Vers une reprise fragile de l'économie française

L'Insee prévoit un rebond d'un quart de point de la croissance au second trimestre après une hausse limitée de 0,4% au premier trimestre. L'espoir d'un fort rebond de l'économie tricolore dans les semaines à venir s'éloigne de plus en plus.
Grégoire Normand

5 mn

(Crédits : Reuters)

Le chemin vers la sortie de crise s'allonge encore. Plus d'un an après l'arrivée du virus en Europe, l'économie française demeure empêtrée dans de lourdes difficultés. La mise en œuvre du troisième confinement au mois d'avril a fait reculer l'activité dans un grand nombre de secteurs. Si le calendrier de réouverture a donné des lueurs d'espoir dans certains milieux économiques, le retour d'une croissance comparable à celle d'avant crise semble encore s'éloigner. Selon la dernière note de conjoncture de l'Insee dévoilée ce jeudi 6 mai, la croissance du produit intérieur brut (PIB) rebondirait de 0,25% au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent. L'activité resterait à un niveau 4% inférieur à son niveau d'avant crise.

"Le PIB a progressé au premier trimestre de 0,4%. L'impact du troisième confinement est moindre que lors des précédents. Il y a quand même une baisse du PIB de 6% au mois d'avril. L'écart serait toujours de -4% au deuxième trimestre par rapport à son niveau d'avant crise du dernier trimestre 2019 [...] L'acquis de croissance serait de 4,25% pour 2021. C'est la croissance qui serait obtenue si le troisième et le quatrième trimestre 2021 restaient au même niveau que celui prévu au deuxième trimestre. Le -4% correspond au creux le plus fort de la crise de 2008" a expliqué le chef du département de la conjoncture, Julien Pouget, lors d'un point presse.

Des difficultés d'offre et d'approvisionnement

Au-delà des mesures d'endiguement appliquées en France, les enquêtes menées par l'organisme de statistiques ont montré que les entreprises ont dû faire face à des difficultés d'offre et d'approvisionnement notamment dans l'industrie et le bâtiment.

"40% des entreprises dans le bâtiment déclarent avoir des difficultés d'offre et d'approvisionnement. Dans l'industrie, cette proportion atteint 30% notamment dans les matériels de transport", a ajouté le statisticien. Plusieurs secteurs spécifiques comme l'industrie automobile ont été obligés de ralentir leur cadence en raison notamment de la pénurie de semi-conducteurs. En outre, l'accélération des échanges mondiaux fait grimper les prix des matières premières et des coûts de transport.

"Dans le contexte du rebond du commerce mondial, il y  a une accélération des prix de matières premières, des prix de production. Il faut faire attention à l'effet de base par rapport au mois mars de 2020 mais la hausse de 4% est marquée. Cela peut peser sur les marges des entreprises et les prix à la consommation", a expliqué Julien Pouget.

Un troisième confinement moins sévère que les précédents

Les résultats communiqués par l'institut basé à Montrouge montrent que les pertes d'activité lors du mois d'avril semblent moins lourdes que celles observées au cours des confinements du printemps 2020 et du mois de novembre. En avril, l'écart de l'activité par rapport au dernier trimestre 2019 serait de -6% contre -6,8% en novembre 2020 ou -30,8% en avril. Même si la fermeture des écoles et des crèches en avril a pu peser sur l'activité économique, certains secteurs ont limité la casse. En revanche, d'autres, toujours fermés administrativement, continuent de s'enfoncer dans une crise sans fin comme l'hébergement-restauration.

Un léger rebond à attendre en mai-juin

Détaillée par le président Emmanuel Macron dans un entretien accordé à la presse régionale il y a une semaine, la levée progressive des mesures prophylactiques en quatre étapes devrait permettre à l'économie tricolore de repartir progressivement. A partir du calendrier de déconfinement élaboré par l'exécutif, les statisticiens ont tenté d'élaborer un scénario de croissance pour le second trimestre. "Au total sur le deuxième trimestre 2021, le PIB se situerait à environ 4 % sous le niveau d'avant-crise, en légère progression par rapport au premier trimestre 2021 (de l'ordre de un quart de point)", indiquent les auteurs de la note de conjoncture.

