Yannick Jadot  : « Le libéralisme n'est pas un projet de civilisation »

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(Crédits : Noir sur Blanc)
Le mardi 7 janvier, les Mardis de l'Essec, en partenariat avec La Tribune, recevaient Yannick Jadot, député européen depuis 2009. Tête de liste d'Europe Ecologie les Verts aux élections européennes de mai dernier, il a réussi à hisser les verts comme la troisième force politique, devenant ainsi un personnage médiatique de premier plan.

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Cet ancien de Greenpeace, passionné de football lance le coup d'envoi du débat en ces termes "La passion du combat, de l'engagement, c'est comme le football : il y a des règles mais il faut parfois savoir filouter". Un vrai politicien donc, qui au fil du débat renforce sa stature d'ambassadeur d'une écologie de compromis. Le match fut riche : Europe, changement de modèle économique, rôle des entreprises et de la finance dans l'économie verte, autant de thèmes abordés au cours de ce débat. Retour sur le plan de match de Yannick Jadot contre le réchauffement climatique en 5 points clefs.

Penser globalement le changement climatique : le rôle de l'UE

Pour Yannick Jadot, l'écologie est un combat et l'Union Européenne "une force de frappe". La lutte contre le réchauffement climatique passe par l'Union Européenne. Le député européen rappelle que les comportements individuels, et les efforts des collectivités territoriales sont tout aussi nécessaires. Mais à son sens seule l'échelle européenne permet de peser dans les négociations internationales face à la force de frappe des lobbys et des pays comme les Etats Unis ou le Brésil. Il se félicite que l'environnement soit devenu une compétence européenne, qui rentre parfaitement dans le rôle originel de l'organisation de nous assurer un "avenir paisible". Hier l'Union Européenne était construite pour empêcher une nouvelle guerre mondiale, aujourd'hui elle se doit d'empêcher la destruction de notre écosystème.

Malgré ses insuffisances démocratiques, l'Union Européenne reste donc un "formidable espace de conquête" selon Yannick Jadot.

Changer de modèle économique : la fin du libéralisme

Le combat de l'écologie passe pour Yannick Jadot par un changement de modèle. Son constat est simple : le libéralisme économique s'est développé sur l'idée qu'il était structurellement porteur du libéralisme politique. Or aujourd'hui selon le député européen l'"ultralibéralisme" poussé à son extrême déclenche en monétisant la vie privée par exemple - de nombreuses peurs. Le libéralisme devient dès lors le premier ferment des populismes. La perspective de progrès a pour lui disparue, puisqu'un nombre croissant de personnes ne croient pas en la perspective d'une amélioration du train de vie de leurs enfants. Le constat est selon lui sans appel :

"Quand on se bat pour le Green Deal européen, c'est pour se donner un projet de civilisation ! Le libéralisme, ce n'est pas un projet de civilisation ! "

Yannick Jadot entend lancer une stratégie de la mobilisation. Au nom de ce nouveau combat écologique le député européen exhorte à un "moment pearl harbor". "Profitons de ce défi du vivant, du changement climatique, de la solidarité pour transformer notre société en mieux". Le défi écologique est alors vu comme un tremplin pour le développement d'une nouvelle économie.

Investir dans l'économie verte : un deal gagnant-gagnant

Investir dans l'énergie verte est selon Yannick Jadot, le seul investissement rationnel. Pour lui aucun investisseur privé n'a intérêt à un financer dans les énergies fossiles. Plébisciter l'énergie éolienne et solaire c'est pouvoir atteindre l'indépendance énergétique, notamment d'un point de vue géopolitique. Ultime argument, le nucléaire lui aussi est soumis à des problèmes d'approvisionnement avec des réacteurs mis à l'arrêt pour des raisons de sécurité, les arguments traditionnels d'indépendance et de promesse d'approvisionnement en flux tendus ne tiennent donc plus.

