Italie : Salvini pulvérise la coalition, réclame la dissolution du Parlement, la Bourse chute

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À Rome, le 5 août 2019, en conciliabule avec Giulia Bongiorno (ministre de l'Administration publique), Matteo Salvini (ministre italien de l'Intérieur) esquisse un geste vindicatif alors que le gouvernement italien est sur le point de faire face au vote de confiance du Sénat sur un décret sur la sécurité et l'immigration.
À Rome, le 5 août 2019, en conciliabule avec Giulia Bongiorno (ministre de l'Administration publique), Matteo Salvini (ministre italien de l'Intérieur) esquisse un geste vindicatif alors que le gouvernement italien est sur le point de faire face au vote de confiance du Sénat sur un décret sur la sécurité et l'immigration. (Crédits : Reuters)
Le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, chef de file de la Ligue (extrême-droite) fait éclater la coalition populiste au pouvoir en Italie, affirmant que le tandem qu'il forme avec le Mouvement 5 Etoiles ne fonctionne plus. Mais il court un risque en dévoilant ses ambitions en plein mois d'août, alors que le Parlement n'est pas en session et que la décision de la dissolution appartient au seul le président de la République, Sergio Mattarella. Luigi Di Maio (M5S) a réagi à cette déclaration de guerre en affirmant qu'il n'avait pas peur de se confronter à nouveau au jugement des électeurs.

L'Italie s'est réveillée vendredi plongée dans une nouvelle crise politique, Matteo Salvini ayant proclamé la fin de la coalition formée avec le Mouvement 5 Etoiles et réclamé des élections législatives anticipées.

L'annonce du ministre de l'Intérieur et chef de file de la Ligue d'extrême droite, en pleine torpeur estivale, a déstabilisé les marchés vendredi à l'ouverture: devant l'incertitude qui plane sur la troisième puissance économique de la zone euro, l'écart entre les taux des obligations italiennes et allemandes à dix ans s'est rapidement creusé au-delà des 230 points de base, au plus haut depuis plus d'un mois.

Milan ouvre en baisse, plus que toutes les autres Bourses en Europe

La Bourse de Milan a pour sa part ouvert en baisse de 1,61% alors que les autres places européennes reculaient nettement moins (Paris perd 0,3% à l'ouverture et Londres 0,2%). Les valeurs bancaires italiennes sont particulièrement malmenées.

Quatorze mois après sa difficile mise en place, la coalition au pouvoir à Rome ne fonctionne plus, a argumenté Salvini.

"Nous devrions rapidement redonner le choix aux électeurs", a-t-il plaidé dans un communiqué diffusé jeudi soir, précisant que le parlement, qui observe actuellement une trêve estivale, pourrait être convoqué dès la semaine prochaine afin d'entamer la procédure nécessaire.

Jusqu'à ces dernières semaines, le co-vice-président du Conseil martelait que l'alliance formée avec le M5S de Luigi Di Maio, malgré les querelles et tensions récurrentes, irait au terme de la législature.

Pour Salvini, le M5S, hostile à la LGV Lyon-Turin, freine l'économie et l'emploi

La divergence des deux partenaires sur le chantier de la ligne ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin étalée au grand jour lors d'un vote mercredi au Sénat semble avoir fait voler en éclats les apparences.

"L'Italie ne peut plus tolérer les 'non', nous avons besoin de 'oui', nous devons débloquer les choses, construire, travailler. Ça suffit, nous devons aller à des élections", a dit Salvini à la presse à l'issue d'un rassemblement à Pescara, sur la côte Adriatique.

Aux yeux du chef de la Ligue, le M5S, hostile au projet de LGV, est un frein à l'activité économique et à l'emploi. Et le tandem inédit formé après les élections de mars 2018 ne fonctionne plus.

Mais l'initiative de nouvelles élections appartient au président de la République, Sergio Mattarella, et passe par un vote de défiance des parlementaires et une démission du chef du gouvernement.

"Il n'appartient pas au ministre de l'Intérieur de décider du calendrier d'une crise politique", a répliqué dans la soirée le président du Conseil, Giuseppe Conte, qui n'appartient ni à la Ligue, ni au M5S.

Il a ajouté que le dirigeant d'extrême droite allait devoir s'expliquer sur ses motivations. Quant à lui, a poursuivi Conte, il n'acceptera plus les critiques de Salvini contre les autres membres de son gouvernement.

