Pour Lakhdar Brahimi, qui fut fonctionnaire onusien, les Européens peinent à regarder la réalité en face au sujet des migrants.
Lakhdar Brahimi s'exprimait lors d'un dîner-débat à La Valette, capitale de Malte, le 27 février, sur le thème des relations de l'UE avec son voisinage, organisé par le l'Institut Jacques Delors (IJD) et la présidence maltaise de l'UE. Joseph Muscat, Premier ministre maltais, ainsi qu'Enrico Letta, président du think tank IJD et ancien Premier ministre italien, avaient ouvert le débat.
L'ancien envoyé spécial de l'ONU en Syrie a conseillé à son audience de se pencher sur les causes de cette crise des réfugiés sans précédent. Selon lui, elle a été déclenchée par des politiques occidentales destructrices.
Plusieurs intervenants se sont exprimés sur la crise des réfugiés durant la journée, discutant principalement de la réaction de l'UE plutôt que de l'origine de la crise. Selon le diplomate arabe, l'un des principes des affaires internationales est que « si vous ne pouvez pas faire de bien, au moins ne faites pas de mal ». L'ancien fonctionnaire onusien précisait : "Je ne pense pas que vous ayez respecté ce principe."
Lakhdar Brahimi a cité le président d'Afghanistan, Ashraf Ghani, qui a récemment déclaré, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, que le terrorisme international ne disparaîtrait pas avant au moins vingt ans.
En ce qui concerne la Libye, Lakhdar Brahimi a déclaré que personne ne pleurait le départ de Mouammar Kadhafi, en ajoutant néanmoins que « l'intervention de l'OTAN, menée par Nicolas Sarkozy, a détruit le pays et créé plus de problèmes qu'elle n'en a résolus ».
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Sur la situation en Syrie, Lakhdar Brahimi a déclaré que l'analyse des capitales occidentales avait été « très superficielle », surtout lorsqu'elles ont décidé que le dirigeant du pays, Bachar El-Assad, devait partir en quelques jours ou du moins quelques mois, alors que l'ONU et lui-même affirmaient qu'il n'y avait pas de solution militaire. A ce moment-là, les dirigeants occidentaux les avaient accusés de chercher à protéger Bachar El-Assad. Et quand, finalement, l'Occident a fini par accepter qu'il n'y eût pas de solution militaire, ils étaient déjà engagés dans une action militaire.
Selon Lakhdar Brahimi, la plupart des Européens n'osent jamais prononcer le mot « Islam ». Ce qui traduit un malaise vis-à-vis de l'Islam, qui favorise un amalgame dangereux entre l'État islamique, ou Daech, et la foi islamique. Il a cité l'exemple de Geert Wilders, chef de file du parti xénophobe néerlandais, Parti pour la liberté, l'un des candidats favoris aux prochaines élections du pays, qui a affirmé que tous les musulmans étaient des terroristes.
Lakhdar Brahimi a expliqué qu'à Raqqa, la capitale autoproclamée de Daech en Syrie, les islamistes avaient retenu l'attention du monde entier en décrochant la croix d'une église. Alors que peu de personnes savent que sept jeunes musulmans de cette même ville ont remis la croix à leur place.
Il ajoutait :
Lakhdar Brahimi a ajouté que les bombardements menés par les États-Unis n'avaient atteint aucun objectif militaire, mais avaient plutôt poussé Daech en dehors de l'Irak et vers la Syrie, l'Afrique du Nord, et le reste de l'Afrique.
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Interrogé sur le rôle de la Russie en Syrie, il a répondu que l'intervention militaire de la Russie avait fait « beaucoup de dommages, mais aussi beaucoup de bien ». « Elle a notamment permis à la Syrie de rester unie », a-t-il poursuivi, puisque le pire des scénarios selon lui, serait la désintégration du pays.
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Par Georgi Gotev, Euractiv.com (traduit par Marion Candau)
(Article publié le mercredi 1 mars 2017)
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