Des pertes d'activité durables

Bien que la réouverture de l'économie se profile, les pertes d'activité dans certains secteurs sont durables et la levée des mesures d'urgence en sortie de crise pourraient faire de sérieux dégâts. Dans le tourisme, l'aéronautique, les transports, plusieurs économistes s'attendent à une montée des faillites chez les sous-traitants et à des restructurations importantes et des coupes drastiques dans les effectifs. Le niveau de l'emploi devrait être durablement frappé par ces mois de crise sanitaire aves des secteurs meurtris.

"Le risque est que le taux de chômage augmente fortement, sous l'effet combiné d'un redressement limité de l'emploi et d'une hausse importante de la population active. Le rebond de cette dernière pourrait, en effet, être marqué, porté par le retour sur le marché du travail des personnes découragées et de celles qui avaient été empêchées de chercher un emploi pendant la crise et les périodes de confinement en particulier [...] Les rangs des chômeurs (comme ceux des entreprises défaillantes) risquent également de grossir lorsqu'ils seront privés de l'effet amortisseur des mesures d'urgence et, en particulier, de celui de l'activité partielle" a indiqué l'économiste de BNP-Paribas Hélène Baudchon en charge du suivi de la France dans une note.

La trajectoire de croissance devrait encore mettre plusieurs mois pour retrouver son niveau d'avant crise. En outre, si l'exécutif planche sur un second plan de relance, la persistance du virus et les nombreuses incertitudes qui pèsent sur la confiance des différents agents économiques empêchent l'économie française et européenne de repartir solidement. Semblant s'accélérer, la vaccination devrait néanmoins permettre de faire repartir de nombreux moteurs importants de l'économie hexagonale comme le tourisme. La vaccination menée au pas de charge aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni a montré dans ces pays que l'économie repartait sur les chapeaux de roue. De l'autre côté de l'Atlantique, la croissance devrait ainsi retrouver rapidement son niveau d'avant crise. En France, de nouvelles flambées de variants pourraient obliger le chef de l'Etat à mettre en place de nouveaux "freins" évoqués il y a quelques jours.

> Lire aussi : L'acte II de la relance, un pari à haut risque pour Macron

Grégoire Normand

5 mn

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Commentaires 7
à écrit le 08/05/2021 à 9:28
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Si la saison d'été est médiocre ou pire, mauvaise, ce sera plutôt vers le Zéro ou moins.

à écrit le 07/05/2021 à 8:27
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Sans parler de la baisse de l'indemnisation des chômeurs qui était consommée dans l'économie française: moins d'emploi, moins d'indemnisation, moins de consommation en faveur de l'économie, moins que rien…. "l'emploi est au coin de la rue" disait ...

le 07/05/2021 à 10:35
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Il voulait sûrement dire :" pôle emploi est au coin de la rue".

à écrit le 07/05/2021 à 6:25
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Fragile c'est sûr. Avec la réforme des retraites que veut le gouvernement, les citoyens prennent leurs précautions en économisant.

à écrit le 06/05/2021 à 18:48
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Ben évidemment qu'elle est fragile, puisqu'elle est toujours empêtrée dans les mesures sanitaires. Tant qu'on continuera à harceler les gens avec cette maladie, il n'y aura pas de reprise.

le 07/05/2021 à 8:46
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Pour consommer faut avoir confiance or le virus n est pas éradiquer ... donc moi j épargne en attendant la réforme des retraites la hausse des taxes foncières par les communes départements et régions etc.... s il y a gogo pour consommer qu’ils le fas...

à écrit le 06/05/2021 à 18:30
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les gens ne sont pas idiots entre les hausses d'impots massives qui se profilent, et l'incertitude a venir sur les pertes d'emplois, la prudence va etre de mise que ce soit chez les consommateurs ou chez les entreprises alors si en plus certains s...

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