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ÉconomiePrésidentielle 2017

Financement du déficit : mais où va Marine Le Pen ?

Photo de Mathias Thépot

Mathias Thépot

Publié le 08 février 2017 à 07:34 - Mis à jour le 19 février 2017 à 23:09

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La présidente du Front National propose de « remettre de l'ordre » dans les finances publiques. Mais, en parallèle, elle mise sur des baisses d'impôts et des hausses de dépenses... qui seraient en partie financées par la Banque centrale qu'elle veut, de nouveau, indépendante.

Il fut un temps où le Front National était résolument libéral économiquement, où il dénonçait la gabegie de l'Etat, et où il reprenait volontiers certaines idées du président américain Ronald Reagan, avec qui le parti fondé par Jean-Marie Le Pen partageait un anti-communiste prononcé. Mais, ces dernières années, la ligne a changé du côté de l'extrême droite française. Assumant ce virage, la présidente du FN, Marine Le Pen, mise désormais sur un « Etat-stratège » sur fond de « priorité nationale ». Un dernier thème qui reste, en revanche, profondément ancré dans la doctrine frontiste, comme tout au long des dernières décennies.

Un Etat (très) stratège

Le week-end dernier à Lyon, Marine Le Pen a justifié une fois de plus cette nouvelle ligne politique lors de la présentation de son programme présidentiel. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que, si elle est élue, l'Etat, même "stratège", sera très actif. Marine Le Pen propose en effet moult hausses de dépenses et baisses d'impôts : outre sa politique de dépenses expansionniste dans la police, l'armée ou les prisons, elle propose notamment le « grand carénage »  pour « sécuriser » la filiale nucléaire française, et des plans d'investissement dans les secteurs autoroutier (avec des nationalisations), de la recherche, du bâtiment et dans l'entretien et la rénovation du patrimoine national. Par ailleurs, elle promet d'agir directement sur le pouvoir d'achat des jeunes, des personnes âgées, des familles dans le cadre d'une « grande politique nataliste », des personnes handicapées et des agriculteurs. Elle veut avancer aussi l'âge de la retraite à 60 ans, comme sous Mitterrand, baisser de 10 % les trois premières tranches de l'impôt sur le revenu, augmenter le plafond du quotient familial, réinstaurer la défiscalisation des heures supplémentaires, assouplir la fiscalité sur les donations, baisser la taxe d'habitation pour les plus modestes, réduire l'impôt sur les sociétés et certains impôts sur les plus-values de cession, et abaisser les charges sociales des PME et les droits de mutation à titre onéreux...

L'Europe, la grande perdante

Bref, les trous dans le budget de l'Etat pourraient être nombreux si le Front national l'emportait. A Bercy et à la Cour des comptes, on tremble déjà... De là à ce que les détracteurs de Marine Le Pen la qualifie de « laxiste » en matière budgétaire, il n'y a qu'un pas... Mais à l'extrême droite, le laxisme ne fait pas partie du vocabulaire. Et malgré toutes ses annonces, Marine Le Pen assure qu'elle va « remettre de l'ordre dans nos finances publiques ». Comment va -t-elle faire ? En agissant sur ce qu'elle appelle « les mauvaises dépenses publiques (notamment celles liées à l'immigration et à l'Union européenne) » et sur « la lutte contre la fraude sociale et fiscale ». Ainsi, comme l'expliquent plusieurs économistes dans un ouvrage* consacré au programme du FN, « l'Europe est évidemment la grande perdante, mais des catégories de populations se verront écartées de la protection sociale pour des motifs discriminatoires. »

Se financer grâce à l'indépendance de la Banque de France

Dans son programme, le FN ne dit quasiment rien de plus sur ses futures coupes budgétaires. Il préfère d'ores et déjà anticiper de combler les trous budgétaires par l'autorisation « du financement direct du Trésor par la Banque de France.»  En effet, Marine Le Pen assure que la France retrouvera sa souveraineté économique et monétaire si elle est élu, en sortant, seulement partiellement, de la zone euro. L'indépendance monétaire de la Banque de France autoriserait selon le FN un financement public de la dette française. La création monétaire est ainsi présentée comme la solution miracle permettant le financement de diverses politiques.

