Crises sanitaire, économique, sociale... et prolifération des armes, le dangereux cocktail qui menace les États-Unis de Trump

Alors que les États-Unis traversent la pire crise sanitaire depuis la grippe espagnole de 1918, la pire récession depuis la crise de 1929 et la pire crise sociale depuis les mouvements pour les droits civiques des années 1960, la présence massive d'armes à feu dans les manifestations fait craindre le pire.
Aux États-Unis, des manifestants armés de fusils d'assaut ont investi jeudi 30 avril le Capitole de l’État du Michigan pour faire pression sur les parlementaires réunis à ce moment-là, afin d'obtenir l’assouplissement des mesures de déconfinement.
Aux États-Unis, des manifestants armés de fusils d'assaut ont investi jeudi 30 avril le Capitole de l’État du Michigan pour faire pression sur les parlementaires réunis à ce moment-là, afin d'obtenir l’assouplissement des mesures de déconfinement. (Crédits : Reuters)

Des affrontements en marge de manifestations antiracistes ont fait trois morts aux Etats-Unis, pays où les divisions de la société, exacerbées par une triple crise, et la présence massive d'armes à feu font craindre le pire à l'approche de la présidentielle.

Donald Trump espère décrocher un second mandat le 3 novembre, bien que son pays traverse la pire crise sanitaire depuis la grippe espagnole de 1918, la pire récession depuis la crise de 1929 et la pire crise sociale depuis les mouvements pour les droits civiques des années 1960.

Mardi, il doit se rendre à Kenosha, dans la région des Grands Lacs, qui s'est embrasée la semaine dernière après une apparente bavure policière. Le gouverneur de l'État du Wisconsin, le démocrate Tony Evers lui a demandé, en vain, de s'abstenir par crainte que sa présence "retarde la réconciliation" d'habitants "traumatisés".

Bavures policières, virulence de l'extrême-droite, prolifération des armes

Parmi eux, Gregory Bennett ne se sent "plus en sécurité" dans sa ville, où un jeune de 17 ans, qui avait rejoint des milices armées censées protéger les commerces, a abattu deux manifestants anti-racisme dans la nuit de mardi à mercredi.

Les militants d'extrême droite "cherchent une raison pour attaquer", estime-t-il. "Les manifestations leur ont donné une excuse", regrette cet ancien militaire devenu travailleur social. Depuis, il ne sort plus sans son gilet pare-balle et son revolver à la ceinture.

Ce réflexe, fréquent dans un pays où 30% des adultes possèdent au moins une arme à feu et où le droit à l'auto-défense fait partie du récit national, n'est pas de nature à apaiser la situation.

D'ailleurs, les armes ont encore parlé ce week-end à Portland, dans le Nord-Ouest, où des militants d'extrême-gauche s'opposent régulièrement aux forces de l'ordre depuis plus de trois mois.

Cette fois, c'est avec une caravane de partisans de Donald Trump que les échauffourées ont eu lieu. Un homme qui portait une casquette d'un groupe local d'extrême droite a été abattu en marge de ces heurts, dans des circonstances encore floues.

D'ici à l'élection, "il y aura d'autres coups de feu", prédit Spencer Sunshine, analyste de l'extrême droite américaine.

"Ça va empirer car aucun des deux camps n'est prêt à se retirer."

Michigan: des manifestants armés de fusils à l'assaut du Capitole

Les groupes extrémistes ont toujours existé aux États-Unis, rappelle cet expert indépendant. Après l'élection de Donald Trump, droite et gauche radicale s'étaient plusieurs fois affrontées à Seattle, et déjà à Portland.

Ce qui est nouveau, selon lui, c'est la présence massive d'armes dans les manifestations. "Il y a quatre ans, on n'en voyait quasiment qu'en Arizona où les lois sur les armes sont particulièrement souples", dit-il.

Elles étaient particulièrement visibles le 1er mai quand des centaines d'hommes armés de fusils d'assaut ont tenté d'entrer dans le Capitole de l'État du Michigan pour protester contre des mesures de confinement prises pour limiter la propagation du nouveau coronavirus.

Selon M. Sunshine, cette manifestation de force a aussi illustré l'arrivée de nouvelles recrues à l'extrême-droite: "on ne voit plus seulement des nationalistes blancs, mais toutes sortes de populistes, ou des partisans de Trump et des théories conspirationnistes", qui sont motivés par "une profonde anxiété" quant à l'avenir des États-Unis.

L'extrémisme en plein essor

"L'extrême-droite exploite le climat politique extrêmement conflictuel, qui est devenu encore plus incertain à cause de la pandémie et des manifestations pour la justice raciale", estime aussi dans un rapport l'observatoire des groupes extrémistes, le Southern Poverty Law Center (SPLC), en jugeant "bien réel" le risque de violences politiques avant les élections.

Face à l'extrême-droite se trouve une coalition encore plus hétéroclite que le président Trump regroupe sous le mot-tiroir "antifa" (pour antifaciste) et accuse d'être des "agitateurs, des anarchistes ou des émeutiers".

En son sein, "il y a de simples voyous qui aiment se battre et des gens qui veulent vraiment lutter contre les suprémacistes blancs", juge Daniel Byman de la Brooklyn institutions. Et, selon lui, ils sont "encore moins organisés" que leurs adversaires, ce qui augmente le risque de débordements.

Dans ce contexte, "une hausse de la violence est très possible, et même probable", craint-il aussi.

Quant à Spencer Sunshine, il résume le cocktail qui menace les Etats-Unis à trois ingrédients: "Le zèle de convertis, de nombreuses armes et des récits hystériques."

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Commentaires 8
à écrit le 02/09/2020 à 16:30
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>ne se sent "plus en sécurité" dans sa ville, où un jeune de 17 ans, qui avait rejoint des milices armées censées protéger les commerces, a abattu deux manifestants anti-racisme D’après ce que j’ai vu, ce sont les manifestants qui ont décidé d’att...

à écrit le 02/09/2020 à 2:54
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Le Far west est de retour. Merci trump.

à écrit le 01/09/2020 à 18:50
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C'est ce qu'il faudrait en France, pour revenir à une situation assainie ... comme plus personne ne peut se sentir et que la majorité se réjouit des malheurs des autres ...

à écrit le 01/09/2020 à 17:14
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Si cela est pour retomber sur les déboires antérieurs des conflit permanents sur notre globe, je n'y vois pas l'intérêt!

à écrit le 01/09/2020 à 17:06
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Le problème avec les armes, c'est qu' elles finissent toujours par servir et tuer des gens. Avec 800 millions d'armes de toutes sortes en circulation aux US, il y a de quoi faire un carnage. Je suis d'ailleurs étonné qu'il n'y ait pas plus de morts "...

le 02/09/2020 à 16:41
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>Le problème avec les armes, c'est qu' elles finissent toujours par servir et tuer des gens. Faux. Les ventes d'armes augmentent aux E.-U., donc, le nombre d'armes en circulation, depuis des décennies, tandis que la criminalité violente est en ba...

à écrit le 01/09/2020 à 16:40
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Et bien sur nos services spéciaux ne font rien alors que les US s'immiscent toujours dans les révolutions colorées...

à écrit le 01/09/2020 à 14:30
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"Bavures policières, virulence de l'extrême-droite, prolifération des armes" Toute l'histoire des états unis, rien de nouveau.

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