La Bavière défie Angela Merkel sur la question des réfugiés

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Le ministre président de Bavière Horst Seehofer menace de porter plainte contre l'Etat fédéral allemand
Le ministre président de Bavière Horst Seehofer menace de porter plainte contre l'Etat fédéral allemand (Crédits : Reuters)
Le ministre-président de Bavière Horst Seehofer a menacé Angela Merkel de porter plainte à Karlsruhe si elle ne faisait pas cesser les arrivées de réfugiés. La crise est désormais ouverte au sein de la droite allemande.

La CSU bavaroise prend la voie du conflit ouvert avec Angela Merkel. Ce vendredi 9 octobre, le gouvernement régional bavarois a annoncé dans un communiqué officiel à l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire que, si « le gouvernement fédéral ne prenait pas de mesures pour réduire le flux des réfugiés », il irait devant la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe pour « mise en danger de la capacité d'action propre » d'un Land.

La Bavière exige que les réfugiés soient refoulés à la frontière autrichienne et que les demandeurs d'asile qui arrivent en Bavière soient immédiatement redistribués sur l'ensemble du territoire fédéral allemand. Le ministre-président de Bavière, président de la CSU, Horst Seehofer a indiqué que cette demande a été formulée pour « prendre en compte la situation sécuritaire, pas seulement en ce qui concerne le terrorisme, mais aussi la criminalité. » Et de conclure, menaçant : « le sérieux de la situation apparaît chaque jour davantage et nous sommes sérieux dans nos exigences - notamment la plainte constitutionnelle. »

Changement d'atmosphère outre-Rhin

La très conservatrice Bavière est en première ligne de l'arrivée des réfugiés en provenance du Moyen-Orient qui traversent la frontière autrichienne. Mais cette annonce du gouvernement bavarois montre un raidissement politique de la part d'une partie de la droite allemande qui rejette la politique d'accueil de la chancelière fédérale Angela Merkel. Depuis les premiers jours de la crise, la CSU a émis des doutes sur cette politique, mais Horst Seehofer se sent désormais en position de force dans la mesure où l'atmosphère change actuellement en Allemagne. Une majorité (51 % selon un sondage paru vendredi dernier) de la population s'inquiète désormais de l'arrivée des réfugiés. Par ailleurs, les eurosceptiques xénophobes d'AfD remontent dans les sondages et les manifestations du mouvement d'extrême-droite Pegida font de nouveau le plein en Saxe.

Angela Merkel tient bon

Malgré ce changement d'humeur, Angela Merkel tient bon. Mercredi soir, sur la première chaîne ARD, elle a réaffirmé sa politique d'accueil en expliquant qu'il n'y avait pas de « bouton pour stopper le mouvement » et en réaffirmant son slogan « wir schaffen das ! » (« Nous y arriverons ! »). Mais elle est en situation très délicate. Pour la première fois depuis son arrivée à la chancellerie, elle doit faire face à une véritable rébellion de sa droite. Car Horst Seehofer va très loin. Président d'un parti membre de la coalition fédérale, il menace le gouvernement fédéral d'une action en justice. Du reste, il ne cache plus la tension avec Angela Merkel. Jeudi, il a affirmé qu'il n'avait pas vu la chancelière à la télévision parce qu'il « ne regarde pas la télévision pendant son temps libre. » Il espère évidemment qu'en exerçant cette pression, la chancelière cèdera pour ne pas prendre le risque de voir le camp conservateur éclater.

Inquiétude bavaroise

Derrière cette rébellion bavaroise, il y a sans doute une forme de revanche d'un parti qui a longtemps été compté pour portion congrue dans la majorité par Angela Merkel. Mais il y a aussi de l'opportunisme électoral et de la peur de la CSU de se voir déborder sur sa droite. Les deux derniers sondages bavarois parus les 7 et 8 octobre donnent 43 % et 46 % à la CSU contre les 47,7 % de 2013, tandis qu'AfD entrerait au Maximilianeum, le siège du parlement bavarois.

Des « zones de transit » ?

Reste à savoir jusqu'où ira Horst Seehofer. Il cherche à force la main du gouvernement fédéral pour créer des « zones de transit » à la frontière, pour refouler avant leur entrée en Allemagne les réfugiés qui ne seraient pas de « vrais » demandeurs d'asile. Ce serait alors rejeter sur l'Autriche l'essentiel du poids du flux des réfugiés et Vienne s'en est déjà émue, alors même que le pays doit faire face à une forte montée de l'extrême-droite xénophobe qui, le 27 septembre, a doublé son score en Haute-Autriche et s'apprête à réaliser un très bon score aux élections viennoises de ce 11 octobre. La stratégie de Hors Seehofer n'est pas très éloignée de celle de Viktor Orban, le premier ministre hongrois, qu'il avait, du reste, reçu en grande pompe en septembre dans un congrès de la CSU, comme un défi à Angela Merkel.

