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ÉconomieInternational

New York dit toujours "welcome" aux migrants aux Etats-Unis

Photo de Les correspondants de La Tribune

Marie-Aude Panossian, à New York

Publié le 03 juin 2015 à 16:15 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 05:50

New York City

New York City

Reuters

Le Quotidien Numérique

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Les inégalités ont beau y être criantes, les États-Unis continuent de nourrir le mythe du "Rêve américain", fondé sur l'espoir d'une réussite promise à quiconque ne ménage pas sa peine... New York, porte d'entrée de cette Amérique qui doit tout à l'immigration, est plus que jamais aux petits soins pour ses nouveaux arrivants.

Il y a quelques mois, Sophia a fêté ses 10 ans et convié pour l'occasion la moitié de sa classe ainsi que des parents et amis. L'anniversaire s'est déroulé dans un des petits jardins communautaires du Lower East Side, quartier longtemps connu pour ses vagues migratoires successives, mais qui, aujourd'hui, ne fait plus figure d'original tant la mixité ethnique a gagné New York City.

Ce jour-là donc, outre l'anglais et l'espagnol, on pouvait aussi entendre de l'hébreu, du hongrois, du finlandais, du français, du roumain et du persan, chacun des participants parlant au minimum deux langues couramment. Un fait qui étonnerait à Paris mais qui s'avère banal dans cette ville où 37% de la population, soit 3.066.599 habitants sur 8,34 millions, vient d'ailleurs, selon un rapport de 2013.

Cette proportion fait de Gotham et des quatre autres boroughs (arrondissements), l'agglomération qui accueille le plus grand nombre d'immigrés de tout le pays. Étrangers qui - et c'est la seconde particularité -, arrivent des quatre coins de la planète.

«Notre émigration est plus diverse que jamais",confirme Joseph Salvo, qui, au New York City Department of City Planning, est directeur de la Population Division. "Cette diversité des lieux d'origine fait de New York une ville unique dans notre nation."

Et même au monde. Mais s'il suffit de prendre le métro pour entendre jusqu'à huit cents langues différentes, dix pays font la course en tête, dont la République dominicaine, la Chine (bientôt en passe de constituer le groupe le plus fort), le Mexique, la Jamaïque ou la Guyane... Plus d'un tiers de ces personnes ont foulé le sol américain dans les années 2000, voire plus tard. Les raisons de cet exil récent ? Elles sont politiques, économiques et sociales, mais elles procèdent d'une même attirance pour l'American Dream.

American Dream? Il y a juste "plus d'opportunités ici qu'ailleurs"

New York City, ville où beaucoup survivent plutôt qu'ils ne vivent, continue, dans l'imaginaire planétaire, d'incarner le rêve américain dont les principes - droit à l'égalité, à la liberté comme à la poursuite du bonheur - se trouvent inscrits dans la Déclaration d'indépendance. Dans un monde inégalitaire, l'aspiration aux libertés fondamentales et à une ascension sociale par le mérite poussent des individus de tous milieux à tout quitter... pour tout reconstruire ici. Y compris de jeunes Français diplômés.

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Mathilde a 24 ans, vit depuis près de deux ans à New York avec son époux, David, 25 ans. Elle explique son choix :

"Franchement, l'expression "American Dream" me paraît dater. Je dirais plutôt qu'ici, il y a plus d'opportunités qu'ailleurs. Plein d'entreprises, plein de travail, plus de possibilités pour évoluer qu'ailleurs."

Mythe ou réalité, le mouvement d'attraction en tout cas ne date pas d'hier. Ainsi, entre 1880 et 1920, période qui a vu New York passer du statut de petite ville portuaire à celui de métropole industrielle, l'immigration atteint un de ses grands pics. En quarante ans, la population triple, notamment grâce à l'arrivée de 1,3 million d'Européens. Près d'un siècle plus tard, entre 1980 et 2000, Big Apple connaît un nouvel afflux : 1,2 million de citoyens du monde s'installent, tandis que 250.000 New-Yorkais nés aux États-Unis partent. Jusqu'en 2013, le flot ne tarit pas. Il fluctue seulement, selon les années.

Des immigrants accueillis à bras ouverts

En tout cas, ces migrants sont accueillis à bras ouverts par les autorités, toutes couleurs politiques confondues. Car, légaux ou illégaux, ceux qui sont prêts à beaucoup sacrifier pour se construire un avenir plus sûr sont considérés comme une chance pour l'économie. Une source de richesse pour la ville, comme en témoignent de nombreux rapports sur le sujet.

Premier argument de ces travaux : ces arrivées ont d'abord permis de stabiliser le nombre d'habitants de New York qui, dans les années 1970, avait subi une perte de 10%, puis de l'augmenter pour atteindre les 8,34 millions en 2012. Second point mis en avant : cette population déploie une activité économique intense. Représentant 47% de la population active, ces immigrés travaillent pour moitié dans le secteur des services (baby-sitters, aides-soignants, infirmiers, gardiennage, ménage, domestiques...), le transport (chauffeurs de taxi) ou le bâtiment.

On trouve l'autre moitié (48%), à la tête d'entreprises dans la restauration, le transport, l'entreposage... selon un rapport de 2013.

