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RAPPEL: Il y a une corrélation NEGATIVE entre dette publique et taux d'intérêts

Pascal-Emmanuel Gobry

Publié le 05 septembre 2012 à 05:58 - Mis à jour le 05 septembre 2012 à 06:27

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Faible, mais réelle.

Alors que la nouvelle que la dette publique américaine atteint 16 mille milliards de dollars risque de faire pas mal de bruit, il convient de rappeler un fait qui échappe à beaucoup de monde: il y a pas de lien fort constatable entre niveau de dette publique et taux d'intérêts.

Peut être devrait-il y en avoir un en théorie (en fait non), mais en pratique ce n'est pas ce qu'on constate. On constate même l'inverse: il y a une légère, mais réelle, corrélation négative entre dette et taux d'intérêts. Autrement dit, statistiquement, plus un pays a de dette, plus ses taux d'intérêts devraient être faibles. C'est ce que montre ce graphique créé par Business Insider à partir de données Bloomberg:

On va répéter, tellement c'est contre-intuitif: statistiquement, une dette plus élevée est liée à des taux plus bas.

La corrélation est faible, mais s'il y a une chose qui est certaine c'est qu'on ne peut pas affirmer au regard des faits qu'une dette élevée mènera à des taux d'intérêts élevés.

Que constate-t-on de plus dans ce graphique: d'abord, le caractère tout à fait objectivement exceptionnel de la Grèce, qui est très loin dans le quadrant haut-droit du graphique. Oui, la Grèce a une dette élevée et des taux élevées. C'est aussi un cas exceptionnel. La prochaine fois qu'un politicien agitera le spectre grec pour vous vendre telle ou telle mesure, gardez ça à l'esprit.

Le Japon est dans le cas inverse: dette extrêmement élevée, taux extrêmement faibles.

Alors, pourquoi cet état?

D'abord parce qu'on "prête aux riches": un pays qui pourra beaucoup emprunter est un pays qui aura une forte capacité à rembourser, et donc ces pays-là auront tendance à être plus endettés. Ca montre l'inutilité absolue du ratio dette/PIB, qui compare un stock (dette) à un flux (PIB).

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Mais aussi la raison pour laquelle il n'y a pas de lien est qu'il ne devrait pas y en avoir. Les taux d'intérêts de la dette d'un pays sont liés à sa situation macroéconomique, pas à sa dette. Et la capacité à rembourser d'un Etat souverain est liée à la valeur de sa monnaie, pas à son passif.

Comment ça?

Ce qui détermine les taux d'intérêts de la dette d'un Etat, en règle général, c'est sa situation macroéconomique. En effet, en fonction de ce qu'ils attendent de la situation, les investisseurs choisissent entre des investissements plutôt sûrs (obligations) ou plutôt risqués (actions et autres). Si l'économie est mauvaise, les investisseurs vont se réfugier en masse dans les obligations d'Etat, car ils n'arrivent pas à trouver un rendement dans le reste de l'économie et ne veulent pas prendre de risque. Sous l'effet de la demande, les taux vont baisser. Si l'économie repart, les investisseurs vont partir acheter des actions et d'autres actifs à plus haut rendement, et les taux obligataires vont augmenter. C'est basique. En aucun cas le taux d'endettement de l'Etat en question ne rentre en ligne de compte.

Et un Etat souverain peut rembourser sa dette tant que sa monnaie a de la valeur, pourquoi? Parce que la dette s'assimile à de la monnaie. Les Etats-Unis, le Japon et la Grande-Bretagne peuvent financer leur dette parce que des gens de par le monde veulent détenir des dollars, des yens et des pounds. Ces dollars, ces yens et ces pounds se retrouvent dans des banques américaines, japonaises et britanniques. Et que font ces banques américaines, japonaises et britanniques de ces dépôts? Ils les mettent dans des actifs sûrs, c'est-à-dire des obligations souveraines américaines, japonaises et britanniques.

Pourquoi ce mécanisme s'est-il cassé dans la zone euro? D'abord parce que soudain, une banque grecque (ou française ou belge...) peut, avec les mêmes euros, acheter des obligations allemandes à la place d'obligations grecques. Elles font donc un arbitrage qui disloque les taux. Mais surtout, parce qu'un autre rouage essentiel du mécanisme, la banque centrale, ne fonctionne plus. Dans un système monétaire moderne, la banque centrale est garante du système monétaire et le fait fonctionner, et est donc garante de la dette publique qui, par son rôle dans le système monétaire, est une forme de monnaie. Elle peut créer une quantité infinie de monnaie pour racheter autant de dette que nécessaire. Et tant que des gens voudront la monnaie en question, ça marchera. Mais si ce garant de dernier ressort décide, comme la BCE l'a fait sous la pression allemande en 2009, de ne pas garantir les dettes qu'elle est censée garantir, le mécanisme se brise et c'est la panique.

Bref, si vous voulez comprendre les taux d'intérêts, ne regardez pas la dette. Regardez la situation macroéconomique et le système financier.

Pascal-Emmanuel Gobry

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