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« Au travail, ce qui est prioritaire, c’est le sens et non plus l’argent et la sécurité »

Photo de Audrey Fisne

Audrey Fisne

Publié le 10 novembre 2017 à 07:00 - Mis à jour le 13 novembre 2017 à 11:29

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[DOSSIER 2/4 ] Issu de la génération Y, Paul Candiard est l’illustration du phénomène des « premiers de la classe » de Jean-Laurent Cassely, qui fuient les open spaces. A la recherche de « sens » et de bien-être au travail, il a préféré laisser derrière lui un poste de cadre dans la communication pour arborer la casquette de facteur.

Chaque jour, Paul Candiard arpente les rues toulousaines pour distribuer lettres et colis aux habitants. « Elément clé dans le rouage de la production », estime-t-il. Et pourtant, le jeune facteur de 33 ans ne se projetait pas dans ce domaine professionnel il y a quelques années. Titulaire d'un master en communication et en droit des affaires, le Toulousain a exercé en tant que chargé de communication, se déplaçant de Toulouse à Paris pendant près de 10 ans. Occupant un poste dans, ce que l'on appelle, « les fonctions supports », le jeune homme perd sa place dans le cadre d'une restructuration de l'entreprise « crise économique oblige », commente-t-il. « Mon service était le premier à être visé par la mutualisation des ressources et la suppression de postes. »

| Lire aussi : Lassés de leur « bullshit job », les cadres désertent les open space

Pour « subvenir à ses besoins », Paul devient alors facteur en attendant que son entreprise lui propose un poste dont il rêve à ce moment-là, celui de directeur régional chargé de communication. Quelques mois plus tard, il regagne le chemin du bureau mais prend conscience que quelque chose cloche. « Au bout de trois semaines, je ressentais un malaise viscéral. Après avoir été confronté à une chaîne de production, je vivais une grosse perte de repère. » Le jeune homme avoue ne pas avoir retrouvé de sens dans ses missions. « J'ai rencontré une sorte de dissonance avec mes idées au quotidien. Au final, c'était beaucoup de masturbation intellectuelle pour pas grand-chose. » Il ressent aussi le manque de liberté, «alors que dans un espace de production, on s'exprime frontalement ».

Un salaire divisé par deux pour une sérénité retrouvée

Curieux, Paul Candiard s'interroge sur ce sentiment et se renseigne par le biais d'ouvrages et d'articles de presse. Il questionne son entourage et remarque très vite qu'il est loin d'être le seul cadre à fuir les open space. Paul tente d'y apporter une explication : « Aujourd'hui, au travail, ce qui prioritaire, c'est le sens, l'ambiance, les relations avec la direction et non plus l'argent et la sécurité. » Plus largement, Paul voit en cette fuite des open space, un ras-le-bol de la société virtuelle à outrance.

« On est allé jusqu'au paroxysme de la société matérialiste dans les années 1980 puis le 'tout argent' dans les années 1990. Mais le matériel a ses limites et l'individu a besoin de se reconnecter au factuel.Je pense que l'on est arrivé à la fin d'un cycle, la fin du 'tout consumérisme'. »

Paul a ainsi divisé son salaire par deux mais contrebalance : « J'ai multiplié par deux ma sérénité et ma qualité de vie cependant. (...) Aujourd'hui, je me sens plus valorisé alors que mon métier est moins valorisant qu'avant. Mais je me sens utile, au cœur de la production. Je n'ai plus cette tristesse du dimanche soir avant la reprise de la semaine. Je suis serein et cela vaut le manque à gagner du salaire. » Paul endosse ainsi la casquette de facteur depuis 5 ans et a signé un CDI. En parallèle, le trentenaire s'investit dans le monde associatif, « ce qui est en accord avec mes besoins et essentiel à mon équilibre », estime-t-il, y retrouvant une dynamique intellectuelle.

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Le nerf de la guerre ? Être au cœur de l'activité

Pour autant, le jeune homme n'exclut pas de changer à nouveau de profession, il voit déjà les limites de son métier.

« Peut-être que dans dix ans, il me manquera davantage de stimulation intellectuelle ? Je n'ai pas de plan de carrière défini mais être au cœur de l'activité, c'est, pour moi, le nerf de la guerre. »

Lorsqu'il a fait le choix de changer de vie, ses proches ont compris, les « personnes de son âge surtout », dit-il. Reflet de la génération précédente, l'encouragement a été différent venant de ses parents. « Ils comprennent aujourd'hui même s'ils ont eu du mal. » Leur rapport au travail ayant été différent de celui de leur fils. Un constat qu'il fait après réflexion : « Ce sont les effets de la mondialisation, de la rationalisation. Or, beaucoup font le choix d'une vie plus simple. » Et d'ajouter :

« Nous vivons dans une société de loisirs. Le curseur vie personnelle, vie professionnelle tend de plus en plus vers le perso. Avec le développement du télétravail, du travail à mi-temps... Le rapport au travail est en pleine mutation. »

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Audrey Fisne

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