Mais il est intéressant de se pencher sur l'effectivité de cette souveraineté monétaire promise par le FN. Car comme nous l'avons déjà expliqué sur le site de La Tribune, une telle souveraineté dépend du nouveau système monétaire qui sera instauré. Sur Europe 1, Marine Le Pen a concrètement annoncé qu'elle instaurerait « une monnaie pour les Français », le franc, mais qu'il sera « aussi possible d'envisager pour les entreprises, ce qui a existé par le passé : l'ECU. » « C'est une monnaie commune qui touchera uniquement les Etats et les grandes entreprises. Cela n'a certes pas été une grande réussite, mais nous pouvons tout de même envisager, dans le cadre de cette négociation, une coopération monétaire avec les autres pays d'Europe », a-t-elle ajouté.

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Grand flou autour de la sortie de l'euro

Problème -de taille -, l'ECU et la monnaie commune sont deux choses bien différentes. En effet, l'ECU, pour European Currency Unit (Unité monétaire européenne) a été créé en 1979, et intégré au « Système monétaire européen » dans lequel les fluctuations étaient déterminées par rapport à un panier monétaire (une valeur pondérée de l'ensemble des monnaies du système) appelé l'ECU. Ainsi, si ce que veut désormais le Front National est un ECU à la façon de 1979-1999, il ne s'agit pas réellement d'une « monnaie commune » coexistant avec des monnaies nationales, mais d'une unité de référence permettant de mesurer les relations entre les monnaies nationales. Les propositions de Marine Le Pen sont donc floues.

Mais sur le fond, on comprend dans les déclarations de Marine Le Pen une volonté de renouer avec un système de « monnaie commune », c'est-à-dire l'existence d'une monnaie partagée par les Etats membres pour leurs transactions hors de la zone euro, ainsi que, dans chaque Etat membre, une monnaie quotidienne qui serait nationale. Ce système permettrait d'ajuster la compétitivité de chaque Etat en ajustant la monnaie nationale par rapport à la monnaie commune. Mais, à la différence du SME, les transactions internationales seraient bien facturées par les entreprises françaises en euro, et non en franc comme au temps du SME. Ce que confirme Marine Le Pen quand elle fait référence sur Europe 1 à « l'Etat » et aux « grandes entreprises ». Or, si tel était le cas, l'argument de la souveraineté monétaire serait caduc. Car dans le cas de la « monnaie commune », la souveraineté économique est nécessairement limitée puisque l'euro, tel qu'il existe aujourd'hui demeure comme monnaie de la France, même s'il n'est pas la monnaie de transaction interne « pour les Français ».

Une fausse souveraineté monétaire

Cette monnaie commune suppose le maintien d'institutions « fédérales » pour la gérer, mais aussi pour décider des parités entre les monnaies nationales. Dès lors, l'indépendance de la banque centrale sera imposée. Nul ne peut imaginer que la France dicte seule sa « bonne parité » sans que ses partenaires-concurrents ne s'en plaignent et défendent leurs propres intérêts. En conséquence, des règles budgétaires strictes pourraient être jugées nécessaires pour éviter des décalages que paieraient les autres pays à terme. Et la souveraineté budgétaire de la France serait dès lors durement affectée.

Par ailleurs, dans le cas où Marine Le Pen souhaiterait en fait revenir au SME -avec l'ECU -, la souveraineté monétaire serait tout aussi compliquée à assumer : ce système oblige les Etats à disposer de réserves de change importantes pour pouvoir préserver les parités face aux marchés. Dans un SME, un pays peut en effet être sujet à des attaques sur sa monnaie. Et il peut parfois être contraint de céder, comme en 1983, où le « tournant de la rigueur » a été le fruit du choix du gouvernement de Pierre Mauroy de demeurer dans le SME après une dernière dévaluation du franc.

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Reste alors une seule solution pour garantir une réelle souveraineté monétaire et budgétaire : la sortie pure et simple de l'euro. Mais le FN ne veut pas affronter cette éventualité durant la campagne, car les conséquences économiques seraient immenses pour la France. Le FN n'a pas voulu rentrer dans ce débat. Mais qu'il n'argue pas alors qu'il rendra sa souveraineté monétaire à la France pour garantir son indépendance économique.

(*) Petit manuel économique anti-FN, préface de Thomas Piketty, par le collectif Ecolinks, aux éditions Le Cavalier Bleu, 10 euros.

Mathias Thépot

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