Etats-Unis : les immigrés illégaux gagnent presque autant que les Américains

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Ces dernières décennies ont vu de manière générale une approche plus accueillante envers l'immigration illégale, mais l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche risque de rebattre les cartes.
"Ces dernières décennies ont vu de manière générale une approche plus accueillante envers l'immigration illégale", mais l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche risque de rebattre les cartes. (Crédits : Reuters/Keith Bedford)
Aux Etats-Unis, l'écart de revenus entre les travailleurs sans-papiers et les travailleurs légaux peu qualifiés s'est réduit en moins de deux décennies, selon un économiste d'Harvard. Au point que, même régularisés, ces travailleurs verraient leurs revenus augmenter de façon marginale.

Exploités par des employeurs qui profitent de leur statut "d'illégaux" pour embaucher à moindre coût, les travailleurs sans-papiers aux Etats-Unis voient paradoxalement leur salaire augmenter ces dernières années. Alors que l'écart de revenus entre les immigrés illégaux et les travailleurs légaux les moins qualifiés était de 9% au début des années 2000, celui-ci s'est réduit drastiquement depuis la crise des subprimes. En effet, dès 2010, l'écart n'était plus que de 6%, puis de 3,4% en 2014, selon une étude menée par George J. Borjas, professeur d'économie du travail à Harvard, dont les bonnes feuilles sont publiées sur le site Quartz.

"Une approche plus accueillante envers l'immigration illégale"

L'économiste n'a pas été en mesure d'identifier les causes exactes de ce phénomène, mais a formulé plusieurs hypothèses. La première tient à l'environnement légal. Lors de son premier mandat, Barack Obama a fait passer une loi protégeant de l'expulsion et offrant un permis de travail aux immigrés illégaux entrés sur le territoire américain mineur. Selon George Borjas : "Ces dernières décennies ont vu de manière générale une approche plus accueillante envers l'immigration illégale", mais "ce n'est qu'une conjecture", prévient l'économiste. Le texte est entré en vigueur en juin 2012, alors que la réduction de l'écart des revenus avait débuté après la crise, autrement dit, cette explication n'est pas suffisante. En outre, l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche risque de changer cette "approche", à en croire son discours et ses mesures anti-immigration, de même que ses sorties contre le Mexique.

Une autre hypothèse se base sur le profil des sans-papiers.Traditionnellement cette population regroupait essentiellement des hommes, venus chercher du travail aux Etats-Unis. Aujourd'hui, de plus en plus de femmes et d'enfants venus d'Amérique centrale franchissent illégalement la frontière. Résultat, les entreprises qui embauchent traditionnellement les sans-papiers voient cette main d'œuvre se réduire, et lorsque l'offre se raréfie, le prix (ici le salaire) augmente. Paradoxalement, la politique de Barack Obama a accentué cette situation par l'expulsion de 2,5 millions de clandestins sous sa mandature, un record pour l'ex-locataire de la Maison Blanche.

Une régularisation augmenterait marginalement leurs revenus

Enfin, cette analyse se base sur des niveaux de qualifications ajustés. Car parmi les travailleurs sans-papiers, certains sont, par exemple, diplômés de médecine ou de droit, des métiers dont l'accès est impossible pour eux du fait de leur statut, les obligeant à se tourner vers d'autres secteurs. Ainsi, à compétences égales, l'écart de revenus est parfois bien plus important entre travailleurs légaux et illégaux.

D'ailleurs, s'ils occupaient un poste à la hauteur de leur niveau de qualification, ils percevraient un salaire plus élevé et contribueraient plus aux finances publiques. La situation actuelle représente ainsi un manque à gagner de 10,2 milliards de dollars aux finances publiques, selon une étude du Bureau du recensement américain.

George Borgias estime, pour sa part que même régularisés, les sans-papiers verraient leur salaire moyen augmenter de façon marginale. "Entre 1989 et 1992, lorsque le gouvernement a donné un statut légal à près de 3 millions de sans-papiers, leurs salaires ont augmenté d'environ 6% seulement", rappelle Quartz. George Borgias prévoit que cette hausse serait encore plus faible aujourd'hui. En revanche, il est évident que l'objectif de la régularisation pour les immigrés en situation illégale n'est pas nécessairement de gagner plus, mais d'accéder à tout ce qu'un individu a habituellement droit  : un compte en banque, un permis de conduire, une liberté de circulation... tant de choses dont sont privés les 11 millions de sans-papiers aux Etats-Unis.

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Commentaires
a écrit le 31/03/2017 à 11:30 :
autrement dit c'est les employeurs de ces clandestins qui plombent les recettes de leur pays en faisant travailler au noir les immigrés illégaux ; les vrais responsable de cette situation c'est eux
a écrit le 31/03/2017 à 9:36 :
Et oui en néolibéralisme les salaires plongent de façon générale, mais c'est voulu c'est normal.
a écrit le 31/03/2017 à 9:33 :
Si je n'étais pas si nul en anglais, j'aurais tenté de m'installer en fraude aux USA pour essayer d'y bosser au black !!!!!

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