L'échec de Cécile Duflot, une victoire à la Pyrrhus pour François Hollande ?

L'échec de Cécile Duflot a la primaire écologiste tient notamment à la stratégie de François Hollande qui ne voulait pas la voir se présenter à la présidentielle pour grappiller quelques voix. Oui mais...
Jean-Christophe Chanut
Entre François Hollande et Cécile Duflot se fût longtemps je t'aime moi non plus. Mais le président de la République a tout fait pour que Cécile Duflot ne soit pas en position de se présenter en 2017.
Entre François Hollande et Cécile Duflot se fût longtemps "je t'aime moi non plus". Mais le président de la République a tout fait pour que Cécile Duflot ne soit pas en position de se présenter en 2017. (Crédits : reuters.com)

Caramba, encore raté ! Cécile Duflot ne sera pas candidate à la présidentielle de 2017, elle qui avait déjà volontairement renoncé à postuler en 2012 pour mieux préparer l'échéance d'après. Patatras! l'ancienne ministre du Logement n'est arrivée que troisième à la primaire organisée par Europe-Ecologie-Les Verts (EE-LV), avec 24,41% des suffrages, loin derrière Michèle Rivasi (30,16%) et surtout Yannick Jadot (35,61%), tous les deux députés européens. Certes, les militants d'EE-LV ont l'habitude de couper les têtes qui dépassent dans les rangs écolos. Dominique Voynet ou Nicolas Hulot sont bien placés pour le savoir. Mais, au-delà de cette maladie infantile chez les écologistes, c'est la personnalité de Cécile Duflot qui a aussi énervé.

Duflot trop "politicienne"

Beaucoup de militants lui reprochent d'avoir perdu de sa fraîcheur pour devenir une « vraie politicienne » rompue à tous les jeux du « système ». Surtout, ils ne comprenaient plus très bien sa ligne. Affichant en 2011 sa très grande proximité avec Martine Aubry, elle arrache un accord électoral avec le PS très favorables aux « écolos ». Puis elle entre au gouvernement de Jean-Marc Ayrault comme ministre du Logement où elle parvient à faire voter l'emblématique loi « Alur » sur l'encadrement des loyers qui fera grincer des dents jusque dans les rangs socialistes.

Déjà, à cette époque, son inimitié avec Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, est flagrante. Certes, Cécile Duflot avale quelques couleuvres avec Notre-Dame-des-Landes, Fessenheim, la taxe carbone... mais malgré quelques alertes, elle reste quand même au gouvernement, ce qui satisfait d'ailleurs François Hollande soucieux de ne pas réduire sa majorité au seul PS. Mais quand Manuel Valls devient premier ministre en 2014, les ministres EE-LV quittent le gouvernement. Et, manifestement, Cécile Duflot envisage alors de se présenter à la présidentielle de 2017. Mais sa tactique désarçonne en interne. Elle fait un pas de deux avec Jean-Luc Mélenchon, puis elle s'en éloigne ; conteste la primaire au sein de son parti puis s'y rallie. Surtout, elle s'installe dans une sorte de radicalité face au PS et à François Hollande.

Hollande bienveillant à l'égard des dissidences au sein d'Europe- Ecologie- Les Verts

Le président de la République est justement à la manœuvre. Il sait que le ticket pour accéder au second tour de la présidentielle va être très cher. Encalminé dans les sondages, il doit absolument faire le ménage à gauche pour avoir une toute petite chance de s'en sortir au premier tour. Il faut donc tout faire pour torpiller une candidature Duflot. Cette dernière, même en réalisant entre 3% et 5% des suffrages à la présidentielle, risque en effet de barrer la route à François Hollande déjà en grande difficulté... D'autant plus que les voix de gauche vont davantage encore s'éparpiller avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon... voire d'un candidat communiste. François Hollande va donc faire des appels du pied à différents membres d'EE-LV en rupture avec Cécile Duflot. Successivement, ainsi, Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili, François de Rugy, Denis Baupin vont quitter le parti pour créer un mouvement dissident. Mieux, François Hollande fera entrer au gouvernement plusieurs de ces personnalités. Dès lors, EE-LV se recroqueville, d'autant plus que les grands parrains du mouvement, tel Daniel Cohn-Bendit, prennent leurs distances, fatigués de toutes ses batailles de chapelles. Les militants sont las de toutes ces manœuvres et autres psychodrames politiciens...

Une victoire pour Hollande, oui mais pour quoi faire?

C'est cela qui a fait chuter Cécile Duflot à la primaire de son mouvement. Elle qui fût si longtemps surnommée « Maman » - Jean-Vincent Placé lui était « Papa » - au sein du parti a été victime d'un matricide. Certes, cela risque de dégager la voie à François Hollande, car il va être difficile au vainqueur de la primaire EE-LV, Yannick Jadot ou Michèle Rivasi - les résultats seront connus le 7 novembre - d'obtenir leurs cinq cents parrainages. Performance que Cécile Duflot aurait peut-être réalisée eu égard à sa notoriété.

Reste que la chute de Cécile Duflot pourrait constituer une victoire à la Pyrrhus pour François Hollande. Certes, s'il décide de briguer un second mandat, il sera sans doute débarrassé d'un candidat « écolo » doté d'un certain charisme. Mais les quelques pourcentages de voix grappillés pourraient ne pas être de toute façon suffisants, tant François Hollande se trouve dans une situation très affaiblie.

Jean-Christophe Chanut

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Commentaires 7
à écrit le 21/10/2016 à 12:15
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Et la France dans tout ça ? Atterrée ? Peut-être A terre ? Sûrement

à écrit le 21/10/2016 à 7:37
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Hollande est serein,les vrais écologistes qui comptent(Cosse,Placé) sont au gouvernement et non dans l'opposition.le succès mondial de la COP 21 c'est le gouvernement,pas les farfelus de EELV

à écrit le 20/10/2016 à 20:56
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Zéro + néant = vide intersidéral....on prête beaucoup à M. Hollande....alors qu'au final.....

à écrit le 20/10/2016 à 19:31
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Pour moi Duflot s'est surtout autodétruite toute seule comme une grande. Faire quitter les Verts du gouvernement à quelques mois de la COP21 ou ne parler uniquement que des questions sociétales au détriment de l 'écologie et de l 'économie verte, c'é...

à écrit le 20/10/2016 à 19:10
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quel vaudeville : à mourir de rire !

à écrit le 20/10/2016 à 19:03
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@ BONSOIR : faut pas en rajouter deux fêlées de la touffe en politique à gauche ça suffit pas besoin d'une troisième ..... Une chose est certain Nadine MORANO du parti des ripoublicains est battue à plate couture par ces trois là !

à écrit le 20/10/2016 à 18:47
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Espérons qu'un maximum de voix écolo-socialistes se reporteront sur le candidat(e) issu du traitement démocratique sans fongicide, pesticide et insecticide, alors!

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