"L'eau, ce plaisir ordinaire"
Géraldine Mosna-Savoye
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« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. »
Difficile à croire, mais l'une des phrases les plus célèbres de la philosophie compte à peine plus de dix mots. Elle est même devenue un proverbe, de ceux qui nous viennent tout à coup à l'esprit, sans trop savoir qui l'a dit et sans même vraiment réfléchir à ce qu'il veut dire.
Évidemment, on sait bien ce qu'il signifie... mais il a désormais quelque chose du poncif, de ces clichés qu'on lance dans une soirée pour dire que tout change tout le temps, ou qu'on se dit tout bas à soi-même, un matin où l'on se regarde un peu plus vieux dans la glace.
Oui, la vie change sans cesse. Oui, nos vies ressemblent à ces fleuves, toujours en mouvement, jamais en arrêt. Et puis, c'est tout. Rien d'autre. On se contente de l'eau comme d'une image, et puis on l'oublie. Tout comme on oublie que cette phrase était d'Héraclite.
L'eau est ainsi : elle a la faiblesse de sa force. Élément primordial du changement, elle ne fait que passer. Elle glisse. Elle s'échappe. Elle s'évapore et s'envole de nos pensées.
Mais pourquoi ne jamais commander un verre d'eau seul au café ? Pourquoi penser que, d'un robinet, de l'eau devrait forcément s'écouler ? Pourquoi l'eau, si essentielle, n'est-elle que si rarement désirée ?
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Pour chacun d'entre nous, elle constitue sans aucun doute un besoin : pour se laver, s'hydrater, manger, mais aussi pour s'amuser, se détendre, nager. L'eau fait indéniablement partie du quotidien, qu'elle relève de la nécessité ou du loisir.
Mais elle fait bien partie de ce quotidien qu'on n'interroge jamais. La faute à l'eau, c'est vrai, indolore, incolore, inodore, insipide. La faute à l'eau, encore, qu'on aime avec des bulles, douce, profonde, salée ou chaude.
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Qui voudrait de l'eau quand il peut avoir la mer ? Qui voudrait d'un verre d'eau quand il peut avoir une limonade ? Pensez pourtant à ce verre d'eau et pensez-y, à ce moment précis où la soif devient intenable. Quoi de plus jouissif que de sentir enfin sur sa langue asséchée le liquide pur et précieux nous étancher ?
Géraldine Mosna-Savoye