"La globalisation contribue à l'impuissance du politique" (Branko Milanovic)
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Branko Milanovic
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LA TRIBUNE - Quelle est la genèse de votre ouvrage sur les inégalités qui sont devenues un thème au cœur du débat économique ?
BRANKO MILANOVIC - Cela fait 30 ans que je travaille sur les inégalités à l'échelle mondiale. C'est une idée qui m'est venue quand je travaillais dans le département de recherche de la Banque mondiale. Des chercheurs de ce département travaillaient sur cette fameuse ligne de pauvreté dans le monde avec un dollar par jour. Ce qui m'a frappé au début c'est que beaucoup d'enquêtes sur les ménages existaient. La difficulté était de pouvoir les regrouper avec des ajustements en parité de pouvoir d'achat pour avoir une vision mondiale. J'ai fait une proposition en 1995. À l'époque, cela n'avait suscité aucun intérêt. Durant mon expérience à la Banque mondiale, c'était presque « une guérilla » à cause des difficultés de financement du projet.
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Quels sont les principaux enseignements que vous avez tirés de votre fameuse courbe de l'éléphant sur la période 1988-2008 ? Est-ce que les choses ont vraiment changé aujourd'hui?
Il y a trois principaux enseignements à retenir de cette courbe. Le développement économique de la Chine a permis de faire progresser la classe moyenne chinoise sur les trois dernières décennies. Il n'y a pas eu de fortes croissances des revenus parmi les classes moyennes inférieures et les catégories modestes aux États-Unis et en Europe. Enfin, le graphique indique que le Top 1%, qui correspond aux gens les plus riches en Europe, aux États-Unis, au Japon, a connu une période très faste.
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Du point de vue des pays occidentaux, cette courbe dessine plusieurs options pour les gouvernements. Dans le cas de Donald Trump, c'est une manière de justifier sa politique menée contre la mondialisation, de faire la guerre commerciale. L'autre voie possible est que les pays peuvent faire aussi de la redistribution et une meilleure répartition entre les classes aisées, ceux qui ont vraiment profité de la mondialisation et les laissés-pour-compte.
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