10 ans après la crise financière, les inégalités de salaires se sont aggravées dans le privé

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Dans l'industrie, le salaire net mensuel atteint 2.487 euros.
Dans l'industrie, le salaire net mensuel atteint 2.487 euros. (Crédits : Wolfgang Rattay)
Les salaires ont augmenté plus rapidement pour le haut de la distribution, ce qui a contribué à creuser l'écart avec le reste des salariés du privé, selon la dernière enquête de l'Insee.

Voici un travail qui permet d'éclairer l'un des ressorts de la colère des "Gilets jaunes" présents sur les ronds-points depuis cinq mois. La dernière enquête de l'Insee publiée ce mardi 23 avril indique que les évolutions de salaires dans le privé ont été bien plus favorables dans le haut de la distribution de la population active. Entre 2015 et 2016, si l'ensemble des salariés du secteur privé ont connu une augmentation en moyenne de 0,5%, cette hausse masque des disparités entre les salariés.

"Les 10% de salariés les moins rémunérés gagnent moins de 1.189 euros nets (1er décile), soit 0,1% de plus qu'en 2015 et 2,3% de plus qu'en 2008. À l'opposé, les 10% les mieux rémunérés perçoivent plus de 3.576 euros par mois (9e décile), soit 0,5% de plus qu'en 2015 et 5,0% de plus qu'en 2008", expliquent les économistes de l'Institut national de la statistique et des études économiques.

Et depuis la crise de 2008, le fossé s'est aggravé entre le premier et le neuvième décile comme l'illustre bien le graphique ci-dessous. L'écart tend à s'accélérer à partir de 2013 entre le premier et le neuvième décile.

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Des écarts très marqués entre les hommes et les femmes

Les inégalités de salaires entre les hommes et les femmes sont très prononcées. En 2016, les salaires en équivalent temps plein des femmes étaient en moyenne inférieurs de 18,9% à ceux des hommes. Si cet écart a tendance à se contracter, l'organisation en charge des statistiques publiques souligne que les femmes sont plus souvent à temps partiel que les hommes. En 2016, les hommes gagnaient en moyenne 2.431 euros contre 1.969 euros pour les femmes.

Outre la moyenne, l'Insee note que les disparités s'aggravent lorsque l'on monte dans l'échelle des salaires. Si la différence est de 8% pour le premier décile, elle s'accentue pour atteindre 21,3% au niveau du neuvième décile et jusqu'à 33,7% pour le 99ème centile. Parmi les facteurs avancés pour expliquer cet écart, les statisticiens évoquent "la structure de la population salariée dans le privé par secteur d'activité, taille d'entreprise, âge, catégorie socioprofessionnelle et condition d'emploi, n'est pas la même pour les hommes et pour les femmes. La part non expliquée de l'écart ne peut cependant pas s'interpréter comme une mesure des différences de salaires entre femmes et hommes à poste de travail égal".

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Au delà du manque de parité dans les salaires entre les hommes et les femmes, des disparités sont également visibles entre les catégories socioprofessionnelles. Ainsi, si les cadres étaient payés 4.060 euros par mois en moyenne en 2016, les ouvriers recevaient 1.681 euros sur leur fiche de salaire. Chez les employés, le salaire moyen s'établit à 1.590 euros contre 2.235 euros pour les professions intermédiaires.  Par secteur, l'industrie reste le plus rémunérateur pour les salariés avec 2.487 euros en moyenne contre 2.197 euros pour le tertiaire et 2.047 euros pour la construction.

Le salaire net médian atteint 1.789 euros

Les résultats de l'Insee soulignent que le salaire net moyen atteint 2.238 euros et le salaire médian s'élève à 1.789 euros. Evidemment, il existe des différences entre les déciles. Ainsi, les salariés faisant partie du premier décile gagnent 1.189 euros en moyenne et ceux du 9ème décile reçoivent 3.576 euros en salaire net par mois. A l'extrémité, les actifs occupés du 99ème centile gagnent 8.629 euros comme le met en exergue le graphique ci-dessous qui permet à chaque salarié de se situer dans la distribution des salaires.

Si les inégalités en France sont moins marquées que dans bien d'autres pays européens, de tels écarts peuvent contribuer à alimenter le malaise des catégories les moins bien loties. Dans une récente interview accordée à La Tribune, l'ancien économiste de la Banque mondiale Branko Milanovic expliquait "qu'il est difficile de nier le rôle des inégalités dans la montée des populismes. En tant qu'économiste, il y a une évidence circonstancielle qui semble suggérer que les classes moyennes ont subi une période néfaste. Cette période a créé un malaise économique dans ces catégories".