Crise au sein du camp conservateur allemand

Nul ne sait jusqu'où ira cette crise entre Munich et Berlin. La CSU n'est certes pas un allié indispensable pour la « grande coalition » d'Angela Merkel, mais une rupture ouverte serait un désastre politique pour la chancelière. Alors qu'un ralentissement économique se dessine, cette dernière doit donc faire face à des vents contraires. Sa capacité à maintenir l'unité entre conservateurs et centristes, qui lui a permis de se maintenir au pouvoir jusqu'à présent, est désormais menacée. D'autant qu'elle ne peut, comme à son habitude, jouer sur le temps. Les arrivées des réfugiés ne le permettent pas. C'est donc un moment décisif pour l'avenir politique de la chancelière.

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a écrit le 12/10/2015 à 8:13 :
Pendant très longtemps je pensais les propos d'Eric Zemmour exagérés sur le lien patronat/immigration. Et bien, avec l'exemple Allemand je viens de changer d'avis. L'Allemagne est en train de se suicider à moyen/long terme, tout ça car elle a besoin de main d'oeuvre à court terme pour ses usines. La seule chose qui revient en boucle est que les usines allemandes ont besoin de main d'oeuvre, le patronat allemand qui applaudit, et personne pour se soucier du moyen/long terme. L'histoire se répète....
a écrit le 11/10/2015 à 14:01 :
Souvenez vous de la chute de Rome: 30 ans après que l'empereur ait accueilli des "réfugiés "Goths fuyant les Huns, leur chef,Alaric, a mis Rome à sac !!!!!!
Réponse de le 11/10/2015 à 17:21 :

