Sécurité alimentaire : les conflits d’intérêts minent toujours l’indépendance de l’EFSA
Manon Flausch, Euractiv
Manon Flausch, Euractiv
L'Agence européenne de sécurité des aliments est chargée d'évaluer la dangerosité potentielle des produits de la chaîne alimentaire. Et de produire des avis scientifiques indépendants.
Problème, les scientifiques qui composent l'agence ne sont pas vierges de tout rapport avec les entreprises agroalimentaires.
C'est par cette citation de l'épidémiologiste David Michaels que commence le rapport de CEO, simplement intitulé « Erreurs de recrutement ».
L'organisation souligne que, quatre années de suite, le Parlement européen a exigé que l'EFSA s'affranchisse de l'influence de l'industrie agroalimentaire. En 2013, CEO avait mené une première enquête sur les experts de l'agence et avait conclu que près de 60% d'entre eux avaient des liens d'intérêts avec des entreprises dont les produits faisaient l'objet d'évaluations. En quatre ans, malgré les réprimandes du Parlement et les scandales, la situation n'a que peu évolué.
Pourtant, l'évaluation de la dangerosité potentielle de produits issus de l'industrie représente les deux tiers de la mission de l'EFSA. Les dysfonctionnements de la politique d'indépendance de l'agence a donc un impact direct sur ce que les citoyens européens mangent tous les jours.
L'EFSA elle-même a fortement démenti les conclusions de CEO. Un porte-parole de l'agence assure ainsi que les chiffres présentés par l'organisation « prêtent à confusion et se fondent sur une interprétation spécifique des conflits d'intérêt que l'EFSA ne partage pas ».
Dans un communiqué, l'agence souligne que les recommandations contenues dans le rapport de CEO seront débattues lors de la réunion du conseil d'administration du 21 juin sur l'indépendance de l'agence.
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Au cours de cette réunion, l'EFSA prévoit d'adopter de nouvelles règles de protection de son indépendance. Selon le rapport de l'Observatoire de l'Europe industrielle (CEO), ces nouvelles règles ne seront pas suffisantes, surtout au regard de l'ampleur des conflits d'intérêts.
Dernière controverse en date pour l'EFSA : le renouvellement de l'autorisation de vente du glyphosate, un herbicide extrêmement répandu. L'EFSA a de fait jugé que l'utilisation actuelle de la substance, considérée comme un cancérigène et un perturbateur endocrinien, était parfaitement sûre pour les consommateurs.
Cette décision a provoqué un tollé auprès des défenseurs de l'environnement et de certains organismes de défense de la santé et des consommateurs. Ceux-ci estiment en effet que les études sur la base desquels l'EFSA a rendu son avis devraient être rendues publiques, afin de les soumettre à l'examen de scientifiques indépendants. Or, nombre de ces études proviennent directement de l'industrie, et leur publication constituerait donc une violation du secret d'affaires.
Les détracteurs du glyphosate jugent néanmoins ridicule que la législation se fonde sur des études secrètes et menées par les fabricants de la substance eux-mêmes. Dans certains pays, cette position est largement partagée par l'opinion publique. L'initiative citoyenne lancée il y a quelques mois pour l'interdiction du glyphosate a ainsi récolté plus de 1 million de signatures.
Les eurodéputés ont d'ailleurs demandé à la Commission quelles mesures elle « compte prendre pour garantir que la décision sur le renouvellement de l'approbation du glyphosate soit fondée sur des constatations scientifiques crédibles et indépendantes ».
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Un groupe de quatre eurodéputés Verts ont d'ores et déjà lancé un recours en justice contre le refus de l'EFSA de leur livrer les documents nécessaire à une contre-évaluation. L'objectif final n'est cependant pas uniquement d'obtenir l'accès aux documents, mais aussi de changer le fonctionnement de l'agence, afin d'accroître sa transparence et son indépendance.
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Manon Flausch, Euractiv.fr
(Article publié le 14 juin 2017, mis à jour à 11:03)
Manon Flausch, Euractiv
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