Un apport de 210 milliards de dollars pour New York

Ce dynamisme se traduit par un fort apport financier bénéfique à la bonne marche de la cité. Ainsi, selon les estimations du contrôleur de l'État, en 2011, les immigrants ont contribué pour 210 milliards de dollars à l'activité économique de New York, ce qui représente 31% du GCP (Gross City Product).

Entre 2000 et 2011, leur participation à l'activité économique de la ville a augmenté de 63% alors que celle des citoyens nés aux États-Unis n'était « que » de 53%. Tout aussi symptomatique, on estime que sans les 1,3 million installés depuis 1980, la municipalité aurait perdu 500 milliards de dollars en taxe foncière et aurait été obligée d'augmenter les impôts pour payer les fonctionnaires. Enfin, autre effet non négligeable de cette vague migratoire, les populations laborieuses ont repeuplé des quartiers que l'abandon menaçait et les ont de fait préservés d'une forte criminalité.

Des entorses aux lois sur l'immigration pour aider les migrants à rester

Considérant ces atouts dans un pays où, par ailleurs, la concurrence existe entre des villes comme Philadelphie, Detroit ou Nashville pour accueillir des immigrés, la municipalité déploie de gros efforts pour leur donner envie de rester. Quitte par exemple à ne pas exécuter certaines instructions des autorités fédérales sur l'immigration.

Ainsi, en octobre dernier, le conseil municipal a voté une loi refusant la coopération avec le département d'État et s'engage à ne pas arrêter ou emprisonner un individu au seul motif qu'il n'aurait pas de papiers. Sauf s'il était suspecté d'activités terroristes. La protection des immigrés en situation irrégulière (643.000 illégaux, pour la plupart venus des Caraïbes et d'Amérique du Sud) passe aussi par la création de la carte d'identité municipale appelée "IDNYC Card" qui va permettre à ces personnes, comme aux SDF d'ailleurs, d'ouvrir un compte en banque, de louer un appartement, d'aller à l'hôpital...

"Cela correspond à la promesse que j'ai faite pour améliorer le cadre de vie de tant de New-Yorkais qui ont besoin d'être reconnus et respectés",a déclaré Bill de Blasio, le maire de New York, le 12 janvier dernier. "En tant que ville d'immigrants, nous devons honorer notre histoire."

La ville offre gratuitement, interprètes, cours de langues ou de business

Cette volonté de sédentariser les nouveaux venus passe aussi par une prise en compte très pratique de leurs difficultés d'insertion. Ainsi, depuis 2008, les services publics en contact direct avec le public mettent gratuitement à disposition des traducteurs et interprètes dans les six langues les plus parlées, à savoir l'espagnol, le chinois, le coréen, le créole de Haïti, le russe et l'italien.

Dans le même esprit, et partant du principe que 49 % des immigrés parlent une autre langue que l'anglais chez eux, des cours gratuits d'anglais sont proposés dans les bibliothèques municipales de Manhattan, du Bronx et de Staten Island.

"Avec l'arrivée continue de millions d'immigrants,explique Elaine, directrice du "Aguilar Adult Learning Center", à East Harlem,le besoin d'avoir de plus en plus de cours de langues s'est fait sentir. On est passé de 1.000 étudiants à 5.000 l'an passé. Ce programme est financé grâce à des donations privées, une participation de la ville et de l'État afin d'aider les élèves à communiquer dans leur vie quotidienne."

Différents cours pour démarrer un business, gérer des comptes ou pour apprendre comment obtenir un microcrédit sont également offerts à ceux qui rêvent de se lancer.

Reste maintenant à savoir si tous ces outils et opportunités vont suffire à retenir cette population dans l'une des villes les plus chères du pays. En 2011, un peu plus de 40 millions d'immigrés vivaient aux ÉtatsUnis et 7,6% habitaient à New York, contre 9,2% en 2000.

S'installer revient souvent à repousser le moment de fonder une famille dont l'entretien nécessite des moyens. Un choix qui fait peser à terme une menace sur l'avenir de ce patchwork ethnique unique qu'est New York.

L'histoire (méconnue) de Governors Island

Si tout le monde connaît l'existence d'Ellis Island qui, à partir du 1er janvier 1892, est devenue le grand centre d'immigration de la ville, passage obligatoire avant de pouvoir pénétrer aux États-Unis, on ignore souvent le rôle joué par Governors Island un siècle plus tôt. Cette petite île de 80 hectares, située à un kilomètre du sud de Manhattan, appartenait à l'Angleterre au XVIIIe siècle.

En 1710, elle devient le lieu de mise en quarantaine pour quelque 10.000 protestants allemands, réfugiés du Palatinat d'où ils avaient été chassés par les armées de Louis XIV, ce qui a poussé la reine Anne d'Angleterre à vouloir les protéger en leur offrant l'asile à Manhattan. Cependant, à l'issue de la traversée, beaucoup de migrants arrivèrent malades du typhus et autres affections contaminantes. Ils ont alors été placés en quarantaine sur la petite île.

Deux cent cinquante personnes au moins en sont mortes et ont été enterrées sans que l'on sache vraiment où. Une fois les migrants partis sur le continent, cette petite terre s'est transformée en place forte. Puis, de nouveau entre 1794 et 1799, Governors Island a recueilli les migrants malades. À cet effet, des hôpitaux et bâtiments administratifs ont été construits, dont certains commencent seulement à être rénovés.

Marie-Aude Panossian, à New York

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