Salvini court un risque en dévoilant ses ambitions en plein mois d'août

La Ligue, fortement implantée dans le nord de l'Italie, et le Mouvement 5 Etoiles, dont la base électorale se trouve dans le Sud, ont formé un gouvernement de coalition après les élections générales de mars 2018 qui ont été marquées par la percée de ces deux partis.

Le M5S était alors arrivé en tête avec près de 33% des suffrages. La Ligue, qui se présentait en coalition avec plusieurs autres formations de droite, dont Forza Italia, avait réuni sur son seul nom 17% des voix (37% au total pour l'alliance de droite).

Mais la donne électorale a été totalement renversée depuis ce scrutin. Et aux récentes élections européennes, le 26 mai, la Ligue a triomphé, réunissant plus de 34% des voix tandis que les "pentastellati" (les "cinq-étoilés") essuyaient un revers cinglant avec à peine plus de 17%.

Pour autant, Salvini court un risque en dévoilant ainsi ses ambitions en plein mois d'août alors que les Italiens sont en vacances et que le parlement n'est pas en session.

Le président Sergio Mattarella seul habilité à dissoudre le parlement

Luigi Di Maio a réagi à cette déclaration de guerre en affirmant que le Mouvement 5 Étoiles n'avait pas peur de se confronter à nouveau au jugement des électeurs.

"Nous sommes prêts, nous n'avons jamais accordé la moindre importance au fait d'occuper des postes gouvernementaux", a-t-il dit dans un communiqué, accusant son partenaire et rival de chercher "à tromper le pays" et affirmant que tôt ou tard les Italiens finiront par se retourner contre lui.

Le président italien Sergio Mattarella est seul habilité à prononcer la dissolution du parlement et pourrait se montrer réticent alors que doivent débuter en septembre les travaux préparatoires au budget 2020 qui devra être présenté au parlement en octobre. Il pourrait opter pour un cabinet de technocrates.

L'Italie n'a jamais organisé d'élection en automne depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

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Commentaires
a écrit le 11/08/2019 à 17:06 :
M. Salvini a bien compris qu’une grande partie des italiens ne veulent plus des discours lissés par ceux qui se nomment élites. M. Salvini a bien compris que devant l’impasse économique de l’Italie un discours « pompeux » qui parle aux citoyens paie. Les citoyens ne se retrouvent pas dans un monde unique ou chaque citoyen est un pion dans le système économique mondial auquel d’ailleurs il adhére, achat en ligne, téléphone dernier cri etc , même leur identité n’est plus privée mais appartient aux multinationales type GAFA mais aussi pour l’instant moins visible les BATAX,. Le monde est en pleine mutation et nos politiques très lissés issus du même moule sont entrain de perdre pied. En France nous sommes pour l’instant, instant qui se réduit, moins touchés par l’élection de M. Macron pourtant un pur produit de ceux qui se nomment élites. Lui aussi a bien compris que la com est devenue le seul moyen de gouverner même si dans cette com une grande partie est de la démagogie, les milliards à crédit sont une preuve de cette démago. Distribuer ce que l’on a pas et laisser aux futures générations la facture. Le pouvoir en général ne se partage pas surtout dans une autocratie à la française Les affaires actuelles des permanences sont aussi cette preuve que la soi disant élite est éloignée des préoccupations des citoyens. Je pense que l’assemblée nationale est un paravent pour donner au mot démocratie une légitimité car le vote de quelques députés aux ordres d’un exécutif ne peut que renforcer cette vision de gouvernants déconnectés de la vie réelle. Bien sûr le baratin des élus: ma porte est ouverte, nous sommes pour le dialogue auquel ils auraient pu continuer, en disant que dans un sens, celui de l’exécutif, nous sommes des démocrates et autres sorties toutes faites sans grandes portées dans l’opinion montrent que dans notre France, notre Europe les politiques n’ont plus leur place auprès des citoyens. Faut il s’en inquiéter oui et non soit les politiques rentrent en séminaire et sortent avec une nouvelle feuille de route politique soit ils s’accrochent au système archaïque actuel et ils perdront le peut de considération qui leur reste dans l’opinion et dans ce cas tout est possible. La réaction des députés dont la permanence a été vandalisée ne semblent pas avoir compris le phénomène de rejet. Ce phénomène ne date pas d’hier mais il s’accélère à une vitesse qui n’est pas celle du ronronnement politique. Le politique élu avec quelques pour cent de voix n’est plus représentatif il essaie de se raccrocher à ses médiocres scores mais pour combien de temps encore????
a écrit le 11/08/2019 à 12:44 :
Les grandes gueules du parti de Salvini ne représentent que 123 députes contre 220 pour le M5E.
Le M5E a des racines de gauche évidentes et pourrait trouver un accord avec le parti démocrate (112 députés) et la gauche serait alors majoritaire avec 17 voix d'avance.

