Migrants : un défi majeur pour les villes

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Sur les trottoirs de Paris viennent s'échouer les victimes des conflits moyen-orientaux comme ceux qui veulent absolument gagner la Grande-Bretagne, persuadés d'y trouver un travail, et qui ne peuvent plus stationner dans l'ex-jungle de Calais.
Sur les trottoirs de Paris viennent s'échouer les victimes des conflits moyen-orientaux comme ceux qui veulent absolument gagner la Grande-Bretagne, persuadés d'y trouver un travail, et qui ne peuvent plus stationner dans l'ex-jungle de Calais. (Crédits : CHARLES PLATIAU)
[ CITIES FOR LIFE ] Les métropoles sont un aimant pour les migrants de toutes natures, réfugiés politiques comme émigrés économiques. Et ces flux ne sont pas prêts de diminuer.

« L'accueil des demandeurs d'asiles et des réfugiés est un défi crucial », avertit Pascal Brice, directeur général de l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

« De ce point de vue, les villes sont plutôt exemplaires. Il faut saluer les élus, comme ceux de Calais et de Paris, qui démontrent leur volonté d'accueillir des populations en situation de précarité », insiste-t-il.

Mais les villes ne peuvent à elles seules accueillir « toute la misère du monde », selon le mot de Michel Rocard. L'Europe doit faire plus, car, selon Pascal Brice, « elle n'est pas à la hauteur de ses responsabilités. Les demandeurs d'asile doivent subir un parcours kafkaïen avant d'être reçus et entendus ». Le directeur de l'OFPRA salue un doublement des moyens octroyés par l'État français en quatre ans, mais pointe des délais de traitement des dossiers encore bien trop longs dans les préfectures.

Sur les trottoirs de Paris viennent s'échouer les victimes des conflits moyen-orientaux comme ceux qui veulent absolument gagner la Grande-Bretagne, persuadés d'y trouver un travail, et qui ne peuvent plus stationner dans l'ex-jungle de Calais. C'est pourquoi la mairie vient d'ouvrir un centre d'accueil Porte de la Chapelle dans le 18e arrondissement.

« Le 18e a toujours été un lieu d'immigration et de transit dans les quartiers de Barbès, de Château-Rouge et de la Gare du nord. Il manquait un maillon à la chaîne de l'accueil, celui des primo-arrivants, qui passent de quelques jours à plusieurs mois dans la rue en attendant un hébergement. Il fallait une solution temporaire de 5 à 10 jours, ce que propose ce centre de 400 lits », explique Eric Lejoindre, maire du 18e.

La structure est financée par l'Etat (20%) et la ville de Paris (80%), et elle est gérée par l'ONG Emmaüs, avec Médecins du Monde et des bénévoles.

Erbil face aux flux de réfugiés

La réaction des habitants du quartier a été plutôt bonne car ils vivaient mal la situation précédente avec ces villages de tentes sur les trottoirs et sous le métro. Une situation difficile pour les migrants comme pour les riverains, mais qui n'est pas comparable à celle des réfugiés de la ville d'Erbil, au Kurdistan irakien. Invité au colloque Cities for Life, Nawzad Hadi, le gouverneur d'Erbil, cité de 4.000 ans d'histoire et inscrite au World Heritage de l'Unesco, réclame plus d'aides à l'Europe et aux Etats-Unis pour faire face à l'afflux de réfugiés dans sa ville.

« Quand Daech est arrivé en Irak, les grandes vagues de migrants - arabes sunnites, yazidis et chrétiens - ont commencé. Avec la bataille de Mossoul [à 70 km d'Erbil, Ndlr] qui a débuté, 1,5 million de gens vont être déplacés, et nous en accueillons déjà 60.000 », décrit le gouverneur d'Erbil, qui remercie la maire de Paris et le président français de s'êtres rendus dans sa ville.

Qu'elle soit kurde ou française, la ville apparaît donc comme le principal lieu d'accueil de ces flux. Une situation qu'a étudié Stéphane Le Courant, chercheur à l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales) et spécialiste des migrations. Le Collectif de chercheurs « La ville comme frontière » veut savoir comment, de Beyrouth à Calais, les villes sont devenues un des acteurs majeurs de la gestion des migrants.

« Leur politique est différente des politiques nationales ou étatiques. Nous voulons comprendre ce que les villes font aux migrants et ce que les migrants font à la ville. Par exemple, les Parisiens ont commencé par donner à manger aux réfugiés, puis ont créé des associations, jusqu'à la désobéissance civile", décrit le chercheur de l'EHESS.

65 millions de déplacés, 24 réfugiés de plus chaque minute

Accueillir les migrants, c'est bien, les aider à se reconstruire, c'est mieux. C'est une des missions du CICR (Comité International de la Croix-Rouge).

« Chaque minute 24 personnes fuient leur pays. Il y a aujourd'hui 65 millions de déplacés. Ce sont les chiffres les plus élevés depuis la Seconde Guerre mondiale. Il faut répondre de manière efficace à cette situation. Les maires sont au centre de cette problématique, mais ils ne possèdent pas les solutions aux divers conflits", détaille Frédéric Joli, porte-parole du CICR.

Comme les guerres ont lieu de plus en plus en milieu urbain, les réponses sont de plus en plus complexes, car il faut maintenir en fonction les systèmes d'approvisionnement en eau et les infrastructures de santé. Enfin, il faut s'efforcer de conserver le lien entre les familles séparées et assurer la gestion des dépouilles mortelles. Des actions menées par le réseau de sociétés nationales de la Croix-Rouge. Un « principe d'humanité », selon Frédéric Joli, dont les maires sont les porte-parole, à défaut de pouvoir stopper les conflits, ce qui demeure le rôle du politique.

Par Patrick Cappelli, 
correspondant de La Tribune à Cities for Life

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+ Lire aussi : Dossier complet sur le Forum Smart City du Grand Paris

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Commentaires
a écrit le 27/11/2016 à 15:15 :
Le véritable défi, c'est l'expulsion rapide des "migrenvahisseurs" économiques qui constituent 95% des primo-arrivants.

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