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ÉconomieUnion européenne

Espagne : Podemos rejette tout soutien au socialiste Pedro Sánchez

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 29 février 2016 à 17:42 - Mis à jour le 29 février 2016 à 18:04

Le Quotidien Numérique

06 juin 2026

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Le parti de gauche radicale a refusé de soutenir le pacte entre les Socialistes et Ciudadanos. Le leader du PSOE Pedro Sánchez a peu de chance d'être investi chef du gouvernement mercredi.

L'espoir de Pedro Sánchez, le leader socialiste espagnol, d'entrer à la Moncloa dès cette semaine pourrait être déçu. Ce lundi 29 février, les dirigeants du parti de gauche radicale Podemos ont rejeté ses propositions d'accord pour soutenir sa candidature qui sera présentée mercredi 2 mars devant le Congrès des députés. Cet accord visait à trouver des « complémentarités » avec le pacte passé mercredi 24 février entre le PSOE, le parti socialiste, et Ciudadanos, le parti de centre-droit d'Albert Rivera. Mais Podemos ne souhaite pas gouverner avec Ciudadanos, ni soutenir le même gouvernement que ce dernier.

Le responsable de l'économie du parti, Nacho Álvarez, a ainsi souligné que ce pacte était un « document avec lequel nous avons un profond désaccord ». Et de poursuivre : « il est difficilement possible d'établir une politique sociale progressiste qui permette de récupérer les droits qui ont été perdus sur la base d'un accord avec Ciudadanos qui consolide une sorte d'austérité light. » Les alliés catalans et galiciens de Podemos n'ont pas non plus accepté la proposition de Pedro Sánchez qui, il est vrai, en dit très peu sur les problèmes régionaux du pays, pourtant fort aigus.

Majorité impossible

Pedro Sánchez aura donc bien du mal à obtenir l'investiture du Congrès des députés mercredi. Il lui faut pour cela 176 voix sur 350 au premier tour, soit la majorité absolue, ou, au second tour, une majorité relative. L'alliance PSOE-Ciudadanos dispose de 130 élus. Podemos et les nationalistes catalans voteront sans doute contre l'investiture de Pedro Sánchez. Ensemble, ils cumulent 90 élus. La seule chance du leader socialiste d'obtenir l'investiture réside dans l'abstention des 122 élus du parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, le président du gouvernement sortant. Mais ce dernier n'attend que l'échec du Socialiste pour proposer sa propre « grande coalition » regroupant PP, Ciudadanos et PSOE autour... de sa personne. On le voit mal, donc, faire cadeau de la Moncloa à Pedro Sánchez.

La tentative pour séduire Podemos

Ce dernier pourrait donc voir son occasion passer, pour l'instant du moins. Il avait pourtant tout tenté pour réaliser le « grand écart » entre Albert Rivera et Pedro Iglesias, le leader de Podemos. Dans le pacte avec Ciudadanos, il avait obtenu le vote d'une loi sur « l'urgence sociale » et le relèvement de 1 % du salaire minimum. Il avait aussi promis le renforcement du pouvoir des syndicats dans les entreprises. Autant d'appel du pied à Podemos. Mais l'écart est sans doute trop grand. Pour le numéro deux de Podemos, Íñigo Errejon, cet accord avec Ciudadanos ne remet pas assez en cause les coupes sociales pratiquées par le PP et manque de cohérence en « disant une chose et son contraire. » Il est vrai que le parti d'Albert Rivera joue plutôt la continuité en matière économique, ce que rejette Podemos. Quant au pacte, en dehors des mesures citées, il n'est guère ambitieux afin de ménager les susceptibilités des uns et des autres.

L'oubli de la Catalogne

Surtout, la question catalane et celle du « droit à décider » de l'indépendance pour certaines régions sont soigneusement oubliées. Or, Podemos ne peut renoncer à son idée d'un référendum d'autodétermination en Catalogne, parce que c'est un de ses engagements phare dans une région où il est arrivé en tête le 20 décembre. Mais une telle perspective est impensable pour Ciudadanos, parti centralisateur et pour la droite du PSOE, menée par la présidente andalouse, Susana Díaz. Pedro Sánchez ne pouvait guère mettre d'accord tout le monde sur ce sujet, il a préféré l'écarter, mais en vain, car c'est un des enjeux majeurs de l'avenir de l'Espagne, alors que la Catalogne s'est dotée d'une majorité indépendantiste le 27 septembre dernier. Podemos ne pouvait accepter d'ignorer ce problème.

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L'argument anti-Rajoy

Faute de mieux, Pedro Sánchez a donc eu recours à l'argument anti-Rajoy. Il est vrai que le seul point qui réellement rassemble les partis espagnols en dehors du PP, c'est la volonté de voir Mariano Rajoy quitter la Moncloa. Le leader socialiste dans sa proposition a donc insisté sur cette chance qu'avait Podemos de chasser le président actuel de son poste. Mais Podemos voit dans cet argument une forme de « chantage » et refuse de choisir entre Ciudadanos et le PP. D'autant qu'Albert Rivera n'a pas caché qu'il tendait aussi la main au PP. Bref, l'argument Rajoy a aussi fait long feu.

Pedro Sánchez ne pouvait pas agir autrement

Le leader socialiste a donc peu de chance de réussir son pari. N'a-t-il pas alors réalisé une faute tactique en privilégiant une alliance avec Ciudadanos plutôt qu'en négociant d'abord avec Podemos en en cherchant un appui chez les régionalistes basques du PNV, par exemple ? C'est possible, mais avait-il le choix ? Le PSOE et Podemos sont de moins en moins complémentaires et de plus en plus concurrents et les « barons » du PSOE ne souhaitaient guère une alliance formelle avec un parti qui ratisse sur leurs propres terrains électoraux. Par ailleurs, la question catalane empêchait de privilégier toute alliance avec Podemos qui avait placé le référendum en Catalogne comme condition de tout accord. Or, Pedro Sánchez aurait subi un désaveu certain au sein du parti s'il s'était aventuré sur ce terrain. Il ne pouvait donc que centrer sa stratégie sur une alliance avec Ciudadanos et tenter de l'élargir à sa gauche.

Nouvelles élections à l'horizon

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In fine, les adversaires au sein du PSOE de Pedro Sánchez ont sans doute gagné la partie. La question est désormais de savoir s'ils vont en profiter pour détrôner ce leader désigné par une primaire, mais qui n'a jamais été accepté par les autorités du parti ou s'ils vont pousser une autre solution. Et dans ce cas, autour de quel projet de coalition. La question se posera sans doute aussi au PP où Mariano Rajoy a peu de chance d'être investi à son tour. La perspective de nouvelles élections se rapproche donc. Et avec elles une nécessaire clarification des positions et un renouvellement des dirigeants des partis traditionnels. Reste à savoir si cela sera suffisant pour sortir de la profonde crise politique que traverse le pays.

Romaric Godin

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