Ce qui renverrait Salvini et les fachos du nord dans l'opposition sur un constat d'échec. ce qui n'est jamais bon pour une réelection en... 2023 puisqu'il reste encore 4 ans au parlement.
D'où l'exigence forcenée de Salvini pour une dissolution et nouveau scrutin maintenant parce que les sondages sont favorables. Mais ca risque de ne pas durer, en tout cas pas 4 ans.
a écrit le 10/08/2019 à 23:21 :
belle photo (en en-tête de l'article) de la part de la tribune, qui nous donne une idée de son impartialité et de son traitement "intelligent" de l'information et de l'évolution du monde
c'est possible d'avoir les mêmes photos avec des "macron", des "merkel" ou d'autres ?
Réponse de le 11/08/2019 à 10:07 :
"c'est possible d'avoir les mêmes photos avec des "macron", des "merkel" ou d'autres ?"

Déjà qu'ils sont incapables de nous expliquer où Merkel a disparu et ce que bidouille macron à la tête du pays, parce que lui est bien là médiatiquement parlant mais on ne comprend toujours pas la finalité de sa gestion...
a écrit le 10/08/2019 à 13:47 :
Macron c'est le pire de l'incapacité . Il faut siffler la fin de la récréation et mettre un chef aux commandes sans violence gratuite mais sans faiblesse ni compromis
a écrit le 10/08/2019 à 11:02 :
L'Italie comme l'ensemble des pays du Sud de l'Europe, France comprise, ne peuvent résister à leur tropisme anarchique que par une gouvernance autoritaire garantissant l'ordre et la sécurité.
Réponse de le 10/08/2019 à 13:21 :
Franco, Salazar, Mussolini, Papdopoulos, de vrais humanistes qui ont garanti à leurs peuples l'Ordre, la Sécurité, et surtout la terreur, la pauvreté et le sous développement....

On se souvient bien dans quel étaient étaient ces pays avant que l'Europe apporte anarchie et prospérité.

Ce qui est marrant avec votre couplet à la gloire des dictatures c'est qu'on peut aussi l'appliquer à la Russie, la Chine, les pays sud américains.
Réponse de le 11/08/2019 à 10:31 :
Svp en remontant un tt petit peu + Ht ds l'histoire n'oubliez ds votre liste les bienfaits qu'ont apporté aux peuples d'Europe centrale et jusqu'en Asie centrale l'association du Kaiser et du dernier représentant des Habsbourg et je ne citerai pas l'œuvre de leur digne rejeton sur les cendres de la République de Weimar.
Peuples du Nord, peuples du Sud... même combat !!
a écrit le 10/08/2019 à 0:08 :
"Pour Salvini, le M5S, hostile à la LGV Lyon-Turin, freine l'économie et l'emploi"

On dirait EM défendant le business.Salvini est un pro business comme Macron.Par contre sa popularité vient de sa démagogie anti immigrés.Il met tous les problèmes économiques de l'Italie sur le dos des immigrés.L'immigré est le bouc émissaire.Cela a marchė en Hongrie(Orban),au royaume unis avec le Brexit(la faute aux polonais), aux Usa avec Trump (la faute aux mexicains),etc.Cette démagogie manipulatoire marche partout dans le monde sauf en France, en tout cas pas avec les GJ, qu'á aucun moment,ont dit: "c'est la faute aux étrangers,si la France va mal".
Réponse de le 10/08/2019 à 10:04 :
Je vous rappelle qu'une incompétente notoire, poursuivie dans une dizaine d'affaires politico-financières, est arrivée au second tour de la dernière élection présidentielle, avec un programme national-socialiste à fort relent raciste.