Le rôle des entreprises est donc clef dans cette transition énergétique, via l'investissement dans des innovations technologiques majeures. La capacité d'investissement est renforcée par la baisse des coûts des énergies renouvelables avec un coût marginal de l'énergie solaire proche de zéro.

La mise en place de cette transition : encore un long chemin à parcourir

Yannick Jadot appelle à suivre des pays comme le Danemark, l'Autriche ou l'Allemagne et miser sur l'énergie verte. Il regrette à ce titre que l'objectif pour la France de 23% d'énergie renouvelable pour 2020 ne soit pas tenue, et s'élève seulement à 17%.

Il faut davantage aussi économiser l'énergie. Yannick Jadot se désole que le gouvernement ait réduit de moitié les crédits d'impôt d'isolation thermique. Le logement représente 40% de nos consommations d'énergie et 25% de nos émissions. Il soulève l'extraordinaire opportunité d'investissement dans la rénovation thermique des logements, via notamment les PME afin de régler les 6 millions de passoires énergétiques.

Seulement, le député européen semble battre en retraite quand ses interlocuteurs l'interrogent sur l'empreinte écologique et la nécessaire utilisation de métaux rares largement détenus par la Chine pour la construction d'éoliennes et de panneaux solaires.

Questionné sur le développement d'une finance "verte", Yannick Jadot, riposte en dénonçant « place dans notre économie trop importante, prédatrice pour la création d'entreprises" occupée par la finance.  Bien qu'il souligne des efforts de désinvestissement réalisés dans les énergies fossiles, il regrette que plus de 600 milliards d'euros par an soient encore investis dans les énergies fossiles.

L'avenir d'Europe Ecologie les Verts : la stratégie de l'ouverture

Interrogé sur l'élection de Julien Bayou, issu de l'aile gauche du parti Yannick Jadot expose la stratégie d'ouverture des Verts. "Nous devons être en capacité autour d'un projet positif de rassembler très largement, sûrement dans quelque chose qui ne sera plus EELV, mais quelque chose de beaucoup plus large et de beaucoup plus puissant. "

Alors, le capitaine des Verts sort-il gagnant de ce débat ? Sur un point, en tout cas il n'en fait aucun doute, celui d'imposer l'écologie dans le débat public ; à la question, "l'écologie sera-elle l'enjeu majeur de la prochaine élection présidentielle ? " 68% du public ont répondu oui. De quoi faire pousser des ailes à Yannick Jadot qui s'esclaffe : "Je vais peut-être y réfléchir à cette élection présidentielle finalement".

Avant de penser aux présidentielles, il convient d'abord de passer par la case municipale. L'écologie devenue un thème majeur permettra-t-elle à EELV de s'imposer aux élections municipales ? Le terreau semble moins fertile que pour les élections européennes ...