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Commentaires
a écrit le 27/04/2019 à 22:43 :
L'auteur écrit : "les inégalités de salaires se sont aggravées dans le privé"
Un titre simplificateur et bien tendancieux !
Souhaitez vous que tous les salaires soient identiques ?
Toutes les expériences de salaires égaux, c'est à dire le communisme, ont conduit à la ruine, à la corruption et à l'absence de démocratie.
Plus les salaires sont proches de l'uniformité et moins il y a de motivation à travailler.
La France est le pays le plus redistributeur au monde. 57% du PIB est redistribué sous forme de dépenses publiques. Ce taux de 57% est à son plus haut historique depuis déjà quelques années.
Le salaire n'est donc que la partie apparente des revenus nets.
Si l'on prend en compte, d'un côté les impôts payés, et de l'autre les aides perçus, les écarts de revenus nets sont en France particulièrement faibles, et ce que vous appelez les "inégalités" ont sensiblement diminués au cours des dernières années !

L'auteur écrit : "Voici un travail qui permet d'éclairer l'un des ressorts de la colère des "Gilets jaunes" présents sur les ronds-points depuis cinq mois"
Rappelons que chaque samedi, moins de 50 000 personnes manifestent (ou cassent pour certains) pour une population de 67 millions d'habitants. Si on fait la règle de trois, on en déduit que 999 français sur 1000 ne manifestent pas !
Avez vous déjà parlé avec des "gilets jaunes" ? Mon épouse l'a fait récemment. Mettez les gilets jaunes au pouvoir et la France, et les gilets jaunes français, seront ruinés en quelques années !
Nous avons en France les soins gratuits, l'école gratuite, les 35 heures, la retraite à 62 ans, et accessoirement un pays aux magnifiques paysages, au climat tempéré, et où on mange bien.
Cherchez un autre pays du monde qui réunisse tout cela !
a écrit le 26/04/2019 à 19:01 :
Bonjour,
Il me semble voir dans cet article une erreur concernant "les 10% les mieux rémunérés perçoivent plus de 3.576 euros par mois (9e décile)" En effet les 10% les mieux rémunérés appartiennent au 10e décile et non au 9e. De même le 1% le mieux rémunéré appartient au 100e centile et non au 99e. Alors à quoi correspondent les chiffres 9e et 99e ou 10e et 100e?
Merci
a écrit le 25/04/2019 à 19:45 :
Ça fait 30 ans de mépris en et hors entreprise envers les syndicats et on s'étonne du résultat, ce n'est que justice, on ne récolte que ce qu'on sème, et si on ne sème rien on ne récolte rien.
a écrit le 25/04/2019 à 18:32 :
"10 ans après la crise financière, les inégalités de salaires se sont aggravées dans le privé"

Et dans 10 ans :

"20 ans après la crise financière, les inégalités de salaires se sont encore plus aggravées dans le privé"

Rien ne changera aucune illusion.
a écrit le 25/04/2019 à 14:12 :
Cela me rappelle le principe de Carnot entre source chaude et source froide ou de la différence de potentiel en électricité; quelle est le rapport optimal entre salaires qui permet de résoudre tous les problèmes que connaît la société française. Nous avons du le trouver dans le passé pendant les périodes fastes de notre histoire.
a écrit le 25/04/2019 à 11:40 :
ce n est pas seulement un mouvement de révolte sur les rémunérations c'est aussi une volonté d'intervenir sur les décisions des politiques, sur la politique menée depuis des décennies, tout ne se définit pas uniquement sur un aspect des choses.
a écrit le 25/04/2019 à 9:48 :
Le SMIC français fait partie du 1er décile mondial.
Quand ce ne sera plus le cas on pourra reparler des "pauvres smicard" de notre économie mondialisée.
On peut parler des Grecs et Espagnols qui ont vu leur SMIC respectifs baisser en numéraire depuis 2008, contrairement aux Français.
Moi je voudrais d'autres statistiques : quelle est la part de chaque décile qui cherche à augmenter ses revenus et qui y parvient. Combien de temps elle y consacre et à quelle augmentation de salaire cela correspond.
Parce que c'est ça qui est vraiment important et sans ça, cet article cherche juste à rajouter de l'huile sur le feu et à provoquer des désordres.
a écrit le 25/04/2019 à 9:06 :
c'est avant irpp et allocations
maintenant le meme schema integrant les impots et les allocs
si deja on fait allusion au niveau de vie, faut se baser sur les chiffres qui concernent les gens
ce qui est tres inquietant, c'est la smicardisation de la societe francaise, mais bon a priori ca n'inquiete personne
Réponse de le 25/04/2019 à 10:21 :
Tout le monde ne touche pas d'allocations...

