Les clés de la réussite de Thirard

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L'entreprise familiale née en 1920 a fait le choix stratégique d'être présente sur toute la gamme : depuis le verrou d'entrée de gamme jusqu'au cadenas de la maroquinerie de luxe. Avec des dirigeants visionnaires tant sur le plan technique que commercial.

C'est l'histoire d'une « boutique ». En 1960, au décès de Fernand Thirard, fondateur des Établissements Thirard, il y avait, dans le village de Fressenneville dans la Somme, la « boutique » Thirard qui fabriquait des cadenas avec une soixantaine d'employés, et la grosse « fabrique » de serrures Guerville-Riquier qui faisait travailler 400 personnes. Cinquante ans plus tard, la « fabrique » est devenue une friche industrielle, alors que les produits de Thirard - 400 salariés désormais - s'étalent sur les linéaires de la grande distribution.

Le cadenas creux en tôle des débuts a laissé la place au cadenas en laiton (cuivre plus zinc) qui permet un nombre de combinaisons bien supérieur : des milliers contre quelques dizaines. Le verrou de sûreté, la serrure, le cylindre et les accessoires de porte sont venus compléter la gamme. L'actuel dirigeant, Jean-Pierre Chivot, représentant de la troisième génération, s'est interrogé, voici cinq ans, sur l'avenir de l'entreprise en France à long terme. Il a décidé de poursuivre l'externalisation de la fabrication des produits d'entrée de gamme, assurée par trois partenaires chinois, et de créer une unité d'assemblage en Roumanie « à la demande expresse d'un client ». Mais parallèlement, il fait le choix de s'enraciner encore un peu plus à Fressenneville pour les produits qualitatifs et haut de gamme : nouvelle logistique, automatisation accrue du parc machine, création d'une unité « luxe » destinée aux cadenas pour la maroquinerie très haut de gamme. Jean-Pierre Chivot vient d'être élu à la présidence de l'UIMM (Union des industries minières et métallurgiques) Vimeu, ce qu'il vit comme une « reconnaissance du travail accompli par tous depuis trois générations ». Le capital est toujours entièrement familial - détenu par Jean-Pierre Chivot et sa soeur - et devrait le rester un moment : le dirigeant est certes sollicité par des fonds « toutes les semaines », mais il n'a aucune envie, dit-il, « de vendre le patrimoine familial ».

Un patrimoine intimement lié au Vimeu, ce quadrilatère de la Picardie maritime - vingt kilomètres sur vingt - considéré comme le berceau de la serrurerie française depuis Louis XIV. Pour fixer les idées, le village de Fressenneville comptait, à lui seul, quelque 90 petits fabricants de cadenas et de serrures en 1920, lorsque Fernand Thirard a quitté son emploi de contremaître chez Citroën à Paris pour monter un atelier de fabrication de cadenas dans son Vimeu natal. Passionné de mécanique, Fernand va adapter le savoir-faire acquis chez Citroën, fabriquer ses propres outils et recruter quelques compagnons.

Surviennent la Seconde Guerre mondiale et l'exode. À son retour de Pau où il s'est replié pendant quelques semaines, une mauvaise blague l'attend : sa maison est occupée par des officiers allemands ! Au gré des relèves d'officiers, il va ruser pour reprendre progressivement possession de sa maison. L'approvisionnement en plaques de tôle étant rationné, il va aussi ruser pour obtenir les « bons matière » auprès de ses clients grossistes du boulevard Richard-Lenoir, à Paris.

Le décollage de l'entreprise se fait après la guerre quand il acquiert sa première presse automatique - l'une des premières du Vimeu - qui permet de travailler avec une bobine entière et non plus une bande de tôle. C'en est fini des presses manuelles à balancier ! Le nom du fabricant, un certain Berninghaus installé à Velbert dans le berceau de la serrurerie allemande, est gravé dans la mémoire collective de la société. Mais le grand-père fondateur avait aussi une vision commerciale. Contrairement aux artisans qui continuaient de travailler à façon, il crée une force de vente pour développer sa propre marque - « FTH » pour Fernand Thirard - et s'adresse à ses clients, les quincailliers, avec un véritable catalogue.

Sentant arriver le concept de supermarché à la charnière des années 1960-1970, Thirard aura le flair de frapper très tôt à la porte de la grande distribution, ce que certains de ses confrères considèrent alors comme un « déshonneur ». Thirard met très vite un pied chez Carrefour et fera « souvent l'ouverture du premier magasin de chaque nouvelle enseigne ». Par la suite, tous les fabricants chercheront à se rapprocher de la grande distribution, mais ,observe Jean-Pierre Chivot, « il est plus difficile de déloger des confrères qui ont fait leur place que d'occuper une place vide ! » Devenu leader dans la grande distribution, Thirard décide ensuite d'entrer comme « outsider » sur le marché du bâtiment afin de pouvoir toucher le marché de la construction.

Quand Fernand décède en 1960, c'est Paule, sa femme - chargée des comptes dans l'entreprise - qui se retrouve aux commandes. Elle est en photo à côté de son époux dans le hall d'entrée de la PME. Cette institutrice de formation était une championne d'arithmétique, raconte son petit-fils, Jean-Pierre Chivot. « Elle allait plus vite que ma règle à calcul pour certains calculs de logarithmes ! » Paule reçoit assez vite le renfort de sa fille, Jocelyne, mère de l'actuel dirigeant ; après avoir divorcé, elle épouse un professeur de dessin industriel de l'enseignement technique. Qui va se fondre dans l'entreprise et donner un coup d'accélérateur à la technique. « Comme nous n'avions pas les moyens financiers d'acheter des machines, elles étaient conçues par mon beau-père », se souvient Jean-Pierre Chivot. Pendant trente ans, l'entreprise est aux mains d'un triumvirat composé de Jocelyne, de son deuxième mari, et du fils de Jocelyne, Jean-Pierre. Après avoir fait ses premières armes au bureau d'études, il prend la direction commerciale puis la présidence. Il estime que la prochaine marche à franchir est la dimension européenne. C'est la feuille de route pour ses deux fils et de son neveu, tous trois déjà dans l'entreprise.

Demain : Zéfal

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Commentaires
a écrit le 26/08/2011 à 9:00 :
Un bon concept de l'industrie Française. Preuve que rien n'est perdu !! Souhaitons à cette entreprise ainsi que ses employés une bonne continuation sans tomber dans le champs des sirènes de la "pseudo mondialisation" et autres systèmes à fric

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