Quand l’eau est source de conflits présents et futurs
David Medioni
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« Gouverner c'est pleuvoir. » Cette maxime attribuée au Maréchal Lyautey, mais qui fut plus vraisemblablement l'œuvre de son successeur comme administrateur colonial du Maroc, Théodore Steeg, charrie avec elle toute la puissance de l'eau comme outil géopolitique et géostratégique majeur ainsi que comme ferment des conflits et des guerres passées, présentes ou futures. Pas étonnant donc que d'aucuns mettent en avant le fait que l'eau soit « l'or bleu » de notre époque et que les exemples de guerres ou de conflits, où la question de l'eau joue un rôle crucial, soient fort nombreux. Sun Tzu avait déjà recommandé dans l'Art de la guerre au Ve siècle av. J.-C. de détourner les fleuves et, dans la Rome et la Perse antiques, il était également d'une pratique courante de souiller les points d'approvisionnement en eau de l'ennemi. De même, lors de la première guerre mondiale, de nombreux soldats furent mis hors d'état de combattre, justement parce qu'ils n'avaient plus accès à l'eau potable. Plus près de nous, la guerre en Syrie en 2015 en fut aussi l'une des illustrations importantes : au mois d'août 2015 des rebelles syriens décidèrent de saboter une source d'eau du régime de Bachar el-Assad située en amont de Damas. Trois jours durant, la capitale fut privée de plus de 90 % de son approvisionnement en eau. Autre exemple, lors de la guerre au Yémen, il fut courant pour les belligérants de s'en prendre aux sources d'eau ou même aux usines d'embouteillage. Et de se souvenir également qu'en décembre 2015, l'aviation russe, alliée du régime de Bachar el-Assad, décida de détruire les infrastructures de traitement des eaux au nord d'Alep pour préparer et accentuer la mise sous coupe réglée, puis la destruction totale de cette ville rebelle. Plus près de nous encore, ainsi que le souligne Erik Orsenna dans l'entretien qu'il nous a accordé, l'une des raisons de la guerre en Ukraine est que la Crimée ne dispose pas de source d'eau et que sa seule source d'eau provient du fleuve Dniepr qui se situe en Ukraine.
David Medioni
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