ENTRETIEN - Longtemps méfiante vis-à-vis des préférences industrielles européennes, l’Estonie nuance aujourd'hui sa position à La Tribune. L'État balte, frontalier de la Russie, est désormais prêt à soutenir le « Made in Europe », « sans tomber dans une logique d'isolement », et à la condition que l'Union européenne tienne ses objectifs.
À 35 ans, Erkki Keldo est le ministre « libéral classique » de l'Économie et de l'Industrie de l'Estonie. Dans ce pays de 1,3 million d’habitants, membre de l'Union européenne, les russophones représentent environ 30 % de la population. Face à un « schéma d'agression », Tallinn se prépare.
Jusqu'à signer, début juillet, un accord de coopération inédit avec Kiev pour importer des drones, des technologies et l'expérience militaire acquise par le pays en guerre contre Moscou. En faisant notamment de l’Ukraine un partenaire clé de sa défense, l’Estonie acte une rupture.
LA TRIBUNE -L'économie estonienne, autrefois très liée à la Russie, a été durement touchée depuis le déclenchement de la guerre. Comment se porte-t-elle aujourd'hui ?
ERKKI KELDO, ministre de l'Économie – Il y avait des importations et des exportations de marchandises entre l'Estonie et la Russie. Les échanges commerciaux avaient atteint leur maximum ces dernières années. Après l'agression russe contre l'Ukraine, la situation a été très difficile. Il existait des activités de transit et certaines entreprises estoniennes étaient présentes sur le marché russe. Mais lorsque l'agression a commencé, beaucoup d'entre elles ont perdu leurs actifs ou leur capital en Russie.
Aujourd'hui, nous enregistrons une croissance solide d'environ 2 %, parmi les plus fortes que nous ayons connues récemment. Elle est générée par deux moteurs : d’abord, la dynamique de notre industrie et, ensuite, en 2026, nous avons réduit l'impôt sur le revenu, redonnant près de 800 millions d'euros supplémentaires dans les poches de nos citoyens. La consommation a augmenté grâce à cette réforme fiscale de grande envergure.
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En plus, nous constatons une reprise du commerce extérieur : nos entreprises exportent davantage et ont réussi à trouver de nouveaux débouchés, notamment aux États-Unis et en Allemagne. Nos principaux partenaires commerciaux restent les pays nordiques, en particulier la Suède, mais nous savons aussi que les économies scandinaves ont traversé une période difficile ces dernières années. Les entreprises estoniennes ont fait preuve d'une réelle capacité d'adaptation. Dans l'ensemble, nous restons une économie de petite taille et très ouverte sur le reste du monde. Notre programme e-Residency attire aujourd'hui 137 000 créateurs d'entreprise issus de 170 pays, dont 6 400 Français.