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Commentaires
a écrit le 23/01/2020 à 11:24 :
les verts marxisés n'ont de leçons à donner à personne !
a écrit le 22/01/2020 à 18:54 :
Aux présidentielles 2017
Beubeu Hamon ( Communiste : meme !!! programme à la virgule, que Mélechon extrème-gauche )
faisait tandem avec le Communiste Jadot.
a écrit le 22/01/2020 à 15:43 :
"Yannick Jadot appelle à suivre des pays comme [...] l'Allemagne et miser sur l'énergie verte.": ah oui, pour se mettte au niveau de l'Allemagne, Mr Jadot suggère donc à la France de multiplier par 2 le tonnage de CO2 rejeté annuellement par habitant, de construire des centrales électriques au charbon et au lignite comme celle de 2000 MW (l'équivalent de 2 réacteurs nucléaires) mise en service en Allemagne pas plus tard que l'année dernière...? Le débat sur l'environnement et l'energie mérite mieux que ces énormités et incompétences...
a écrit le 22/01/2020 à 15:29 :
"Il soulève l'extraordinaire opportunité d'investissement dans la rénovation thermique des logements, via notamment les PME afin de régler les 6 millions de passoires énergétiques.": certes isoler le bâti ancien et économiser l'énergie est absolument indispensable, mais il faudrait arrêter de présenter comme l'eldorado qui va résoudre tous nos problèmes de chômage et d'activité économique. Vous avez déjà vu un chantier d'ITE ? ça consiste essentiellement à coller des plaques d'isolants sur des façades, les jointer et changer des menuiseries. C'est du boulot très peu qualifié, répétitif, ingrat, mal payé et sans perspective. Je ne pense pas que Le Jadot souhaite ce genre se job basique pour ses propres enfants. C'est ça l'avenir que veut Mr Jadot pour nos futurs citoyens ? Des millions de jobs de plaquistes ? Alors certes c'est des jobs utiles, mais de grâce cessons de claironner que l'avenir économique de notre pays passe obligatoirement pas le développement à outrance de petits jobs peu qualifiés.
a écrit le 22/01/2020 à 10:30 :
Les capitalistes ne sont pas libéraux, ils aspirent tous à obtenir des rentes de positions monopolistiques qui leur donnent le droit de vie ou de mort sur tout projet naissant, nous vivons dans une confusion entretenue !
a écrit le 22/01/2020 à 10:16 :
Pour moi, ils parle a ses frères d'écoles.... Du coup, comme nous ne l'avons pas vu du tout ces derniers temps, disons qu'au moins il parvient a parler le clone....

Histoire de ne pas trop s'engager, autant le faire ou l'engagement individualiste est le plus fort !

C'est marrant de vouloir convaincre dans ces endroits ou seul l'argent est la bousole!
a écrit le 22/01/2020 à 10:15 :
"...mais il faut parfois savoir filouter" ben ce n'est pas ce que font en permanence les écologistes qui ne prônent qu'un retour en arrière dans tous les domaines. L'électricité augmente à cause des écolos avec leur folie des grandeurs de l'éolien dont on sait qu'il n'est pas rentable ni techniquement ni financièrement (sauf subventions pléthoriques)..
a écrit le 22/01/2020 à 9:48 :
la Roumanie de Ceaucescu et la RDA de Honecker, par contre, c'est des tres bons projets.........
d'ailleurs les imbeciles qui refusent de comprendre ( https://www.lefigaro.fr/international/2012/04/03/01003-20120403ARTFIG00462-margot-honecker-les-victimes-de-la-rda-etaient-stupides.php ) meritent la balle qu'ils ramassent, car ils ne comprennent pas la bonne morale, qui est de gauche ou n'est pas
tiens, ca me rappelle tous ces baveux, grands defenseurs des camps sovietiques ' qui n'existent pas', et autre bienfaiteur petri du genre humain ( comme le camarade Polpot, forme par des francais apolitiques qui detienennt la bonne morale, et dont les massacres n'ont ete realise que conformement a la pensee unique)
a écrit le 22/01/2020 à 9:23 :
Jadot ne passe pas une tête à claque 🤑
a écrit le 22/01/2020 à 9:02 :
Qui peut croire un seul instant en la sincérité de M.Jadot? Il suffit de l'entendre sur tous les sujets -dernièrement la réforme des retraites-, pour constater son esprit manœuvrier, au surplus ses oeillères sur des sujets, y compris environnementaux, qui nécessiteraient un minimum de réflexion; tant que les verts seront représentés par des négationnistes scientifiques, le mouvement stagnera. Les mouvements écolos ont toujours joué le rôle de défouloirs, ce qui s'est passé lors des dernières élections, et tant qu'une droite centriste raisonnable n'aura pas fait son retour. M.Jadot n'est pas écologiste.
Réponse de le 22/01/2020 à 19:35 :
Vous dites que "M.Jadot n'est pas écologiste" vous avez raison. Il fait surtout de l'égologie. C'est une évidence que leurs idées ne sont pas encore mures parce qu'elles sont toujours vertes. Ils grandiront comme d'autres face à la réalité un jour peu être.
a écrit le 22/01/2020 à 8:59 :
Le libéralisme c'est comme le communisme on nous en parle tout le temps alors que nous n'en avons jamais vu la couleur.

