Face à Poutine, l'Allemagne partagée entre ses intérêts énergétiques et les sanctions
Jules Talbotier, à Bruxelles
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Le projet de gazoduc Nord Stream 2, construit à 95%, va permettre chaque année l'exportation directe de 55 milliards de mètres cube de gaz naturel russe vers l'Allemagne. Ce projet dont le montant s'élève à 9,5 milliards d'euros est financé à 50% par...
Reuters
Face à Poutine, l'Allemagne partagée entre ses intérêts énergétiques et les sanctions
Les relations des pays occidentaux avec la Russie sont au plus bas depuis quelques années, à la suite de crises diplomatiques répétées. La dernière en date s'est terminée avec l'annonce du retrait des troupes de Vladimir Poutine de la frontière ukrainienne. Elle aura montré à nouveau que l'Allemagne, tiraillée entre ses intérêts nationaux et les appels répétés de ses partenaires au sein de l'Otan et de l'Union européenne, se refuse à imposer des sanctions.
Après avoir déployé durant quelques semaines en Crimée et dans ses régions frontalières avec l'Ukraine près de 100.000 soldats, selon Josep Borrell, porte-parole de la diplomatie européenne, Moscou a annoncé leur retrait, débuté depuis vendredi 23 avril et qui devrait s'étaler jusqu'à début mai.
L'affaire Navalny
Cette démonstration de force des autorités russes a généré une forte tension diplomatique, les pays occidentaux, Etats-Unis en premier lieu, apportant leur soutien à l'Ukraine. Ce déploiement n'a fait qu'aggraver la position délicate dans laquelle se trouvait déjà la Russie suite à l'affaire Navalny, le politicien empoisonné selon toute vraisemblance par les services secrets russes.
Parmi les nombreuses critiques à l'égard du pouvoir russe, une large part se concentre sur le projet de gazoduc Nord Stream 2, construit à 95%, qui va permettre chaque année l'exportation directe de 55 milliards de mètres cubes de gaz naturel russe vers l'Allemagne. Ce projet dont le montant s'élève à 9,5 milliards d'euros est financé à 50% par Gazprom, et le restant par des groupes européens dont le français Engie, les allemands Uniper et Wintershall.
En février, le Parlement européen s'était prononcé sur l'arrêt de la construction. Quant aux Etats-Unis, ils ont directement menacé le projet de sanctions financières. « Ce projet est en contradiction avec l'objectif de sécurité énergétique de l'Europe », assénait le 23 mars Antony Blinken, secrétaire d'État de l'administration Biden, lors du sommet de l'Otan, mettant en garde : « Il risque d'affaiblir l'Ukraine et va contre les intérêts de la Pologne et d'autres alliés ».
Pour autant, l'Allemagne n'entend pas céder, malgré une pression grandissante de la part de ses partenaires occidentaux à la suite des nombreuses crises. La Chancelière Angela Merkel a campé sur ses positions, déclarant au Conseil de l'Europe qu'elle continuerait à soutenir la construction du gazoduc. Le projet a en effet une importance stratégique pour le pays, lui permettant d'importer son gaz à moindre prix sans passer par des pays tiers. Bien qu'elle ait clairement exprimé son inquiétude sur l'affaire Navalny et la situation en Ukraine, Angela Merkel considère que cela ne remet pas en cause les relations commerciales avec la Russie, rappelant que « le gaz délivré via Nord Stream 2, bien qu'il n'arrive pas encore, n'est pas pire que celui qui passe par Nord Stream 1 ou l'Ukraine, ou encore que celui qui passe par la Turquie depuis la Russie.»
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