Comment l'Etat islamique marchande les antiquités

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La cité de Palmyre, occupée par les djihadistes du groupe Etat islamique, a été libérée par l'armée syrienne en mars 2017.
La cité de Palmyre, occupée par les djihadistes du groupe Etat islamique, a été libérée par l'armée syrienne en mars 2017. (Crédits : © Omar Sanadiki / Reuters)
Après le pétrole, le trafic d'antiquités représente la deuxième manne financière pour l'Etat islamique. Le Wall Street Journal a recueilli les témoignages de plusieurs acteurs de ce marché de contrebande. Ils racontent comment l'organisation parvient à faire transiter la marchandise jusqu'en Europe.

A mesure que les forces de la coalition grignotent le territoire occupé par l'organisation qui se fait appeler Etat islamique (EI), notamment avec la libération de Mossoul en juillet, les djihadistes perdent le contrôle de puits de pétrole, et, avec, leur principale source de revenus. Dans ces conditions, le califat compense ses pertes via sa deuxième manne : le trafic d'antiquités.

A cheval entre la Syrie et l'Irak, le territoire occupé par l'EI s'étend sur l'ex-Mésopotamie. Qualifiée de berceau de la civilisation, cette région renferme des trésors de l'Antiquité que l'organisation n'hésite pas à piller pour les revendre au plus offrant. La fameuse cité de Palmyre en a fait les frais. En 2016, l'ambassadeur russe aux Nations unies estimait entre 150 et 200 millions de dollars par an, les revenus que l'EI tire de l'ensemble de ce trafic.

Dans un article publié ce lundi, le Wall Street Journal a recueilli les témoignages de plusieurs acteurs de ce marché noir. Ils racontent comment les djihadistes procèdent pour s'accaparer puis revendre illégalement les œuvres d'art antiques.

Des licences locales pour les fouilles

Avant de se lancer dans la contrebande, encore faut-il posséder les objets à vendre. L'EI délivre des licences à des locaux les autorisant à effectuer des fouilles. A noter qu'en 2016, les djihadistes contrôlaient 4.500 sites archéologiques, dont 9 inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco, toujours selon l'ambassadeur russe aux Nations unies. Les opérations sont supervisées par des soldats de l'EI, souvent des étrangers car ils sont considérés comme plus loyaux, précise le journal américain.

Au début, l'organisation se contentait de demander aux fouilleurs 20% de la valeur estimée de chaque œuvre trouvée. Désormais, ils doivent revendre à l'EI l'ensemble de leurs découvertes 20% de moins que leur valeur potentielle, et ce sont les djihadistes eux-mêmes qui se chargent de la revente sur le marché noir.

La marchandise cachée dans un sac

Le groupe Etat islamique ne s'occupe pas de faire sortir la marchandise hors de son territoire, mais la vend directement à des intermédiaires. La majorité des antiquités transitent d'abord par la Turquie ou le Liban, faisant de ces deux pays des plaques tournantes de la contrebande d'antiquités.

Pour franchir la frontière, les contrebandiers ne manquent pas d'imagination. Ils profitent des convois humanitaires ou des exportations pour cacher la cargaison dans les camions. Certains ont des méthodes plus insolites. Un témoin interrogé par le Wall Street Journal raconte avoir payé 1.000 dollars une femme syrienne portant un ayaba (longue robe noire traditionnelle, Ndlr) pour franchir la frontière turque avec, dans son sac, une statue romaine en bronze. Une opération réussie, car la police ne fouille par les femmes pour des raisons religieuses, selon le témoin.

Une fois la marchandise arrivée en Turquie ou au Liban, elle est revendue à un autre intermédiaire. Ce dernier emploie le même procédé pour faire passer les œuvres dans un autre pays. Souvent, elles transitent par le Sud-Est de l'Europe, notamment par la Bulgarie et la Roumanie, avant de rejoindre l'Ouest du continent. Elles circulent également de plus en plus via des pays d'Asie du Sud-Est, où les contrôles sont moins stricts.

Stockées pendant des années

Reste une dernière étape dans le trajet de la marchandise : le blanchiment de ses origines. Une œuvre peut être stockée pendant plusieurs années, voire même une décennie avant d'être mise en vente au public, selon les informations du Wall Street Journal. Ce temps sert à lui attribuer une nouvel historique de propriété, rendant difficile sa traçabilité.

Enfin, ces œuvres se retrouvent généralement dans une galerie d'art européenne. Une vingtaine mettraient à la vente des produits de la contrebande, selon un rapport du ministère de l'Intérieur bulgare. D'après Interpol, entre 80% et 90% des antiquités en vente seraient d'origines illicites.

Les témoins interrogés par le quotidien américain, d'origines syriennes ou irakiennes, musulmanes ou kurdes, participent à ce grand pillage mais ne se disent pas fiers de leurs actes. Tous ont été victimes des djihadistes (emprisonnement, voire torture) et pour certains lancés de force dans le marché noir. Au-delà du financement de l'EI, la contrebande permet aux populations locales, sous le joug des djihadistes, de pouvoir gagner de l'argent et, tout simplement, de vivre.

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Commentaires
a écrit le 08/08/2017 à 16:47 :
C'est bizarre qu'ils restent encore des antiquités après autant de combats depuis de nombreuses années.
C'est une sorte de pillage.
a écrit le 08/08/2017 à 13:41 :
Qu'est ce qui est le plus précieux les antiquités, les espèces protégées ou les êtres humains?! Les êtres humains ne constituent pas une espèce protégée tout au contraire!

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