Le rapprochement entre le leader Penguin Random House et le numéro quatre du marché américain de l'édition Simon & Schuster se heurte à un procès antitrust lancé par le Department of Justice. L'affaire a été portée devant un tribunal de Washington où Peguin Random House et l'équivalent américain du ministère de la Justice s'affrontent. L'écrivain mondialement connu Stephen King est même venu donner son opinion contre une acquisition qui serait, selon lui, défavorable aux auteurs et à leur rémunération.Dans l'univers américain de l'édition, le projet de rachat par Penguin Random House (PRH) de Simon & Schuster (S&S), annoncé fin 2021 pour 2,2 milliards de dollars, avait pris des allures de deal du siècle. Le procès intenté par le Département américain de la Justice (DoJ) contre Penguin Random House afin de bloquer ce rapprochement historique prend logiquement des proportions spectaculaires aux Etats-Unis. Non pas que les médias et la société états-unienne se soient soudainement pris de passion pour le droit concurrentiel. L'engouement tient aux personnalités qui se rendent à la barre pour éclairer la décision du juge de Washington dans un secteur proche du grand public.
Stephen King à la barre aux côtés duDepartment of Justice
Tout ce que l'Amérique compte de sommités dans l'édition participe à ce procès, qu'il s'agisse de patrons de grandes maisons d'édition, d'agents littéraires appuyés par des avocats célèbres et, évidemment, d'écrivains de renom. L'auteur de polars Stephen King en personne est venu témoigner mardi dans un tribunal de la capitale américaine. Connu pour ses idées politiques et ses avis tranchés sur l'industrie du livre, King brandit son opposition à la fusion entre PRH et S&S et prend le parti du Department of Justice.
Au-delà des célébrités qui donnent leur regard sur cette hypothétique fusion, les acteurs en présence débattent d'une décision qui va bouleverser l'industrie de l'édition outre-Atlantique.
Le futur géant de l'édition accaparerait la moitié des meilleures ventes
Du côté des opposants au rapprochement entre Penguin Random House et Simon & Schuster, le principal argument relève de l'antitrust, c'est-à-dire de l'action gouvernementale visant à éviter qu'un trop petit nombre d'entreprises ne contrôle étroitement le secteur et dicte ses conditions aux fournisseurs (les écrivains) et aux clients. « Cette acquisition permettrait à Penguin Random House, qui est déjà le plus gros éditeur du monde, d'exercer une influence démesurée sur la nature des livres publiés et la rémunération de leurs auteurs », s'inquiète dans un communiqué le Department of Justice. Le ministère placé sous l'autorité de l'administration Biden considère que le marché américain est déjà « très concentré » et voit un risque d' « oligopole ». En cas d'autorisation de la fusion, la grande maison d'édition que formeraient PRH et S&S représenterait la moitié des droits d'auteurs versés aux écrivains, essentiellement sous forme d'avances.