Sur la question des migrants, la position officielle française se situe à des années-lumière de celle d'Angela Merkel... Et Manuel Valls, de façon peu délicate, ne s'est pas gêné pour le dire sur... le sol allemand. C'était, il est vrai, avant l'accord trouvé - mais qui devra se confirmer dans les faits - entre l'Union européenne et la Turquie.
En déplacement à Munich le 13 février, le Premier ministre a lancé :
« L'Europe ne peut pas accueillir davantage de réfugiés » et il s'est dit absolument « pas favorable » à la mise en place d'un mécanisme de répartition des migrants dans les pays de l'Union européenne, contrairement à ce qu'avait suggéré Angela Merkel.
Manuel Valls s'est dit d'accord pour accueillir 30.000 réfugiés en France, mais pas un de plus... Toujours à Munich, le Premier ministre français est allé bien plus loin encore, estimant que la venue massive de migrants « peut finir par détruire les fondements de l'Europe (...). Il faut un contrôle assuré des frontières extérieures de l'Union, sinon ce sera le retour des frontières intérieures »... et donc la fin des accords de libre circulation de Schengen.
Une position très dure, donc, du Premier ministre sur le dossier des migrants. Attitude qu'il justifie par la situation de la France qui se caractérise par un taux de chômage élevé et une démographie dynamique, à la différence de celle de l'Allemagne, pays vieillissant et au faible taux de chômage. Mais, surtout, en arrière-fond, il y a aussi le chômage élevé et les scores du Front national qui, aux dernières élections régionales, a dépassé les 40% dans certaines régions. Pas question donc, dans ce contexte, d'offrir un dossier en or au parti de Marine Le Pen.
D'ailleurs, à l'appui de sa thèse, Manuel Valls pourra arguer que la position « humaniste » d'Angela Merkel s'est soldée par une percée significative du parti de droite xénophobe et eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD) dans trois länder allemands, lors des élections régionales du 13 mars.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Il n'empêche que cette position martiale du Premier ministre n'a pas été du goût de tout le monde au sein du parti socialiste et du gouvernement. Ainsi, dans le quotidien Le Monde daté du 25 février, Martine Aubry a cosigné avec de nombreux intellectuels - dont Daniel Cohn-Bendit - une tribune au vitriol où elle dénonce « la meurtrissure de l'indécent discours de Munich ».
Jean-Marc Ayrault aussi, nouveau ministre des Affaires étrangères, s'est offusqué des déclarations de Manuel Valls, et a défendu la position d'Angela Merkel :
Même Emmanuel Macron, le trublion ministre de l'Économie, a fait savoir qu'il « aurait pu signer » ce volet-là de la tribune de Martine Aubry...
À droite aussi, la question des migrants donne lieu à des propos et propositions musclés. De François Fillon qui veut « ramener les migrants chez eux » à Nicolas Sarkozy qui évoque « une fuite d'eau » et parle de « 10 millions de Syriens en marche pour l'Europe ».
Il n'y a guère qu'Alain Juppé pour avoir reconnu que la France avait largement la possibilité d'accueillir 24.000 migrants... Dix ans de crise économique et un Front national aux aguets sont passés par là. La France se barricade derrière ses frontières. Et la question des migrants risque bien de s'inviter au coeur de la campagne pour la présidentielle de 2017...
Nouveaux droits de douane : les États-Unis infléchissent leur offensive face à Bruxelles
« 2026 pourrait être la pire année depuis 2013 » : le pouvoir d'achat des Français va souffrir
« C’est le bon moment pour investir dans l'immobilier » : malgré la crise du logement, un nouveau fonds d'investissement se lance
Pêche : la transformation artisanale, une solution pour survivre ?