a coécrit avec Gilles Boyer. Mais au sein de ce cercle des ex-locataires du 57, rue de Varenne, le Havrais appartient aussi à une catégorie particulière : celle des chefs du gouvernement choisis par Emmanuel Macron.
Au minimum, elle comptera sept titulaires quand ce dernier quittera l’Élysée au terme de ses deux quinquennats. C’est un contingent considérable. François Mitterrand a eu le même nombre de Premiers ministres mais, lui, sur quatorze ans. Pour sa part, Jacques Chirac en a désigné seulement quatre en douze années.
Au sein de ce club des sept, Emmanuel Macron n’a promu qu’une seule femme : Élisabeth Borne. Quatre n’étaient pas issus des rangs de son parti : Édouard Philippe, Jean Castex, Michel Barnier et François Bayrou. Deux étaient plus jeunes que lui : Gabriel Attal et Sébastien Lecornu. Édouard Philippe est celui dont le bail à Matignon a été le plus long (1.145 jours) et Michel Barnier le plus court (99 jours). François Bayrou y est resté 30 jours de plus que Gabriel Attal (270 contre 240) ; Jean Castex 80 de plus qu’Élisabeth Borne (682 contre 602). Sébastien Lecornu, s’il tient jusqu’en mai prochain, demeurera Rue de Varenne à peu près aussi longtemps que celle-ci.
Manuel Valls a toujours eu une conviction : Emmanuel Macron a finement observé les rapports qu’il entretenait quand il était Premier ministre de François Hollande et perçu la difficulté de ce dernier à se positionner face à un chef de gouvernement puissant et affirmé. Ceci explique-t-il cela ? Dans la pratique, le chef de l’État a, dès 2017, laissé peu d’espace à ses numéros deux. Dans son livre Vingt mois à Matignon (Flammarion), Élisabeth Borne le reconnaît de manière très franche, alors qu’elle revient sur les conditions de sa nomination.