Et j'ai bien peur que dans 2 ans on n'en soit réduit à devoir voter pour la peste, le choléra ou s'abstenir et regarder impuissants les capitaines de pédalo nous conduire droit à l'échouage (si l'on a la chance d'éviter les récifs).
a écrit le 09/08/2019 à 23:58 :
C'est une coalition de bric et de broc. Le seul point qui les réunit c'est un racisme crasse et ça ne fait pas une politique. On savait depuis le début qu'ils n'allaient pas pouvoir gouverner ensemble.

Salvini se sent pousser des ailes depuis les européennes, mais si c'est comme en France, un gros score aux européennes ne garanti pas un succès aux législatives et aux sénatoriales.
D'autant plus qu'un scandale de financement occulte de la ligue par l'URSS est en train de sortir et on ne sait pas comment les électeurs vont réagir.

Si les sondages ont raison, c'est Salvini qui va devoir se coltiner le sale boulot et équilibrer les finances publiques italiennes... Ce qui est incompatible avec ses promesses de campagne (retraite à 60 ans, revenu de base au smic pour tous... on rase gratis).
Et à défaut c'est Bruxelles qui va se méler de la dette (+130% PIB), et salvini sera le nouveau Tsipras européen.
a écrit le 09/08/2019 à 22:21 :
Salvini continue à réformer
a écrit le 09/08/2019 à 19:17 :
Le M5S ressemble à notre parti des Insoumis. Ils sont contre tout et n'arrivent pas à avoir un programme digne de ce nom. Salvini qui représente 36% des intentions de vote et pourrait diriger seul n'en peut plus des insultes de certains membres du M5S le matin et la volonté de garder les postes de ministre l'apres midi. Il en a tiré les conclusions et dirigera surement l'Italie seul ou avec le petit parti des freres d'italies (équivalent à Dupont Aignan). Ce sera un grand bien pour l'italie qui a déjà commencé à retrouver une fierté après les insultes de l'Europe digne de celles faites aux grecs. Enfin, la performance économique est bien meilleure que celle de la France (voir son industrie) et Salvini a démontré qu'il etait possible de se passer de la pensée unique de Bruxelles qui finance le grand capital. 70% de la dette italienne est détenue par des italiens alors que celle de la France, équivalente en valeur absolue, est détenue par des étrangers à 70%.
a écrit le 09/08/2019 à 12:00 :
Les ministres de l'intérieur ont le pouvoir qui leur monte à la tête, en Italie comme en France. Est-ce une fatalité de la profession?
a écrit le 09/08/2019 à 11:21 :
Hélas, ce "cirque" dure depuis des décennies. Nous avons, nous autres Italiens, cette maudite faculté de choisir les hommes politiques qui feront le plus de mal à notre pays. Le prix à payer est très élevé. 120.000 italiens quittent, chaque année, leur pays (le plus fort taux d'émigration européenne) pour trouver du travail ailleurs. Et puis cette classe politique qui passe son temps à s'étriper et à s'insulter, dédie très peu de temps à remettre le pays sur les rails. C'est dommage mais il en est ainsi.
Réponse de le 09/08/2019 à 13:27 :
On va vous rassurer, c'est guère mieux nous. D'ailleurs vos émigrés ne viennent pas en France.
Réponse de le 09/08/2019 à 19:22 :
L'Italie a toujours été un pays d'émigration: Au siècle dernier, plusieurs millions d'Italiens sont partis aux États Unis, Argentine, France, Belgique... Rien de nouveau comme l'instabilité gouvernementale.
a écrit le 09/08/2019 à 10:57 :
C'est a se demander qui est le plus européiste des deux? Le traite n'est pas toujours celui a qui l'on pense! Le Lyon Turin est inutile puisque l'on veut abandonner le ferroviaire et mettre des camions sur les routes!
Réponse de le 09/08/2019 à 12:25 :
Qui veut mettre les camions sur les routes au lieu de les mettre sur les trains ? Les vallées alpines sont ultra polluées par les camions. Il est urgent de faire le Lyon Turin et de mettre les camions sur les trains !
a écrit le 09/08/2019 à 10:52 :
C'est a ce demander qui est le plus européiste des deux? Le traite n'est pas toujours celui a qui l'on pense!
a écrit le 09/08/2019 à 10:47 :
tous les politoloqgues disaient que salvini allait se debarasser du melenchon local apres les europeennes
a écrit le 09/08/2019 à 10:22 :
Voilà ce que peut donner une coalition entre bras cassés d'extrême-droite et d'extrême-gauche genre LFI/RN.

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