Les volte-face à répétition du Front national sur l'euro

Par Grégoire Normand  |   |  1152  mots
L'autre point qui sème la confusion concerne le calendrier de mise en œuvre. (Crédits : Reuters/Charles Platiau)
Marine Le Pen et les cadres du FN ont multiplié les déclarations contradictoires à propos de l'euro durant le week-end. La transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne ne serait plus "un préalable à toute politique économique". Par ailleurs, elle prône le retour d'une monnaie nationale sans vraiment fixer de calendrier clair ni de modalités précises sur sa mise en place.

Le Front national entretient le flou sur l'euro depuis des mois. Constatant que les trois quarts des Français sont contre un retour du franc, le parti frontiste ne cesse d'exprimer des positions ambiguës et contradictoires, surtout depuis la mise en place de l'alliance entre Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen ce week-end.

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L'accord avec Dupont-Aignan explique en partie cet infléchissement

Lors d'un point presse organisé samedi 29 avril, Marine Le Pen a annoncé un accord commun avec le candidat de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, pour le second tour de la présidentielle. Dans cet accord, il est précisé que "pour réussir, une telle alliance doit se conclure sur des engagements clairs de part et d'autre capables de clarifier et d'enrichir le projet présidentiel de Marine le Pen".  Le document fait la liste de six engagements pour concrétiser cette alliance. Sur la question de l'euro, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ont ainsi indiqué :

"La transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n'est pas un préalable à toute politique économique, le calendrier sera adapté aux priorités et défis immédiats que le gouvernement de la France devra relever. Tout sera fait pour organiser sereinement la transition de la monnaie unique vers une monnaie commune et la mise en œuvre concertée du droit pour chaque pays de gérer sa monnaie et sa banque centrale."

Nicolas Dupont-Aignan a ajouté dans une interview sur BFM TV que "sur l'euro, j'avais évolué et je pense avoir convaincu Marine Le Pen qu'il fallait prendre le temps de la négociation". Le maire de Yerres a souligné que "leur pacte de gouvernement" prévoit "une transition de la monnaie unique à la monnaie commune". Cela doit permettre "une flexibilité de l'euro sans pour autant abandonner une coordination monétaire".

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Une monnaie commune plutôt qu'unique ?

Le rétablissement d'une monnaie nationale n'a cessé d'être relégué dans les priorités affichées par le Front national. Dans ses 144 engagements pour l'élection 2017, Marine Le Pen mettait en avant l'engagement que "le rétablissement d'une monnaie nationale à notre économie" pourrait constituer "le levier de notre compétitivité". Ce serait ainsi le moyen de "retrouver notre liberté et la maîtrise de notre destin en restituant au peuple français sa souveraineté (monétaire, législative, territoriale, économique)."

Dans sa profession de foi pour le deuxième tour de l'élection présidentielle, la notion de souveraineté monétaire a disparu totalement des engagements laissant la place à "une monnaie commune". La députée européenne propose simplement que pour "restaurer la démocratie et rendre la parole au peuple", cela se fera "en renégociant les traités européens pour retrouver notre souveraineté et bâtir une Europe des nations".

Au micro d'Europe 1 ce dimanche 30 avril, le vice-président du Front national Florian Philippot a d'ailleurs soutenu que "l'on pouvait faire beaucoup de choses sans sortir de l'euro".

Dans un entretien accordé au Parisien, la conseillère régionale des Hauts-de-France a apporté quelques précisions sur le type de transactions qui seront concernées par la monnaie commune,  "monnaie qui ne concernera pas les achats quotidiens mais uniquement les grandes entreprises qui font du commerce international". Invitée à s'expliquer sur un retour au franc, elle a ajouté :

"Nous aurons une monnaie nationale comme tous les autres pays et nous aurons ensemble une monnaie commune. Voilà, c'est aussi simple que ça. Il faut maîtriser la monnaie et l'adapter à l'économie parce qu'aujourd'hui la monnaie unique est un boulet."

Pas de contradiction pour Marine Le Pen

Interrogée sur de possibles incohérences par RFI, Marine Le Pen a affirmé lors d'un déplacement à Gardanne dans les Bouches-du-Rhône ce week-end qu'il n'y avait "aucune contradiction" rejetant la faute sur les médias :

"Il n'y a absolument aucune contradiction. Ce sont, je crois, un certain nombre de médias qui ont mal compris le propos qui a créé cette confusion. Je négocie au nom des Français, avec le mandat qu'ils m'auront donné. Je soumets cette négociation à un référendum car nous sommes très attachés à l'Europe. Mais pas celle-là.[...] Ça fait assez longtemps que je réclame la transformation de la monnaie unique vers la monnaie commune. Par conséquent, il n'y a là aucune contradiction. Oui, je pense qu'on peut parfaitement conserver l'euro monnaie commune."

La confusion qui règne au sein des cadres du Front national et dans les promesses sur la question de l'euro pourrait jouer en défaveur de Marine Le Pen. En effet, toutes ces sorties marquent le manque de cohérence dans l'équipe de la candidate qui pourrait encore nuire à la crédibilité de son programme.

Flou sur le calendrier

L'autre point qui sème la confusion concerne le calendrier de mise en œuvre. À plusieurs reprises, la candidate du Front national a affirmé que si elle était élue, elle débuterait "immédiatement" une négociation avec l'Union européenne qui devrait durer six mois pour "restituer au peuple français sa souveraineté monétaire". Dans un entretien au Monde daté du 2 février, elle précisait que "six mois après mon élection j'organise un référendum sur la sortie de l'UE" et donc de la zone euro. Mais ce calendrier de départ a fait l'objet de plusieurs commentaires de la part de membres du parti d'extrême droite semant le trouble.

Devant la presse, la députée FN du Vaucluse Marion Maréchal Le Pen a ainsi déclaré ce samedi à Paris :

"Marine Le Pen attendra les élections européennes en 2018 dans l'espoir de voir arriver aux affaires nos alliés, notamment en Italie. À partir de là, elle entamera des négociations pour défendre les intérêts de la France sur la suppression des travailleurs détachés par exemple, la primauté du droit français sur le droit européen, la possibilité de faire du protectionnisme et la question de la monnaie".

Elle a par ailleurs estimé à propos du délai de six mois que "cette position, même sur le plan des traités stricto sensu et du droit, n'apparaissait pas tout à fait réalisable." "Ça sera un long processus, un processus mûri, ce sera un processus profondément démocratique", a-t-elle ajouté.

Jérôme Rivière, membre du conseil stratégique et conseiller Défense de Marine Le Pen, a même repoussé cette échéance au micro de RFI le 1er mai.

"Le calendrier, le séquencement des objectifs, est que cette souveraineté monétaire est un objectif pour la fin du quinquennat, plus qu'un objectif pour les premiers jours du quinquennat."