C'est exactement ce qui va se passer en Europe et très rapidement je crains
a écrit le 11/10/2015 à 10:44 :
La télé nous montre le logement confortable de certains des quelques refugiés acceptés par la France, mais autrement elle ne parle que peu de la situation des refugiés dans les autres pays, sauf si des morts ou des bagarres attirent l'attention du public. Les 400.000 refugiés ou migrants arrivés cette année en Grèce (lire: unhcr.fr) ont largement dépassés les capacités grecques, mais seulement la dette grecque a été déclarée comme problème européen pendant l'été. Même avec l'aide de l'hiver et peut-être des nouvelles mesures décidées à Bruxelles, les refugiés sont déjà arrivés en Europe, ce n'est pas en Grèce qu'on trouvera la solution et la contribution de la France est plutôt faible.
a écrit le 11/10/2015 à 10:33 :
Hahaha... On rit moins qu'avant... Ils l'ont bien cherché les allemands!
a écrit le 10/10/2015 à 14:36 :
M. Godin, Mme Merkel n'est que la porte-parole du patronat allemand qui réclame de la main d'œuvre bon marché pour faire tourner l'économie. Elle, comme les grands patrons, se moque des questions d'intégration et du vivre ensemble. Il lui suffit de jouer sur la corde sensible de l'humanisme pour faire accepter cette politique. Et vous tombez dans le panneau!
A l'inverse, beaucoup d'élus locaux, y compris du SPD, de gauche donc et peu suspects de xénophobie, alertent sur les problèmes d'accueil (logistiques mais aussi culturels) auxquels sont confrontées leurs collectivités.
a écrit le 10/10/2015 à 12:16 :
Décidément, Romaric Godin est passé maître dans l'art de la manipulation !! Il devrait parler de migrants, car ce sont pour la plupart des réfugiés économiques !!! Nous ne manquons pas en France non plus de gens dans une situation économique précaire. Nos gens émigrent-ils ? Non, parce que sans doute ils n'ont pas les moyens de payer les passeurs plusieurs milliers d'euros comme le font les "réfugiés" de R. Godin :-)
Réponse de le 11/10/2015 à 11:44 :
Godin n'est pas passé maître dans l'art de la manipulation, c'est vous Patrickb qui êtes passé maître dans l'art de la propagande pro Merkel. A chaque fois qu'il est question de l'Allemagne on vous retrouve en train de trasher Godin ou quiconque ose dire du mal de la CDU, de Merkel ou de ses copains, quand bien même il s'agirait du SPD ou des Grünen. Combien vous a payé Schaüble pour balancer ce tas d'inepties à chaque fois ?
Réponse de le 11/10/2015 à 12:59 :
@jul76: 1) tu dois mal lire mes commentaires. 2) le fait est que l'économie allemande fonctionne mieux que celle de la Grèce, voire de la France. 3) je ne connais pas la CDU et n'en est donc jamais parlé. 4) je ne vois aucun inconvénient à ce que tu invites des migrants chez toi, mais n'oblige pas les autres à payer pour ta "bonté" :-)
Réponse de le 12/10/2015 à 0:26 :
Patrickb j'ai jamais dit qu'on devait accepter n'importe qui, l'immigration choisie telle que pratiquée au Canada ou en Australie marche très bien, de 1. De 2, que l'économie Allemande se porte bien est une situation de circonstance, leur modèle entièrement basé sur les exportations et absolument pas sur la demande intérieure n'est pas viable sur le long terme (très facile de faire la morale quand on a une armée ridiculement équipée, de l'avis des militaires allemands eux-mêmes), et pour finir tes idées sur l'immigration tu ira les écrire sur le blog d'Alexandre Gabriac ou sur celui de Marion Maréchal, ce sera plus approprié.
a écrit le 10/10/2015 à 10:11 :
Les Allemands commencent à se rendre compte que beaucoup de ces arrivants (30 à 40 %) ne sont ni des des Syriens ni des réfugiés politiques. Une fois de plus les dirigeants Européens font preuve d'une naïveté sidérante en accordant de telles arrivées massives sans demander l'avis de leurs peuples qui sont, qu'on le veuille ou non, les premiers concernés. Ces mêmes dirigeants s'étonneront ensuite de voir les partis extrémistes progresser dans toute l'Europe.
Réponse de le 10/10/2015 à 10:53 :
Ce chiffre de 30 a 40 % de non Syriens a été démenti. Et il n existe pas de statistique á ce sujet. En tout cas ceci est démenti par les centres d accueil qui dispose de personnel qualifié dont l origine permet de reconnaître immédiatement d oú vient réllement un réfugié arabe.
Un Marseillais pourra difficilement se faire passer pour un Alsacien de souche et vice versa !
Réponse de le 10/10/2015 à 13:34 :
Evidemment puisque le Marseillais sera Malien et l'Alsacien Turc !
Réponse de le 11/10/2015 à 16:34 :
« Il ne s'agit pas de statistiques, mais d'une estimation ». Le porte-parole du ministère de l'Intérieur allemand a certes voulu relativiser l'exactitude de ses chiffres. Mais en évaluant à 30 % le nombre de réfugiés affirmant être Syriens sans détenir en fait cette nationalité, Tobias Plate évoque une proportion importante. L'organisation de défense des réfugiés Pro Asyl critique, elle, ce chiffre et demande des preuves tangibles.
http://www.msn.com/fr-ch/actualite/monde/berlin-estime-qu%E2%80%99un-tiers-des-migrants-sont-de-faux-syriens/ar-AAeNTBB?li=AAaW5rS&ocid=mailsignoutmd
a écrit le 10/10/2015 à 9:35 :
C est la tempête dans un verre d eau !,
D une part le Bavière fait partie du gouvernement fédéral. La CSU est la filiale bavaroise de la CDU, dont Ang. Merkel est la patronne !
La protection des frontière est le ressort exclusif de la " Bundespolizei", la police fédérale et non des Polices des Länder.
Seehoffer, le successeur du Roi Ludwig 2. de Bavière s est bien gardé de révéler contre quoi concretement il voulait porter plainte au tribunal constitunionnel de Karlsruhe ....
L allemagne en ruine a du acceuillir 10 millions de réfugiés en 1945-1946.
Que sont les 1 ou meme 2 millions de réfugiés á répartir sur 500.000 d europeens ?
Réponse de le 10/10/2015 à 11:39 :
Bon, on voit bien de quel coté votre coeur balance.
C'est d'ailleurs votre droit, mais je voudrais quand même vous signaler que nous ne votons pas aux élections Allemandes.
Essayez plutôt de convaincre les électeurs Allemands qui semblent de plus en plus sceptiques.
Réponse de le 10/10/2015 à 13:41 :
En 1945, l'Allemagne avait perdu 3 millions d'hommes sous les
armes et beaucoup de civils sous les bombes ! Les réfugiés étaient
des "Heimat-Deutschen" qui venaient des pays annéxés, Prusse
Orientale, Silésie, Poméranie,Sudètes,...et déjà de la future RDA,
ou Soviet-Besatzungszone. Aussi des Baltes et des Ukrainiens.
Réponse de le 10/10/2015 à 14:25 :
Sauf que les réfugiés dont vous parlez étaient des allemands chassés d'Europe de l'Est après la guerre. Donc même langue et culture que leur nouvelle patrie d'accueil l'Allemagne de l'Ouest. Rien à voir avec les migrants du Moyen Orient. Vous poussez un peu loin la mauvaise foi Papa Fox!
Réponse de le 10/10/2015 à 17:01 :
@papa fox: 1) la moindre des choses, c'est qu'on puisse choisir qui on invite chez soi. Si tu penses que tout le monde peut venir sans autorisation, donne ton adresse et on les envoie chez toi par charter. 2) les réfugiés allemands de l'après guerre dont tu parles étaient allemands de souche et avaient donc la même langue et la même religion. Je te signale en outre qu'ils n'ont pas non plus été accueillis à bras ouverts malgré ces caractéristiques communes.
Réponse de le 15/10/2015 à 13:29 :
Je suis bien d accord avec toutes les remarques apportées à mon blog.
Je voulais uniquement souligner la capacité d accueil de l´ Allemagne au lendemain de la guerre alors que des villes entières et les infrastrucutures étaient détruites= 10 millions en 1945 contre 1 million en 2015.

