Inégalités : l'organisation internationale du travail sonne l'alarme

Par Grégoire Normand  |   |  611  mots
"La distribution globale des revenus du travail est déséquilibrée : un travailleur dans le top 10% gagne 7.445 dollars par mois en parité de pouvoir d'achat contre 22 dollars dans dernier décile" explique l'organisation internationale du travail.
10% des travailleurs concentrent 50% des revenus du travail à l'échelle mondiale révèle une récente étude de l'organisation internationale du travail.

À l'échelle mondiale, 10% des travailleurs les mieux rémunérés reçoivent 48,9% des revenus du travail, le décile suivant reçoit 20% tandis que les 80% restants récupèrent seulement 30% selon une nouvelle série de données révélées par l'organisation internationale du travail (OIT) en fin de semaine dernière.

A l'heure où les populismes gagnent encore du terrain en Europe et outre-Atlantique et que la France peine à sortir d'une crise sociale inédite, la question des écarts de richesse reste un sujet de préoccupation majeur. Lors du prochain G7 finances qui se tient à Chantilly les 17 et 18 juillet prochains, la réduction des inégalités entres les pays et au sein des pays doit faire l'objet d'un débat en présence des ministres des Finances et gouverneurs de Banque centrale de ce groupe de pays.

266 dollars par an pour les plus pauvres

Les travaux de l'institution internationale intitulés, "The Global Labour income share and distribution", indiquent qu'un travailleur faisant partie du premier décile, c'est à dire le groupe des 10% les plus pauvres, gagne en moyenne 266 dollars par an, tandis que ceux faisant partie du dernier décile obtiennent 89.703 dollars. Par ailleurs, la part du revenu national qui revient aux travailleurs a légèrement diminué passant de 53,7% en 2004 à 51,4% au profit du capital. "Cette baisse s'est temporairement renversée durant la crise financière de 2008-2009, parce'que durant les récessions, l'indemnisation des travailleurs a tendance à baisser plus lentement que les revenus du capital" expliquent les auteurs.

Si les inégalités salariales entre pays ont tendance à diminuer entre 2004 et 2017, cela s'explique surtout par la montée des revenus dans les deux grands géants asiatiques, à savoir la Chine et l'Inde soulignent les économistes. "La convergence économique entre les pays masque des inégalités de salaires au sein des pays" précise le document.

La classe moyenne sous pression

Parmi les catégories sociales étudiées, les classes moyennes apparaissent comme les perdantes de ces dernières années. "Les données montrent qu'en termes relatifs les augmentations des plus hauts revenus du travail s'accompagnent de pertes pour tous les autres, les travailleurs de la classe moyenne et ceux qui touchent les plus bas salaires voyant leur part de revenu reculer", a indiqué Steven Kapsos, statisticien à l'OIT. Ainsi, l'examen de la distribution du salaire moyen dans les pays signale que la part allant à la classe moyenne a diminué passant de 44,8% à 43% entre 2004 et 2017. A l'opposé, la proportion gagnée par les 20% les mieux rémunérés a augmenté passant de 51,3% à 53,5%.

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Mieux prendre en compte les inégalités de patrimoine

Lors de la rencontre internationale d'ECINEQ (Society for the Study of Economic Inequality) organisée sur le campus de l'Ecole d'économie de Paris la semaine dernière, plusieurs économistes sont venus présentés leurs travaux sur la thématique des inégalités planétaires.

Lucas Chancel, économiste au laboratoire des inégalités mondiales a déclaré que "la priorité était d'étudier le partage du PIB à l'échelle nationale. Il faut que chaque année, les gouvernements puissent avoir des données sur le partage du revenu national par catégorie sociale". En marge de la conférence, il a ainsi expliqué que "si les inégalités sont actuellement moins liées aux salaires, il faut en revanche prendre en compte les inégalités de revenus liés au capital et au patrimoine".

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