Et là, on parle de salaire... de rémunération du travail.
a écrit le 25/04/2019 à 8:51 :
Ca fait à peine un rapport 3 entre le premier et le neuvième décile, et encore bien moins après aides et tarifs sociaux (un tarif social cachant en fait un renforcement de la progressivité de l'impôt) et après l'IRPP à la progressivité délirante. Ce qui fait de la France ultra-égalitariste,quasiment un pays communiste... avec les effets désastreux que ça a sur le dynamisme économique. A quoi bon être premier de cordée si c'est pour avoir un train de vie à peine supérieur à ceux qui se la coulent douce ? On ne peut que se réjouir de la timide réouverture des revenus depuis 2008, il faut aller beaucoup plus loin. Par exemple en remplaçant l'IRPP actuel à la progressivité démentielle par un impôt à taux plat prélevé à la source et individualisé sur le modèle de la CSG
Réponse de le 25/04/2019 à 10:28 :
"A quoi bon être premier de cordée si c'est pour avoir un train de vie à peine supérieur à ceux qui se la coulent douce ?"

"ceux qui se la coule douce" ? C'est-à-dire ? être femme de ménage, ouvrier, caissier, éboueur... Tous les emplois précaires... C'est "se la couler douce" ? Pensez-vous que les agriculteurs qui ne peuvent que se verser des salaires de misère "se la coulent douce" ? Tous les entrepreneurs qui galèrent...

Pour finir, pour vous, avoir un salaire triple permettrait seulement d'avoir un train de vie à peine supérieur à "ceux qui se la coule douce"...

Sérieusement ?

Personnellement, je tourne à environ 2400 € net/mois. Vu comment je consomme (peu), je peux disposer jusqu'à 1000 € par mois pour faire ce que je veux. mon salaire m'a aussi permis de faire des remboursements anticipés pour mon appartement...

Si j'avais un salaire à 1400 € net, je ne serai pas du tout dans la même situation. J'aurais toujours des échéances élevées pour mon prêt, je ne pourrais pas me faire plaisir...
Réponse de le 25/04/2019 à 13:54 :
@Bomy : se la couler douce, c'est ne faire aucun effort pour améliorer sa situation, par les heures sup, par les efforts de formation professionnelle, en créant son entreprise, en se contentant du minimum syndical en termes de formation initiale, c'est subir plutôt de d'être acteur, attendre que l'amélioration tombera du ciel. C'est se demander ce que la collecivité peut faire pour vous plutôt que de se demander ce qu'on peut faire pour la collectivité, c'est se comporter en gilet jaune.
Réponse de le 25/04/2019 à 14:00 :
@Bomy : regardez ce qui reste du salaire triple quand vous êtes imposé à un taux de 15-20% (contre 0%), que bien entendu vous ne bénéficiez ni d'APL, que vous payez tout plein pot là où d'autres ont des tarifs sociaux sur beaucoup de choses(cantines, crèches, chèque énergie,...), que bien entendu vous ne bénéficiez pas de la réduction de la TH,... Je le répète, la France est devenue un pays communiste dont le destin économique est celui d'un pays communiste. Il devient urgent de réduire considérablement la voilure de la redistribution.
Réponse de le 25/04/2019 à 17:54 :
Borny a raison et après-tout pourquoi ne pas aller passer quelques années à Cuba ou en Russie pour vivre la différence entre la France et un pays communiste (qui n'a d'ailleurs de communiste que le nom).
Pour éviter que vous pensiez que je suis un pauvre forcément aigri, je précise que je gagne 75 k€ net par an et que je trouve normal de payer des impôts en fonction de ses possibilités contributives.
Réponse de le 26/04/2019 à 23:17 :
@TR-C : un impôt à taux plat est aussi fonction de la capacité contributive; ; moi ce que je reproche au système fiscal d'IRPP français c'est son hypocrisie : sous prétexte d"égalitarisme il est ultra-progressif, moins d'un foyer fiscal sur 2 le paie, il est mité par une kyrielle de niches fiscales et sociales (légales) pour que les (rares) contribuables qui le paient ne soient pas trop tentés d'aller se faire imposer ailleurs. Là où un impôt individuel à taux plat de 15% sans niches fiscales assurerait un bien meilleur rendement et ne serait certainement pas plus injuste.
a écrit le 25/04/2019 à 8:33 :
"Cette période a créé un malaise économique dans ces catégories"

Trois fois rien donc... Alors que notre union européenne est entre les mains de l'oligarchie qui a mit Hitler au pouvoir rassurons nous encore une fois, tout va bien.

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