Macron au second tour, la presse étrangère soulagée

Par Grégoire Normand  |   |  883  mots
La plupart des journaux européens misent beaucoup sur la victoire d'Emmanuel Macron. (Crédits : Reuters/Christian Hartmann)
De Londres à Madrid en passant par Genève, les médias étrangers évoquent un scrutin "extraordinaire". La victoire d'Emmanuel Macron à l'Elysée le 7 mai prochain leur semble inéluctable.

Les médias étrangers se sont passionnés pour le premier tour de la présidentielle française. Pour les journaux européens, le premier tour de ce scrutin est qualifié "d'historique".

"Des résultats extraordinaires"

"Après une campagne remplie d'incertitudes et des candidats au coude à coude, le premier tour a produit des résultats extraordinaires, mettant les deux candidats 'hors-parti' au second tour de l'élection présidentielle", souligne The Economist. "Le 7 mai, la France va devoir faire face à un choix qui va déterminer non seulement son avenir mais aussi celui de l'Europe. Ce sera un test crucial en Europe pour savoir si cette démocratie occidentale progressiste est capable de renverser la tendance et tenir tête au populisme nationaliste" explique l'hebdomadaire économique britannique.

Le Financial Times insiste sur la première place du candidat d'En marche! qualifiant son résultat "de réussite extraordinaire pour M. Macron, un ancien banquier de chez Rothschild âgé de 39 ans qui n'a jamais occupé de fonction élective". Pour le quotidien économique, sa victoire "enchante les partenaires européens de la France et rassure les investisseurs en dépit d'un affrontement avec la leader de l'extrême droite le 7 mai prochain".

En Allemagne, la presse réagit avec soulagement. Le tabloïd allemand Bild indique que "l'Europe respire à nouveau" sur son site. Mais pour le Die Frankfurter Allgemeine Zeitung, "rien n'est joué pour l'enfant prodige".

Une débâcle pour les partis traditionnels

El Pais parle d'Emmanuel Macron comme "un espoir". "Le succès du centriste est une grande nouvelle pour la France et l'Europe." Et les idées avancées par le candidat d'En Marche! marquent la défaite des deux grands partis. "Son programme de réformisme et de progrès a signé la mort des deux grands partis (les socialistes et les républicains) qui se sont alternés à la tête des gouvernements depuis la Seconde guerre mondiale (sans compter la présidence centriste de Giscard d'Estaing et les coalitions de la 4e République, ndlr)."

Pour El Confidential, l'arrivée au second tour d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen marque "la débâcle des deux partis traditionnels". Le journal en ligne espagnol rappelle que "à eux deux, le Parti socialiste et les Républicains obtiennent 26% des voix, contre 56% lors du scrutin de 2012."

En Italie aussi, c'est une défaite historique pour les grands partis. La correspondante du quotidien italien Repubblica Anais Ginori a publié un tweet mis en exergue par le Courrier international qui résume parfaitement cette situation.

 "France : résultat humiliant pour Hamon, seulement 6,1% des voix selon l'Ifop. Catastrophe historique pour le Parti socialiste."

"Un événement historique"

En Suisse, le quotidien Le Temps souligne "le caractère historique de la présidentielle française". Le correspondant permanent du journal suisse Richard Werly à Paris parle d'un affrontement entre deux France. "Deux France se retrouveront donc dans les urnes le 7 mai. Celle d'Emmanuel Macron, ancien conseiller de François Hollande (2012-2014) puis ministre de l'Economie (2014-2016) est une France ouverte sur la mondialisation, arrimée à l'Union européenne, et résolue à tenir ses engagements communautaires, en tandem avec l'Allemagne."

Du côté de la Tribune de Genève, la stratégie de campagne d'Emmanuel Macron s'est avérée payante. "L'homme a ainsi fait une campagne très marketée, avec une forte présence sur les réseaux sociaux et une touche très moderne qui a plu. Mais il n'a pas délaissé les méthodes traditionnelles : les soutiens d'Emmanuel Macron ont organisé plus de 1.000 réunions ces trois dernières semaines et distribué 45 millions de tracts depuis le lancement d'En Marche!". Par ailleurs, les affaires concernant Fillon et Marine Le Pen ont joué sur les résultats de ces deux candidats.

"Ultrafavori en novembre, après sa victoire lors de la primaire de la droite et du centre, François Fillon est ainsi tombé de son piédestal. Sa campagne déterminée a été marquée par la violence avec laquelle ce politicien que la France pensait austère et mesuré s'est défendu des soupçons de détournement d'argent public."

Pour le grand quotidien belge Le Soir, les électeurs français ont fait "leur révolution, balayant, à la Trump, les partis et les hommes politiques traditionnels, de gauche comme de droite, pour mettre face à face deux personnalités hors système." La France représentée comme un pays "dépressif et en colère" va jouer son avenir sur "le fameux troisième tour, celui des législatives".

 Crédits: DR.

Outre atlantique, la presse américaine a largement commenté les résultats. Pour le Wall-Street Journal, les électeurs français ont "redessiné la géographie politique du pays en plaçant l'Union européenne au centre de la nouvelle opposition politique ". D'un côté, "M.Macron, un ancien banquier d'investissement qui cherche à renforcer l'intégration européenne. De l'autre côté, Mme Le Pen ennemie affichée de l'Union européenne et de sa monnaie unique".