Contrairement à la Fed et à la BoE, la BCE voit un reflux de l'inflation en 2022

La Fed prévoit de relever progressivement ses taux en 2022 et la Banque d'Angleterre l'a fait dès ce jeudi. La BCE par la voix de sa présidente Christine Lagarde juge une telle hausse "très improbable" pour 2022, se contentant pour le moment d'une réduction de son programme de rachats d'actifs.
Robert Jules

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Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE).
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE). (Crédits : Reuters)

A l'issue de la réunion de son Conseil des gouverneurs, qui s'est tenue ce jeudi, la Banque centrale européenne (BCE) a indiqué qu'elle allait mettre progressivement fin à son programme d'achats urgence pandémie (PEPP), doté d'une enveloppe de 1.850 milliards d'euros. Toutefois, elle augmentera un autre programme d'achats "classique" après le mois de mars 2022 pour ne pas sevrer trop brutalement l'économie et risquer de durcir les conditions de crédit.

Cavalier seul

L'institut présidé par Christine Lagarde continue donc son cavalier seul à l'heure où d'autres grandes banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque d'Angleterre (BoE), resserrent la vis monétaire. De l'autre côté de la Manche, la BoE a surpris tout le monde en relevant ce jeudi son taux directeur à 0,25% et laissé la porte ouverte à d'autres hausses pour contrer une inflation britannique au plus haut en dix ans. L'institut monétaire britannique est la première banque centrale du G7 à relever ses taux depuis le choc initial du coronavirus. La dernière hausse par la BoE remonte à l'été 2018. "Elle change son approche de gestion des risques, en mettant désormais au premier plan les inquiétudes concernant un marché du travail tendu et son besoin de renforcer sa crédibilité dans sa la lutte contre l'inflation", commente Andrew Goodwin, économiste chez Oxford Economics.

Sur le Vieux continent, les gardiens de l'euro jugent pour leur part toujours "très improbable" un relèvement des taux d'intérêt l'an prochain, a réaffirmé Christine Lagarde, sa présidente, au moment où la Fed dit envisager trois hausses de taux en 2022. "Il est difficile de comparer les Etats-Unis et la zone euro ou le Royaume-Uni et la zone euro", a argumenté Christine Lagarde, car "ces trois économies sont à des stades complètement différents de leur cycle. Elles ont démarré sur des bases différentes, elles ont eu des soutiens fiscaux différents".

Vers un reflux des prix après un pic en 2022

Alors que l'inflation prend une ampleur vertigineuse de l'autre côté de l'Atlantique, la zone euro va connaître un pic du niveau des prix en 2022 puis les voir refluer, prévoit la BCE. La banque centrale a nettement relevé jeudi ses prévisions d'inflation à 2,6% en 2021 et 3,2% en 2022, à cause de la flambée des prix d'énergie qui a davantage pesé dans le panier, contre respectivement 2,2% et 1,7% lors de la précédente prévision. Mais l'inflation devrait ensuite se stabiliser à 1,8% en 2023 et 2024, en raison d'une détente attendue sur le marché de l'énergie et de l'offre de composants industriels.

La BCE reste par ailleurs raisonnablement optimiste pour l'activité économique, en dépit des inquiétudes liées à la progression du variant Omicron. "L'économie de la zone euro continue de se redresser malgré un ralentissement à court terme", lié notamment au retour des restrictions dans de nombreux pays, selon la présidente de l'institution de Francfort. Ces restrictions "freinent l'activité économique et pèsent sur les perspectives à court terme", pour cet hiver et le début de l'année 2022. Mais les campagnes de vaccination "se sont accélérées et dans l'ensemble, la société est devenue plus apte à faire face aux vagues de pandémie et aux contraintes qui en découlent", estime la BCE. En conséquence, elle a abaissé sa prévision de croissance du PIB de la zone euro en 2022 à 4,2% tout en la relevant à 2,9% pour 2023 et 1,6% en 2024. "Les chances pour la zone euro d'avoir un problème d'inflation à moyen et long terme sont modestes, en particulier par rapport aux compétences où la politique budgétaire est traditionnellement moins restrictive lorsqu'on prend en compte le comportement du secteur privé", souligne Konstantin Veit, gérant de portefeuille chez PIMCO.

Ne pas sevrer d'un coup les marchés

Robinet de liquidités ouvert au cœur de la crise du Covid pour maintenir un coût de financement raisonnable des Etats de la zone euro, le PEPP va voir ses achats nets de dette diminuer progressivement jusqu'à fin mars. Puis ils s'arrêteront définitivement. Mais pour ne pas sevrer d'un coup les marchés, la banque centrale a prévu une enveloppe d'achats supplémentaires après mars. Cette manne monétaire sera ajoutée à l'ancien programme de rachat d'obligations publiques et privées ("APP"), qui sera porté à 40 milliards d'euros par mois au deuxième trimestre 2002, puis à 30 milliards au troisième trimestre, pour revenir à 20 milliards d'euros par mois ensuite, son rythme actuel.

Par ailleurs, la BCE a précisé qu'elle se laisserait une grande souplesse dans les réinvestissements du PEPP, notamment dans les situations à risque. Elle pourra ainsi continuer à acheter de la dette d'Etat grecque, qui n'est pas éligible à l'APP. Elle se réserve aussi le droit de relancer le programme d'urgence si nécessaire.

La livre turque continue à chuter

Ce n'est pas cette situation qu'affronte la Turquie dont la Banque centrale a décidé sous la pression du président Recep Tayyip Erdoğan d'abaisser ce jeudi son principal taux directeur - de 15% à 14% - pour le quatrième mois consécutif provoquant une chute immédiate de la livre. Elle s'échangeait en début d'après-midi à près de 15,5 livres pour un dollar - un taux inédit -  alors qu'elle a déjà vu sa valeur fondre de plus moitié depuis le début de l'année face au dollar.

Robert Jules

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Commentaires 8
à écrit le 17/12/2021 à 12:10
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elle a vu ça dans le mare de café ! rendue à ce poste et faire de telles déclarations n'ont étayées ces vraiment grotesque face au danger de la remonté des taux de remboursement de l'emprunt . Pour notre pays nous sommes en danger si l'on continue de...

à écrit le 17/12/2021 à 8:40
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ce mensonge est un merci a MR MACRON pour l'avoir nommée à la BCE avec la pression sur les salaires l'inflation (Les négociations ne font que commencer ) est inévitable

à écrit le 17/12/2021 à 8:39
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La mythomanie européiste mais bon ça leur permettra de nous envoler la troika alors que nous avions refusé le traité constitutionnel financier européen en 2005 pourtant où le peuple français qui va boire le calice jusqu'à la lie. Vite un frexit.

à écrit le 17/12/2021 à 8:12
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à écrit le 17/12/2021 à 7:50
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à écrit le 16/12/2021 à 20:22
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disons que la bce voit que la france est en quasi faillite, et sera en faillite avec des taux a 4%, alors il faut mentir un coup ( cout) pour explique r qu'en fait ca va, et si ca va pas, he ben au moins ca aura desendette la france, enfin si elle tr...

à écrit le 16/12/2021 à 20:17
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Quand on a été mise en place avec une feuille de mission ... on s'y tient quoiqu'il en coûte au petit peuple en terme d'inflation. On verra quand même si cette blagounette résiste longtemps au ratio Euro/Dollar qui dégringole déjà gentiment depuis 1...

le 17/12/2021 à 8:07
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La chouette continue de chanter la messe. Elle se pliera a ce que dira New-York. Seuls les naifs(la France en tete) continue de croire que tout vaq continuer. Grossiere erreur d'appreciation.

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