Migrants : un défi majeur pour les villes

Patrick Cappelli

Patrick Cappelli
« L'accueil des demandeurs d'asiles et des réfugiés est un défi crucial », avertit Pascal Brice, directeur général de l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides).
Mais les villes ne peuvent à elles seules accueillir « toute la misère du monde », selon le mot de Michel Rocard. L'Europe doit faire plus, car, selon Pascal Brice, « elle n'est pas à la hauteur de ses responsabilités. Les demandeurs d'asile doivent subir un parcours kafkaïen avant d'être reçus et entendus ». Le directeur de l'OFPRA salue un doublement des moyens octroyés par l'État français en quatre ans, mais pointe des délais de traitement des dossiers encore bien trop longs dans les préfectures.
Sur les trottoirs de Paris viennent s'échouer les victimes des conflits moyen-orientaux comme ceux qui veulent absolument gagner la Grande-Bretagne, persuadés d'y trouver un travail, et qui ne peuvent plus stationner dans l'ex-jungle de Calais. C'est pourquoi la mairie vient d'ouvrir un centre d'accueil Porte de la Chapelle dans le 18e arrondissement.
La structure est financée par l'Etat (20%) et la ville de Paris (80%), et elle est gérée par l'ONG Emmaüs, avec Médecins du Monde et des bénévoles.
La réaction des habitants du quartier a été plutôt bonne car ils vivaient mal la situation précédente avec ces villages de tentes sur les trottoirs et sous le métro. Une situation difficile pour les migrants comme pour les riverains, mais qui n'est pas comparable à celle des réfugiés de la ville d'Erbil, au Kurdistan irakien. Invité au colloque Cities for Life, Nawzad Hadi, le gouverneur d'Erbil, cité de 4.000 ans d'histoire et inscrite au World Heritage de l'Unesco, réclame plus d'aides à l'Europe et aux Etats-Unis pour faire face à l'afflux de réfugiés dans sa ville.
Qu'elle soit kurde ou française, la ville apparaît donc comme le principal lieu d'accueil de ces flux. Une situation qu'a étudié Stéphane Le Courant, chercheur à l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales) et spécialiste des migrations. Le Collectif de chercheurs « La ville comme frontière » veut savoir comment, de Beyrouth à Calais, les villes sont devenues un des acteurs majeurs de la gestion des migrants.
Accueillir les migrants, c'est bien, les aider à se reconstruire, c'est mieux. C'est une des missions du CICR (Comité International de la Croix-Rouge).
Comme les guerres ont lieu de plus en plus en milieu urbain, les réponses sont de plus en plus complexes, car il faut maintenir en fonction les systèmes d'approvisionnement en eau et les infrastructures de santé. Enfin, il faut s'efforcer de conserver le lien entre les familles séparées et assurer la gestion des dépouilles mortelles. Des actions menées par le réseau de sociétés nationales de la Croix-Rouge. Un « principe d'humanité », selon Frédéric Joli, dont les maires sont les porte-parole, à défaut de pouvoir stopper les conflits, ce qui demeure le rôle du politique.
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Par Patrick Cappelli,
correspondant de La Tribune à Cities for Life
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Patrick Cappelli