Mais bon qu'attendre d'un énième pion de l'oligarchie... -_-
a écrit le 22/01/2020 à 8:58 :
les ecolos lorsqu'ils sont a la tete d'une ville la ruine la pollue en se comportant comme des dictateurs pour un pays comme la france qui ne represente que 0.9 % de la pollution mondiale loin des verts allemands dans le peloton de tete des pollueurs
a écrit le 22/01/2020 à 8:55 :
Comme le football ? En terme de débilité, on fait pas mieux comme référence....
a écrit le 22/01/2020 à 7:59 :
le libéralisme est le pire des régimes à l’exception de tous les autres.
Réponse de le 22/01/2020 à 8:23 :
@lecteur
Ça, c'est ce que disent les adeptes du libéralisme.
Les catholiques, les protestants, les musulmans, les néolibéraux disent la même chose de leur religion. Combien de morts à cause des religions ?
Réponse de le 22/01/2020 à 9:43 :
Bizarrement c'est le système économique largement demandé et approuvé par les migrants du monde entier. Personne ne veut vivre a Cuba, au Venezuela ou en Corée du Nord pourtant pays socialistes et anticapitalistes ??? Après que le capitalisme libéral doit être largement réformé parce que inégalitaire est une évidence, mais c'est le seul qui produit des richesses et arrêtons de rêver sur des idéologies qui ont fait le malheur du monde au siècle dernier.
a écrit le 21/01/2020 à 19:40 :
Le système économique est intégrant des société dits démocratiques et modernes
Ce n’est pas un projet , mais un choix de la majorité d’une population appartenant à une nation
Civilisation est un terme dépassée qui réveille l’empreinte du passé et des guerres de pouvoir à travers l’histoire de l’humanité
a écrit le 21/01/2020 à 19:32 :
Il ne fait que relancer des thèses gauchistes éculées (dont les le parti "Les Verts" ne sont en réalité qu'un avatar...) sans se rendre compte que le renoncement et l'impuissance qu'elles engendrent, sous couvert de pseudo-démocratie directe ou participative, ont laissé prospérer l'abandon de l'éco-taxe, celle du barrage de Sivens, mais aussi de l'aéroport de Notre-Dame des Landes, les utopies stériles de Nuit Debout, la longue et violente auto-destruction des Gilets Jaunes... Dans le galimatias bien-pensant de la pensée économique et politique contemporaine, ce n'est pas si étonnant, puisqu'il n'y a personne "à droite" pour défendre ses propres idées, comme si l'évidence des marchés et de la liberté de la concurrence évitait cet effort de conceptualisation et de positionnement à nos politiciens peu courageux ... Les Libéraux seraient-ils donc les meilleurs amis des gauchistes ?
a écrit le 21/01/2020 à 19:06 :
Exactement. La Renaissance etait fonde sur le progres humain. L'Illumination etait fonde sur le progres humain. Les decouvertes scientifiques et la Revolution Industrielle de la XIX siecle etaient fondes sur le progres humain. Notre progres depuis que nous sommes quitte les arbres et les caves - est fonde sur le progres humain. L'humanite ne s'interesse pas au "shareholder value" - valeur pour l'actionnariat. Ca, impose sur le monde entier depuis le fin de XIX siecle est un projet Inhumain. Parfaitement Inhumain. Quand aurions nous des pretendus "leaders" encore qui vont porter le progres humain - oui a risque de leurs vies contre la mainmise de les "Economic Hit Men" - les tueurs a gage economique - et le CIA - mais c'est resister cela ou nous allons tous finir cette fois comme esclaves de la Chine sur un planete desertifie.

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