Plan eau : « les solutions doivent être territoriales » (Christian Doddoli)

Par Coline Vazquez  |   |  665  mots
L'été 2022, le niveau du lac de Serre-Ponçon a chuté à un niveau sans précédent, 17 mètres inférieur à celui habituel. (Crédits : Reuters)
INTERVIEW. Emmanuel Macron présentait, ce jeudi, les grandes lignes son « plan d'urgence et de sobriété » pour l'eau, dans les Hautes-Alpes où se trouve le lac de Serre-Ponçon dont le niveau a chuté de 17 mètres en dessous du niveau habituel l'été précédent. Objectif affiché, faire des économies et répondre aux épisodes de sécheresse qui devraient se multiplier dans les années à venir. Des annonces qui vont dans le bon sens pour Christian Doddoli, directeur général du Syndicat Mixte d'Aménagement Vallée de la Durance (SMAVD), rivière alimentant le lac de Serre-Ponçon, car elles montrent que « les solutions doivent être territoriales ».

LA TRIBUNE - Emmanuel Macron a insisté sur le rôle des régions dans la mise en œuvre de ce plan, affirmant que « l'eau est une compétence décentralisée ». Est-ce un point essentiel, selon vous ?

CHRISTIAN DODDOLI - Oui, on craignait que le président affiche une volonté de reprise en mains de l'Etat avec une approche très centralisée. Or, dans son discours, il a montré que les solutions doivent être territoriales, ça ne peut pas être une solution qui s'applique à tout le territoire. Il faudra, ensuite, définir si c'est à chacun des territoires de s'organiser ou si quelque chose est prévu par l'exécutif pour dimensionner tout ça. Nous allons le découvrir dans les prochains jours. Mais nous avons envie d'être optimistes.

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Du côté du SMAVD, organisme avec pour mission de coordonner les politiques publiques liées à la gestion de l'eau pour la vallée de la Durance, nous pensons que nous avons un rôle majeur à jouer, car nous agrégeons plusieurs territoires différents, nous n'avons pas de parti-pris. En outre, nous avons montré l'an dernier notre capacité à organiser la concertation sur le partage de l'eau et des efforts de façon équitable et sa mise en œuvre concrète sur le territoire.

Le président de la République a développé, pendant la présentation de ce plan, la nécessité de lutter contre les fuites d'eau et de moderniser le réseau domestique. Est-ce une priorité selon vous ?

Beaucoup de points portent, en effet, sur l'eau potable et la mise en place de systèmes de réutilisation des eaux usées en modernisant le réseau. C'est une très bonne chose, mais il ne faut pas oublier que les plus grands volumes d'eau utilisés le sont par le secteur agricole et industriel. À titre d'exemple, l'agriculture consomme 1,4 milliard de mètres cubes sur le territoire de la Durance, alors que l'eau domestique consommée représente à peu près 270 millions de mètres cubes. Les grands leviers portent donc sur les canaux agricoles souvent encore plus vieux et vétustes que ceux du réseau domestique.

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Sur l'agriculture, le président a d'ailleurs énoncé des choses assez fortes. Mais, à nouveau, tout va dépendre de la façon dont ces mesures vont être mises en œuvre et dans quelles proportions.

Un outil va être mis en place, un « Ecowatt de l'eau », similaire à celui en place pour l'électricité, « qui va permettre de responsabiliser chacun, car chaque geste compte », a annoncé le chef de l'Etat, expliquant que « dans chaque territoire, en fonction des ressources en eau disponible, on aura cet outil disponible pour que chaque Français, agriculteur, chef d'entreprise puisse connaître les gestes à adopter et voir l'évolution de la situation ». Est-ce suffisant ?

Il n'existe, aujourd'hui, pas d'outil de pilotage de l'eau. Il est, en effet, nécessaire de donner des outils aux territoires pour leur permettre d'anticiper les situations de sécheresses. Le système Ecowatt annoncé par le président de la République, est, selon moi, davantage prévu pour communiquer de grands indicateurs. Il faudrait plutôt un outil à l'échelle des bassins, à l'image de celui que nous avons mis en place pour le bassin de la Durance, l'été dernier. Baptisé « vigilance Durance-Verdon », il nous a permis, dès le 15 mars, de mettre en place des mesures pour prévenir les cas de stress hydriques très en amont. Il me semble que c'est fondamental et nous en sommes très, très loin aujourd'hui. Il est crucial de monter en expertise et en compétences techniques pour mettre sur pied un outil de pilotage de la ressource.

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