Il est certes difficile de nier que cet apport de main d oeuvre bon marché sera une aubaine pour de nombreuses entreprises sans compter l impact sur la consommation.
a écrit le 10/10/2015 à 8:37 :
Les Européens sont des innocents suicidaires par charité mal comprise. Aimer les autres comme soi-même implique s'aimer d'abord, se protéger pour survivre. On prépare un chaos pour nos enfants. C'est évident.
a écrit le 09/10/2015 à 22:03 :
Ca y est, les bisounours sont revenu sur terre !!!! Dans les prochains mois, les européens vont pouvoir commencer à réaliser ce que veut dire l accueil en masse de réfugiés qui n ont pour but que de profiter du système et nous imposer leur religion.. Merci à la chancelière et au vice chancellirr
a écrit le 09/10/2015 à 20:32 :
ils se battent déjà entre les différentes nationalités dans les centres d'accueils ça promet pour la suite ! ils auraient dus garder leur énergie pour combattre dans leur propre pays, ici l'intégration sera difficile pour ne pas dire impossible, il serait temps que nos élus ouvrent les yeux
a écrit le 09/10/2015 à 19:26 :
Les allemands commencent à réaliser que tous ces immigrés viennent chez eux pour les bonnes allocations !! Cela valeur coûter un max. Bon courage.
a écrit le 09/10/2015 à 19:24 :
L'Europe veut-elle disparaître? On peut trainer dans la boue Mme Morano mais l'histoire jugera cette génération de moralistes rongés par la culpabilité qui ont abandonné leurs pays. Qu'on aide les réfugiés de guerre, OUI, mais pas au prix de son existence culturelle, ou de son existence tout court.
a écrit le 09/10/2015 à 18:03 :
L'extreme droite va se développer a toute allure en europe, nous en avons les premices en allemagne mais quand les allemands auront fait l'expérience des islamistes ils en connaitront toutes les nuisances et là ils se tourneront vers les patriotes!
a écrit le 09/10/2015 à 17:25 :
Un philosophe allemand connu appelle Angela Merkel : "Eine Frau ohne Eigenshaft". "Une femme sans qualités", d'après le célèbre roman de Robert Musil ("Un Homme sans qualités"). C'est à dire qu'en fait, c'est une opportuniste qui a surfé sur la prospérité allemande des dernières années. Elle improvise en respirant l'air du temps. Mais l'atmosphère est si changeante que la dépression suit de très près l'anticyclone !
a écrit le 09/10/2015 à 17:21 :
Quelques personnes sérieuses tentent de mettre fin à cette folie des migrants qui ne sont que des déserteurs et des fuyards. Tout le monde bien entendu veut le bonheur de son voisin cependant le constat est de dire que les bonnes âmes il n'agissent pas ainsi qu'elles le disent. Ne soyons pas naïfs : nous sommes riches du pillage des autres. L'on se fixe en général de régler la problématique complexe des pays en guerre, exercice toujours difficile mais l'on évite le préventif plus aisé de ceux qui ne le sont pas encore car pas encore révoltés au moyen d'un e idéologie. Il serait nécessaire de convenir d'un plancher monétaire mondial moyen, comme souvent préconisé ici, pour éviter d'autres dérapages en permettant le développement de la richesse locale. Un effort indispensable.
Réponse de le 09/10/2015 à 18:09 :
"nous sommes riches du pillage des autres":désolé mais c'est n'importe quoi!Il faut arreter de s'autoflageller sur des faits qui n'existent pas.La plus grande part de la richesse de ce pays a été crée par le travail et l'effort
Réponse de le 09/10/2015 à 20:21 :
Ou sont passe les centaines de milliard € , donne à ces pays pour leurs développements ?. J'ai payé et je n' ai pas reçu les dividendes des mes impôts. Je bosse, je ne demande rien, et surtout pas d'être responsable du monde entier.

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