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ÉconomieUnion européenne

Allemagne : Angela Merkel gagne du temps pour sauver sa coalition

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 06 novembre 2015 à 09:21 - Mis à jour le 06 novembre 2015 à 09:29

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Les trois partis de la "grande coalition" ont trouvé un accord sur la question des réfugiés. Mais cet accord ne règle rien concrètement. Il ne donne que du temps à la chancelière pour maîtriser le flux des réfugiés en Grèce et en Turquie.

Le sens du compromis d'Angela Merkel a encore fait merveille. Jeudi 5 novembre au soir, les trois partis de la « grande coalition » allemande (la CDU d'Angela Merkel, la CSU bavaroise et les Sociaux-(démocrates de la SPD) ont trouvé un accord sur la question des réfugiés qui menaçait l'unité de leur alliance. Après 12 heures de discussions et deux réunions de crise, un document a fini par être accepté par les trois partis. Un document, qui, en réalité, ne semble rien régler concrètement.

La querelle entre la SPD et la CDU portait sur l'instauration de « zones de transit » à la frontière où les réfugiés seraient retenus, le temps d'examiner leur demande de droit d'asile. Ces zones étaient réclamées par la CSU bavaroise qui avait réussi à convaincre la CDU de soutenir cette idée. Elles étaient cependant catégoriquement rejetées par la SPD qui défendait l'idée de « zones d'entrées » dans plusieurs lieux du pays afin de ne pas créer des « camps » à la frontière allemande.

Victoire de la SPD ?

Jeudi, les Sociaux-démocrates ont, de ce point de vue, obtenu une nette victoire puisque la « grande coalition » abandonne l'idée de « zones de transit. » A la place, des « centres d'admission » seront mis en place, comme le voulait la SPD, dans toute l'Allemagne. Mais les deux premiers centres seront situés en Bavière. Les réfugiés provenant de pays jugés « sûrs » par l'Allemagne seront dirigés vers ces centres où leurs demandes d'asile seront examinées dans les deux semaines. En cas de rejet, le demandeur devra quitter le pays, s'il ne le fait pas, il risque l'expulsion. Durant cette procédure, le demandeur ne devra pas franchir les limites du « Landkreis » (équivalent du département) dans lequel se trouve le centre. Pour complaire à la CSU, la coalition a cependant annoncé une restriction du regroupement familial.

Un compromis qui ne règle rien

Les partis de la coalition se sont tous réjouis de ce compromis. Mais, concrètement, il semble ne régler aucun problème, sauf la querelle ouverte au sein de la « grande coalition », ce qui, pour Angela Merkel, pouvait apparaître au cours des derniers jours comme une priorité. Car, ces « centres » ne concernent qu'une petite partie des réfugiés qui, chaque jour, se présentent aux frontières allemandes. On estime à 16 % la proportion de ressortissants de « pays sûrs » parmi ceux qui, cette année, ont fait des demandes d'asile. Même si récemment, Berlin a ajouté à la liste des « pays sûrs » les pays des Balkans occidentaux non membres de l'UE (Serbie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Kosovo et Albanie), l'essentiel des réfugiés, provenant de Syrie, d'Irak ou d'Afghanistan n'est donc pas concerné. Le compromis de jeudi soir ne permet donc pas de modifier la situation aux frontières.

Gagner du temps pour « maîtriser » les frontières externes de l'UE

Angela Merkel a donc acheté du temps avec cette décision. Car ce n'est qu'une question de temps avant que la CSU ne revienne à la charge pour dénoncer l'afflux de réfugiés sur le territoire bavarois. Horst Seehofer, le ministre-président bavarois, réclamait une « limite haute » pour l'accueil des réfugiés. Si la situation perdure et si les partis de droite continuent à voir la droite xénophobe monter dans les sondages, cette revendication pourrait émerger à nouveau et provoquer une nouvelle crise politique.

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Aussi, la chancelière entend-elle profiter du temps gagné jeudi soir pour agir à la « frontière extérieure de l'UE. » Dans le document de la coalition, la maîtrise de cette frontière est clairement présentée comme une priorité. Autrement dit, pour sauver sa coalition, la chancelière entend limiter le flux de réfugiés à la frontière allemande en « bloquant » le plus possible de personnes en Grèce et en Turquie. L'Allemagne a commencé à mener cette politique en laissant entendre qu'elle pourrait réduire ses exigences financières vis-à-vis de la Grèce dans le cadre du programme contre le maintien sur le sol grec de davantage de réfugiés. Lors d'un voyage à Istanbul, Angela Merkel a également promis au président Recep Tayyip Erdoğan un changement de politique vis-à-vis de l'adhésion de la Turquie à l'UE, contre une meilleure maîtrise des frontières du pays. Le pari est risqué, car la maîtrise des flux de réfugiés qui veulent absolument rejoindre l'Allemagne est très difficile concrètement à instaurer.

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  • L'Allemagne proposerait à la Grèce de garder plus de réfugiés contre un assouplissement du programme

Le pari est aussi risqué parce que les « centres d'admission » mis en place ce jeudi sont très critiqués. L'opposition y voit déjà des pratiques contraires au droit d'asile, avec des procédures trop rapides et bâclées. Du coup, certains tribunaux pourraient bloquer les procédures d'expulsion. Dans ce cas, la CSU pourrait crier à l'inefficacité de ces centres et la SPD à son « illégalité. » La crise de la grande coalition n'est donc pas terminée, elle est tout juste apaisée.

Romaric Godin

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